Les Anglais marquent le pas – Artn’sport

Finalistes et vainqueurs de l’édition 2011-2012 de la Ligue des Champions, les joueurs de Chelsea avaient réussi à mettre
un voile sur les performances en demi-teinte des clubs dans la compétition. Avec l’élimination des deux clubs de Manchester en phase de groupes, et celle d’Arsenal dès les huitièmes de finale, le
bilan n’incitait pas franchement à l’espoir. Contre toute attente, Chelsea avait su tirer son épingle du jeu et, avec ses armes, s’imposer dans la plus belle des coupes. Malheureusement
cette année, plus personne n’est là pour prendre la relève et pour la première fois depuis 1996, aucun club Anglais ne prendra part aux quarts de finale de la compétition. Comme dirait Corneille,
« Le combat cessa faute de combattants ».  Quels sont les raisons de ce possible « déclin » en Ligue des Champions ? Est-ce la fin de la domination des clubs anglais
sur la scène européenne, ou un simple incident de parcours ?

Un championnat magnifique mais éprouvant

Deux clubs rivaux dans une même ville, luttant pour la première place. Puis, un final en apothéose et un titre acquis à la
dernière minute du temps additionnel de l’ultime journée de championnat. Le duel entre City et United aura tenu en haleine tous les amateurs de football déjà comblés. Mais quand les artificiers
en chefs du championnat s’appellent Van Persie, Rooney ou Aguero ; que les clubs d’Arsenal, Tottenham, ou Chelsea s’affrontent chaque week-end ; et que dans chaque équipe, tous les
joueurs ou presque sont internationaux, alors le championnat ressemble à ce qu’il se fait de mieux en Europe. 

Les investisseurs ne s’y trompent pas et injectent chaque année des montants astronomiques dans la Premier League. Les
différents diffuseurs se sont taillé la part du gâteau pour une somme avoisinant les 4 milliards d’euros (entre 2013 et 2016). Preuve s’il en est de l’attractivité et de la puissance financière
du football anglais, qui peut se permettre de dépenser presque sans compter. Malgré la concurrence des deux « Gros » d’Espagne, ou de la Bundesliga et de son ambiance exceptionnelle, le
championnat Anglais reste une valeur sûre. On y retrouve les meilleurs joueurs européens et surtout, des matchs de plus en plus serrés. En effet, le Big Four du début des années 2000 a implosé
avec l’arrivée des Manchester City ou Tottenham pour ne citer qu’eux. Quand on sait que le dernier de Premier League touchera 30 millions d’euros de droits de diffusion cette année, un
resserrement de niveau entre les « petits » et « gros » clubs paraît inévitable. 

Seulement voilà, pour satisfaire tous les investisseurs et les sponsors, toujours avides de spectacle, il faut du
« show ». Et pour faire du « show », il faut des matchs tout le long de l’année, si possible plusieurs fois par semaine. La saison dernière, Patrice Evra par exemple a joué 37
matchs de Première League. Sans compter les deux coupes nationales (F.A Cup et Carling Cup),  les matchs européens et les matchs internationaux. Evra a donc disputé une bonne cinquantaine de
matchs la saison dernière. Le rythme est donc effréné pour les joueurs, qui puisent dans leurs ressources physiques pour contenter le club.  Pire encore, la trêve hivernale n’existe pas dans
le championnat anglais et les équipes doivent gérer une semaine et demie dantesque avec pas moins de 4 matchs à jouer dans un froid bien anglais.

Mais les traditions ont la vie dure et le Boxing Day ainsi que les matchs de la fin décembre sont l’occasion pour les
familles anglaises de profiter de leur championnat en famille. Le calendrier est fait ainsi et il devient forcément difficile pour les joueurs de concilier deux compétitions de très haut niveau,
Première League et Ligue des Champions. Pour les grands clubs qui veulent bien figurer sur les deux tableaux, il faut toujours éviter de perdre des points en route, notamment en championnat où le
niveau s’accroît d’années en années. L’équation entre les différents objectifs à atteindre devient compliquée à réaliser pour les managers. Et cela ne va pas aller en s’arrangeant

Quel futur pour les clubs anglais ?

L’exigence des compétitions nationales font des clubs Anglais des proies « faciles » pour les autres prétendants
au titre. Même si les clubs anglais ont trusté les demi-finales de 2007 à 2009 (3 clubs à chaque fois dans le dernier carré), il semblerait que le rythme s’essouffle et leur présence est bien
plus occasionnelle. Mais il est possible que le nombre trop important de matchs ne soit pas l’unique raison de ce déclin. 

En effet, depuis quelque temps, le niveau de la Ligue des Champions est clairement monté d’un cran. Il est désormais de
plus en plus difficile de s’extirper d’une phase de poules où les petits poucets ne le sont finalement plus. L’année dernière, le FC Bâle et l’APOEL Nicosie en ont été les parfaits exemples.
Cette année encore, quelques clubs sont à un niveau auquel le grand public ne les attendait peut-être pas, notamment Malaga ou Galatasaray. Les équipes prétendues plus faibles se sont adaptées au
haut niveau et à l’intensité des matchs de Ligue des Champions. A domicile, certaines équipes deviennent très difficiles à battre grâce au soutien de leur public, et à la culture tactique de
leurs joueurs. 

Quand la compétition se resserre, et que les gros matchs tant attendus arrivent, on dénote une certaine difficulté chez
les clubs anglais à « garder » un résultat et à verrouiller le score. Preuve en sont les défaites d’Arsenal face à un très solide Bayern de Munich et de Manchester United à domicile
face au Real Madrid (même si l’expulsion de Nani a certainement changé le cours tactique du match). Mais le syndrome est un peut-être à chercher un peu plus profondément, dans les entrailles du
football anglais, dans la vision qu’ils ont de ce sport. En Angleterre, et depuis quelque temps, c’est le spectacle qui prime. Nombreux sont les matchs anglais qui se terminent sur un score
fleuve, que ce soit en championnat ou en Ligue des Champions. Ce que les gens veulent, c’est voir du spectacle. Au pays du tacle, de la passe de 50 mètres et du box-to-box, les Rooney, Wilshere
et consorts sont Rois. Le plus important est que le jeu aille vite vers l’avant, au détriment souvent d’un certain équilibre défensif. En face, les Italiens, Espagnols et Allemands tendent vers
un football plus tactique (exception faite de Dortmund) sans pour autant dénigrer la qualité du jeu.

Les managers anglais voient donc un casse-tête tactique se profiler à l’horizon : comment concilier spectacle et
assise défensive sans pour autant renier son jeu. La réponse se situe certainement à la croisée de plusieurs chemins. Entre le pressing et la vitesse des espagnols, la maitrise du Bayern et la
rigueur tactique du 3-5-2 turinois. Nul doute que les Anglais sauront répondre à ce problème.  

Mais la transition ne va pas être facile pour Ferguson, Wenger et compagnie. Voyant poindre juste derrière eux la
Bundesliga et la Liga, le football anglais est peut être arrivé à une étape clé de son développement. Pour éviter de rééditer ce fiasco en Ligue des Champions et continuer à bénéficier d’une
manne financière considérable qui leur facilite les choses, la Première League va devoir envisager des discussions concernant son calendrier beaucoup trop chargé, et chaque club devra faire son
bilan, son autocritique et envisager une discussion sur les points tactiques à améliorer pour que le Championnat anglais garde son leadership sur l’échiquier européen. 

Tristan Baudenaille

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