Lorient: jusqu’ici tout va bien …

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Le dernier jour du mercato est l’occasion ultime pour certains clubs de se renforcer. Pour d’autres, il s’agit de réaliser une dernière bonne affaire afin de solidifier les comptes pour l’année à venir. Ainsi le champion du monde U20 Mario Lemina a quitté son club de Lorient pour rejoindre Marseille dans les dernières heures du mercato d’été, provoquant l’ire de son entraîneur Christian Gourcuff. Cet incident, symptomatique de la prédominance du financier sur le sportif, pourrait déstabiliser Lorient et marquer un tournant dans la vie du club plutôt habitué à la stabilité.

Ce n’est pas nouveau, on le sait, les équipes françaises sont obligées de vendre pour exister. Elles tirent, en effet, le principal de leurs revenus des droits télévisuels et des transferts (on notera que ce n’est plus le cas de Paris et Monaco dont les riches investisseurs sont capables de subvenir aux besoins des clubs et aux désirs de supporters). Lorient n’échappe pas à la règle et est obligé régulièrement de se séparer de ses meilleurs éléments afin de remplir ses caisses. Ainsi, on peut noter ces dernières années les départs de Gignac, Amalfitano, Gameiro, Abriel, Saifi… j’en passe et des moins bons. Ces nombreux transferts n’ont que partiellement perturbé les Merlus qui gardent une certaine stabilité au niveau du classement : si l’on excepte une dix-septième place lors de l’exercice 2011/2012, les Bretons se sont classés toujours entre la septième et onzième place lors des cinq années passées, ce qu’on appelle grossièrement le ventre mou.

Aucune raison donc de s’alarmer des ventes annuelles, d’autant plus que les exilés ont beaucoup de mal à briller loin de leur campagne armoricaine. En effet, le constat est troublant ; beaucoup d’anciens Bretons ont des difficultés à s’imposer ailleurs, on prendra l’exemple de Morel ou d’Amalfitano à l’OM, de Gameiro à Paris ou Vahirua à Nancy. La faute à ce collectif si particulier mis en place par le tacticien Christain Gourcuff. Cet entraîneur s’appuie sur des valeurs collectives et sur un jeu très réfléchi. Cet ancien « prof de maths » s’appuie sur son inébranlable 4-4-2, sur une circulation du ballon rapide et sur la mise au service du collectif par l’individualité. Ainsi, il paraît compliqué de s’adapter à autre chose une fois imprégné de cette philosophie de jeu. D’autant que l’environnement du club permet la mise en place des ces principes, le joueur évoluant au sein d’un cadre serein, avec certes l’engouement du public, mais jamais trop de pression populaire comme c’est le cas dans des plus grandes villes.

Ainsi les départs ne posent pas vraiment de problème d’habitude. Les meilleurs joueurs s’exilent, ont du mal à s’imposer et les merlus trouvent leurs remplaçants : soit chez les jeunes, soit en tentant des paris et en relançant d’anciens talents. En effet, grâce à cette ambiance sereine propice au travail, Christian Gourcuff et son président Loïc Ferry, n’hésitent pas à donner leur chance à d’anciens joueurs prometteurs qui se sont perdus en cours de carrière. L’exemple d’Aliadiere est certainement le plus frappant, et dans une moindre mesure celui de Coutadeur, Corgnet ou Traore dont les anciens clubs descendaient en deuxième division au moment de leur venue à Lorient.

On remarque que Gourcuff aime s’appuyer sur des joueurs techniques, capables de se fondre rapidement dans son collectif. Encore une fois l’exemple d’Aliadiere est symptomatique, le joueur trentenaire parti trop tôt de France pour tenter sa chance outre-manche, s’était enterré à Middlesbrough avant que Lorient le relance et en fasse son buteur et son meneur d’attaque. Le départ des meilleurs éléments n’était jusqu’alors pas un problème pour des merlus toujours capables de dénicher les talents bruts susceptibles d’être façonnés par « le Professeur » Gourcuff.

Pourtant le transfert de Lémina semble sonner le coup d’arrêt de cette politique probante, puisque Christian Gouruff, furibond de cette vente et de la façon dont elle s’est réalisée, aurait  menacé de démissionner. Il a d’ailleurs déclaré sur le site de Ouest France : «Le club ne peut parler d’ambition alors qu’il vend ses meilleurs joueurs. Ce transfert, c’est juste du business […] Quelque part, c’est un manque de respect par rapport à ma fonction, et à mon passé à Lorient[…] Je ne vais pas continuer à avaler les couleuvres éternellement, s’il (Loïc Féry) veut me virer, pas de problème, je pars demain. » La violence des propos interpelle le président qui a depuis recadré son entraîneur dans la presse en lui conseillant de «  protéger en toute circonstance l’institution FC Lorient ».

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 Mais le mal est fait, Lémina est bien la goute d’eau, le symbole du manque d’ambition du club. C’est cela qui rongerait le technicien Breton : maintenant qu’il a bâti un cadre de travail, une stabilité sportive, un véritable engouement autour des valeurs du jeu, il se verrait bien aller plus haut et venir titiller les équipes de devant. Or, son président, issu du monde la finance,  se contente juste de la stabilité sportive, de ce ventre mou et de la vente des meilleurs éléments chaque saison.

Ainsi, ce transfert marque probablement un tournant dans l’histoire du club, il marque aussi une cassure entre l’entraîneur et son président. Rappelons également que Gourcuff arrive en fin de contrat en juin prochain et il semble désormais clair qu’il tentera une nouvelle expérience à la fin de celui-ci. On le verra surement rebâtir une équipe vertueuse et joueuse, un collectif attrayant (et pourquoi pas espérer qu’il le fasse avec l’équipe de France). Féry lui s’occupera toujours de son club comme d’une machine à dégager du profit, mais nul ne doute que sans son tacticien vedette, le maintien et l’engouement populaire seront plus difficiles à aller chercher. En cas de catastrophe sportive, l’ensemble du club serait alors mis en péril et Lorient qui peinerait à vendre ses joueurs à des prix intéressants, se verrait piéger au cœur d’un cercle vicieux laissant se désintégrer tout ce qui a été construit jusqu’ici.

Cyril Daufresne

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