Interview Nicolas Vilas: « En France, on est le cul entre deux chaises. »

En 2011 sur Ma Chaîne Sport (MCS) il y a un homme, jeune, captivant qui parle de son football, le football
portugais. Journaliste de 27 ans, Nicolas Vilas commente les matchs de la Liga Sagres sur Tribune Foot. Il gère aussi Blogolo, un site sur le football portugais et passe même dans
l’Afterfoot sur RMC. Bref, il ne s’arrête jamais. Alors, que vaut le championnat portugais ? Le niveau de la sélection Portugaise, Nicolas Vilas nous dit tout !

– Bonjour Nicolas, merci d’avoir accepté notre interview. Tout d’abord avant de commencer, peux-tu te
présenter rapidement à nos lecteurs.

Vilas, je suis journaliste footballistique. Je bosse sur Ma Chaîne Sport où je commente notamment la Liga portugaise et où
j’ai la chance d’animer, chaque lundi, un talk-show : Tribune Foot. J’interviens aussi régulièrement sur RMC ou L’Equipe tv. 

– Est-ce que l’on peut dire aujourd’hui que tu es en quelques sortes le porte drapeau du football
portugais en France ?

Dans le sens où je commente la Liga portugaise sur MCS qui détient l’exclusivité des droits en France, dans le sens où
avec MCS on a lancé un site d’info sur le foot portugais qui fonctionne très très bien (bloGolo.fr), dans le sens où il n’y a pratiquement pas de lusophones, lusophiles ou luso-descendants dans
les médias, on a tendance à me voir ainsi. Mais je ne suis pas un porte-drapeau. Je ne défends aucune cause et suis le premier à condamner les maux du foot portugais. Mais, surtout, je ne me
limite pas au foot portugais. Le gros de mon travail porte sur le foot français et international. Pas que sur la Liga portugaise. Je ne suis pas communautariste, ni fermé.

– Quel est selon toi le niveau de la Liga Sagres par rapport aux autres championnats européens ?

Il y a un classement très objectif qui permet de le jauger : le ranking UEFA. Si on s’y fie, le championnat portugais
vaut presque une Ligue 1. Mais on ne peut pas comparer. La France a un pouvoir d’attraction financière que les clubs portugais n’ont pas. Mais paradoxalement, les clubs de l’hexagone n’ont pas la
réussite européenne des Portugais.

– Que penses-tu des français qui estiment que la Ligue 1 est nettement supérieur à la Liga Sagres ?

Pour la plupart, ils parlent sans avoir vu ne serait-ce qu’un seul match. Je ne fais que constater que les dirigeants
des clubs français ne pensent pas ça. Si j’en crois les coups de fil que je peux recevoir de certains recruteurs de L1, je pense que les experts n’ont pas cet avis. Et puis, le meilleur joueur de
Ligue 1 aujourd’hui est certainement Lisandro. Et il vient d’où Lisandro ? De Porto… En France, on a tendance à croire que le championnat national est une finalité en soi.

-D’après toi, que manque-t-il aujourd’hui aux clubs portugais pour rivaliser avec les gros clubs européens
?

De l’argent. Le foot portugais traverse une crise dans précédents. Après les faillites de certains historiques
(Salgueiros, Felgueiras, Farense, Estrela da Amadora, Boavista), la plupart des clubs galèrent pour payer leurs joueurs. Et pourtant, les salaires n’ont rien à voir avec la L1. Le salaire moyen
d’un joueur de Liga est trois fois moins élevé qu’en France. Mais au Portugal, on assume le statut de ligue intermédiaire. En France, on est le cul entre deux chaises. Le scouting ne fait pas
tout. La gestion de beaucoup des clubs a été à l’image de celle du pays : chaotique. Les dirigeants vivaient à crédits et ont dépensé sur les recettes futures qui ne sont jamais
venues… 

– Pourquoi constate-t-on un si grand écart entre le duo Porto-Benfica et le reste du championnat ?

Le FC Porto et le Benfica sont les deux clubs les plus stables ces dernières années. Les présidents y sont installés
depuis un moment (surtout à Porto) et ils ont mis en place une politique structurelle. Elle fait débat parce que les joueurs étrangers y sont préférés aux nationaux mais ça marche. Et puis, ce
sont les deux clubs qui ont le plus de socios, la plus grande notoriété, la plus grande histoire. Ça attire les abonnements, les sponsors… Au Portugal, les droits télé sont individualisés et
donc, eux, touchent le pactole. Mais n’oublions pas le Sporting fait beaucoup d’effort pour revenir à hauteur de ses deux rivaux. Il commence à adopter la même gestion.

-Le championnat portugais regorge de joueurs talentueux. Pourquoi les clubs n’arrivent-ils pas à garder
leurs meilleurs joueurs?

On en revient à la question financière. Le joueur le mieux payés de Liga ne gagne pas plus 200K€ mensuels. Et encore, je
parle de joueurs de Porto ou du Benfica. Un élément d’un club moyen gagne autour de 5.000€. Les clubs portugais (sur)vivent grâce à la vente de leurs meilleurs joueurs. Ils ne veulent pas
forcément les garder mais plutôt en dégager des fonds. Encore une fois, ils assument leur statut de championnat intermédiaire.

– Pourquoi des clubs comme Guimarães et le Nacional Madère qui ont réalisé une bonne saison l’an dernier
sont aujourd’hui en grande difficulté ?

Le Vitória doit faire face à une crise sportive, économique et politique grave. Le président (Macedo) est conspué, les
comptes sont dans le rouge et l’équipe tourne mal. Guimarães a pourtant le plus gros potentiel du Portugal,en dehors des trois grands. C’est une ville remplie d’histoire, qui possède un public
passionné (trop parfois) qui vit dans une région dynamique. Il possède de très bons joueurs. Le Nacional, c’est un peu le même constat même si le climat y est beaucoup plus calme. Son président,
Rui Alves, est un personnage atypique et un visionnaire en matière de foot. Il a fait sortir le Nacional de l’anonymat. Mais cette saison, il y a eu une préparation compliquée avec les tours
préliminaires de la Ligue Europa qu’il paie aujourd’hui. Ca, plus quelques erreurs de casting… 

– D’après toi, qui est le meilleur joueur du championnat portugais actuellement ?

Il y a beaucoup de grands talents ! Hulk, James, Moutinho, Alvaro, Fernando à Porto. Gaitan, Javi Garcia, Aimar,
Nolito au Benfica, Van Wolfswinkel, Capel, Elias, João Pereira au Sporting… Mais aussi des joueurs moins médiatisés comme Eder (Académica), Djaniny (U. Leiria), Baba, Sami, Roberge (Maritimo),
N’Diaye, Edgar (V. Guimarães), Cauê (Olhanense), Yohan (Beira-Mar), Felipe Lopes (Nacional), Hugo Vieira (Gil Vicente)… Et encore, je ne parle pas des entraîneurs…

-Au niveau européen cette saison, on constate que 3 clubs portugais sont encore engagés en Europa League
(Porto, Sporting et Braga) et 1 club en Ligue des Champions (Benfica). Que penses-tu du parcours des clubs portugais pour le moment ?

Le Benfica a terminé premier de son groupe de C1. Devant Manchester United qui a été reversé en C3. C’est une belle
satisfaction. Par contre, Porto a beaucoup déçu. Par ses résultats et par son jeu. Ils se sont faits sortir par l’APEOL Nicosie. Entre autres… Sinon, le Sporting s’est baladé dans le groupe de la
Lazio et Braga est encore là…

Le blog du Football Portugais

– Parlons de l’équipe nationale maintenant. Que penses-tu de son niveau actuel ?

Son niveau est à l’image de son parcours pour l’Euro 2012 : instable. La Selecção est capable du meilleur comme du
pire et elle très dépendante de l’état de forme de Cristiano Ronaldo.

– On ne peut pas dire que le Portugal est un groupe facile avec l’Allemagne, le Pays-Bas et le Danemark. À
ton avis, le Portugal est-il capable de passer les phases poules de l’Euro 2012 ?

Ca va quand même être compliqué mais à l’Euro 2000, le Portugal était déjà tombé dans un groupe de la mort :
Angleterre, Allemagne et Roumanie qui avait déjà été son adversaire lors des qualifs. Et ce sont les Portugais et les Roumains qui sont passés. Le problème c’est que cette Allemagne n’est pas la
même qu’en 2000 et que les Hollandais sont chauds bouillants.

– Cela t’arrive des fois de recevoir des coups de fil de certains clubs français pour des renseignements
sur des joueurs portugais ? Si oui, tu peux nous en citer quelques-uns qui ont abouti par la suite.

Ca arrive assez fréquemment. Surtout en ce moment, à l’approche du mercato. Beaucoup d’entraîneurs, de recruteurs, de
dirigeants et d’agents regardent MCS ou lisent bloGolo et ils savent que le marché portugais est intéressant. Mais par respect envers les personnes qui peuvent m’appeler et les institutions
qu’elles représentent je resterai discret.

-Tu gères Blogolo, tu travailles pour MCS, tu passes dans certaines émissions sur L’Equipe TV comme
Foot&Co et même dans l’AfterFoot sur RMC. Tu ne t’arrêtes jamais ?

C’est la vie de pigiste ! Si tu ne bosses pas, tu n’es pas payé. Le plus gros de mon boulot c’est MCS et bloGolo.
L’After c’est récurrent mais ponctuel. Mais c’est clair que c’est pas simple. L’actu n’a pas d’heure. C’est un boulot passionnant mais excessivement prenant. C’est un mode vie qui réclame
beaucoup de sacrifices. Surtout à la pige. Parce que tu ne sais pas si demain tu auras du boulot et que quand les vacances arrivent, faut continuer de bosser…

– Dans le monde du journalisme, est-ce que tu as un modèle ?

J’ai du mal à comprendre qu’on puisse aduler quelqu’un dont le boulot est, d’une façon caricaturale, d’être un critique.
Par contre j’ai un profond respect pour certaines personnes qui j’ai pu croiser. Comme Jean-Yves Dhermain, mon rédac chef à MCS. Et pourtant, on n’est pas de la même génération on n’a pas du tout
la même école, ni le même style mais on se comprend…

– Daniel Riolo, il est comment dans la vie de tous les jours ?

Difficile de répondre, je ne vis pas avec. Daniel est une personne qui énerve et c’est pour ça que je l’aime. On est
rarement d’accord mais c’est ça le débat. On n’est pas très proches en dehors du boulot mais j’ai un profond respect pour son travail et il a de la reconnaissance vis-à-vis du mien.

– Et aujourd’hui, tu serais capable de faire autre chose que du foot ?

Je ne me pose pas la question parce que je n’en ai absolument aucune envie. Je suis jeune, je réalise un rêve et même si
parfois je sature, je m’accroche.

– Que peut-on te souhaiter pour l’année 2012 ?

Le bonheur pour mes proches.

– Dernière question, un petit mot pour Artn’sport? 

Longue vie !

Propos recueillis par Benyahia Ali

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