Une Coupe de France au rabais ? – Artn’sport

 

Le couperet est tombé. Le club Parisien, favori de la compétition a cédé pour la 3e fois en quarts de finale d’une compétition cette année. Manque d’envie, manque de chance, et comme à chaque fois, la « magie de la coupe » a eu raison des espoirs parisiens.

Pour ne rien changer, la France du foot s’est gargarisée de la victoire du « petit » contre le « gros », de David contre Goliath. Les boutades sur Ibrahimovic et Thiago Silva concernant leur pénalty manqué, et les jeux de mots vaseux sur l’équipe d’Evian Thonon-Gaillard ont fait toute la soirée sur les réseaux sociaux. « Normal » me direz-vous ! Ce qui l’est moins en revanche, c’est la manière dont France TV a semblé se réjouir de cette défaite, et s’enorgueillir de deux demi-finales palpitantes entre quatre clubs pas forcément programmés pour arriver à ce stade de la compétition. Certes, le suspense est complet entre ces clubs de Ligue1, capables du meilleur comme du pire, mais le doute est permis quant aux bénéfices que cela apporte à la Coupe de France. Comment se fait-il que les « grosses équipes » de notre championnat prennent cette compétition par-dessus la jambe ? Qu’en est-il du favori et petit poucet quand tous les clubs jouent à un même niveau? Que pourrait-il advenir si Troyes, Evian ou à un moindre degré Lorient devraient se qualifier pour l’Europa League ?

Une compétition trop dénigrée ?

Lorsque l’on regarde le tirage au sort des demi-finales de la Coupe de France, la première chose qui saute aux yeux, c’est la présumée « faiblesse » des clubs qualifiés. On ne retrouve pas de club « phare » jouant les premiers rôles en championnat. Que des seconds couteaux, mais sans la magie des petits poucets. En effet il est vrai que cette Coupe, qui rassemble amateurs et professionnels, est un magnifique vivier d’exploits. On se rappelle notamment de Quevilly, battu en demies par le PSG en 2010, et encore plus de Calais battu en finale lors de l’édition 1999/2000. Mais ici, il est question d’authentiques exploits, de clubs de CFA prenant le dessus sur des clubs de Ligue1 peu habitués à lutter contre des amateurs, pas du 18e s’imposant chez le 14e. En fait, le savant mélange entre petits clubs amateurs et clubs « locomotives » du championnat français n’a pas existé. On a juste eu le droit cette année à une compétition un peu fade : à qui la faute ?

Depuis quelques années, l’investissement de certains clubs laisse vraiment à désirer. Nombreux sont ceux qui ont connu les défaites face à des clubs amateurs (Bordeaux, Marseille…). Seul le PSG, 3 fois vainqueur et 2 fois finaliste sur les 9 dernières années tient son rang. Les clubs sont donc à blâmer, préférant faire l’impasse en reposant les meilleurs joueurs et en envoyant les remplaçants habituels. Mais il serait trop facile d’accabler les dirigeants et le staff des meilleurs clubs hexagonaux. Ce serait déjà oublier que les matchs de Coupe sont un des seuls moyens de donner du temps de jeu à des joueurs peu habitués au terrain. D’autant plus que ces matchs souvent acharnés se déroulent à élimination directe, parfois en 120 minutes et que n’importe qui peut se faire éliminer sur une seule confrontation.

Ce serait également oublier tous les efforts de la LFP, et notamment ceux de Frédéric Thiriez, visant à faire monter en grade la Coupe de la Ligue. Invention purement économique à la base (merci Mr Le Graët), elle permettait de diffuser un plus grand nombre de matchs sur les chaines publiques. Malheureusement, il a fallu attirer les clubs et les diffuseurs trop peu enclins à s’engager dans une nouvelle compétition. La Ligue a donc décidé que le vainqueur obtiendrait une place en Coupe d’Europe la saison suivante, et plus tard, que les 6 clubs qualifiés la saison précédente rentreraient directement en 8e de finale. Mettez-vous donc à la place d’un entraineur de club rentrant en 8e de finale comme tête de série. Il est beaucoup plus facile de se qualifier pour l’Europe grâce à la Coupe de la Ligue plutôt que grâce au Championnat ou à la Coupe de France. Six matchs gagnés et c’est une participation assurée. Voilà qui s’ajoute à la concurrence de la Coupe de France : des matchs supplémentaires à jouer et une nouvelle compétition qui devient parfois un objectif prioritaire pour certains clubs.

Un combat perdu d’avance ?

La Coupe de France, patrimoine du foot, devient un peu le vilain canard du foot Français. France Télévision n’y porte pas vraiment attention (Lens-Bordeaux non diffusé par exemple), les grands clubs boycottent plus ou moins la compétition, et la Fédération lui met des bâtons dans les roues en soutenant la Coupe de la Ligue. Mais la Coupe de France, bien qu’elle semble avoir perdu de sa valeur ces dernières années, reste un titre que l’on ne remporte pas souvent dans une carrière. Mais si elle a moins d’importance symbolique en France qu’en Angleterre ou en Allemagne, il n’en reste pas moins qu’elle est toujours agréable à gagner et à inscrire sur son palmarès. De plus, elle peut qualifier une équipe pour la prochaine C3, ce que l’on a parfois tendance à oublier.

Hier soir en tout cas, les réseaux sociaux (Twitter en tête) ne l’ont pas oublié, et les supputations concernant une hypothétique participation d’Evian ou de Troyes à la Ligue Europa sont allées bon train. En effet comment espérer que ces clubs très moyens de ligue1 (Peut-être bientôt de Ligue2) puissent tenir leur rang dans une compétition européenne ? La question a le mérite d’être posée car c’est l’indice UEFA de la France, et son nombre de places qualificatives qui sont en jeu. Cependant lorsque l’on observe les performances et l’implication de Lille ou de Marseille cette année dans les Coupes continentales, nul doute que les Troyens y auraient leur place.

Si la tendance venait à se confirmer, la Coupe de France pourrait être vouée à disparaitre petit à petit. En effet, son « seul » intérêt réside dans le fait d’opposer clubs amateurs et clubs professionnels, de préférence dans le stade « champêtre » et surchauffé du club amateur. La qualification en Europa League représente également un « plus » en faveur de la compétition. Mais si la tendance des gros clubs à lâcher cette coupe se confirme, l’intérêt se réduit, et la beauté des scenarii manichéens qui s’offrent à nous également. Le coup de massue ultime pour cette compétition serait de supprimer cette place qualificative en tour préliminaire d’Europa League. De ce fait, la Coupe de France deviendrait uniquement un fardeau pour les clubs professionnels, condamnés à se déplacer sur des pelouses hostiles en plein milieu de semaine, au lieu de préparer le prochain match de championnat. Il faut tout de même faire attention à ne pas verser dans le défaitisme. 4 clubs de ligue1 dans le dernier carré, ceci prouve bien que ces clubs n’ont pas pris cette compétition à la légère. Même si les affiches ne paraissent pas très alléchantes au premier abord, il faut tout de même noter que ce sont pour la plupart des équipes très joueuses, ce qui pourrait nous promettre trois dernières confrontations de folie. 

Face à des revenus télévisuels plus faibles qu’espérés, le président Thiriez saura peut-être faire la part des choses et privilégier la Coupe de France à la Coupe de la Ligue. De toute façon, il va certainement falloir faire un choix, les clubs français ne voulant pas assumer quatre compétitions de front, à la différence de leurs homologues étrangers. Cependant, Frédéric Thiriez reste fortement attaché à « sa » coupe et ne se positionne pas dans une logique de confrontation, trouvant même les deux compétitions complémentaires. Il est clair qu’avec les problèmes et les débats autour de la taxation à 75%, ou autour de la règlementation financière de l’AS Monaco, il y a bien d’autres problèmes plus épineux à gérer.

Tristan Baudenaille

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