Interview Anthony Aymard (Tanjong Pagar United FC)

 

 

A 25 ans, Anthony Aymard a fait le pari de quitter une carrière en France qui sentait le football du district pour partir à Singapour, rejoindre une équipe 100% française. Sacrée championne pour sa première participation, il va rejoindre par la suite un autre club du championnat. Pas banal. Aujourd’hui, il se régale dans le club de Tanjong Pagar United FC. Rencontre.

 

Bonjour Anthony, merci d’avoir accepté notre interview. Tout d’abord avant de commencer, peux-tu te présenter rapidement à nos lecteurs.

 

Je suis Anthony Aymard, j’ai 25 ans, je suis à Singapour depuis 2011, j’ai joué dans deux clubs différents dont l’Etoile FC et aujourd’hui le Tanjong Pagar United FC. Au niveau du football et de ma formation, j’ai fait mes années en débutant dans un petit club de chez moi avant ensuite de jouer au Puy Foot 43 qui est en club la plupart du temps en CFA 2 et avec des équipes de jeunes en niveau national-dh avant ensuite de débarquer à Singapour.

 

– Raconte-nous un peu ton parcours: comment un jeune défenseur français peut-il atterrir à Singapour ?

 

Au début, je n’étais qu’un simple footballeur de mon département passionné par le football sans vraiment jamais avoir fait de centre de formation. Je me suis pas plus pris la tête que ça, je faisais un BTS en alternance. Puis, un ancien joueur du Puy Foot 43 était devenu entraineur d’un club de DH près de chez moi, j’ai décidé de jouer dans ce club et de m’entraîner sans prise de tête. A l’époque j’avais 21 ans, une personne ma proposée un essai pour une équipe française à Singapour au mois de janvier à Toulouse (Etoile FC). Je m’arrange avec mon travail pour qu’on me libère une journée. Il y avait un bon nombre de footballeurs et la plupart vivaient du football, je devais être le seul avec un niveau amateur. Il y avait des mecs de CFA, des joueurs étrangers, des joueurs sans contrat, etc… J’y suis allé sans me prendre la tête et quelques jours après, une personne du club m’a proposé une offre pour une aventure à Singapour.

 

– Décrit nous l’aventure de l’Etoile FC: quel était le concept et pourquoi avoir décidé de faire partie de cette aventure à l’autre bout du monde?

 

Quand l’aventure s’est présenté, je me suis dit que c’était une opportunité. Ce qui ma fait réfléchir, c’est que j’étais à six mois de passer mon BTS. Mes parents n’étaient pas spécialement d’accord avec cette aventure mais pour moi c’était une chance à ne pas rater. On ma dit que le départ était dans vingt jours et sur le coup, ça paraît vraiment long, mais on remarque très vite que c’est très peu pour un départ à l’autre bout du monde, préparer une saison, découvrir le pays, etc… Je me suis mis d’accord avec mon patron qui a tout à fait compris mon aventure tout comme mon école, puis mon école. Le plus difficile était de convaincre mes parents mais fin janvier, je pars pour Singapour avec une connaissance dans l’équipe et de nouveaux visages encore inconnu.

 

Le championnat de Singapour est un système de franchise un peu comme en NBA ou il y a pas descente. Une personne qui a un certain montant et un projet fiable peut proposer à la ligue d’ouvrir un club, d’où le projet d’un français de l’Etoile FC. L’idée était d’avoir une équipe 100% française. Une fois sur place, on arrive avec du retard par rapport aux autres équipes et leur préparation. On est tout d’abord parti en Thaïlande pour une dizaine de jours. Au niveau des installations, j’ai dû passer plus d’un mois à l’hôtel avant de trouver un appartement. Au niveau des résultats, on enchaine les matchs et les bons résultats sans trop de problème.

 

– Comment se passe la saison avec cette équipe 100% Frenchis? Décrit nous le niveau du championnat. 

 

La saison se déroule bien, le groupe d’une moyenne d’âge assez jeune vit dans la bonne humeur. Au niveau des résultats jusqu’en juin tout se passe très bien, on était premier avec pas mal de points d’avance. Au niveau du championnat, il y a douze équipes aujourd’hui (14 il y a deux ans), on a le droit à cinq étrangers par équipe même si l’Etoile FC était à part comme une équipe Japonaise. Sur le niveau, avec le nombre d’étrangers, le niveau est très intéressant malgré le climat qui impose un rythme différent qu’en Europe. Les efforts sont vraiment importants avec la chaleur et l’humidité mais avec les Asiatiques qui ont un physique moins important, ce sont des joueurs très très vifs.

 

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– Aujourd’hui, on te retrouve dans un autre club du championnat, le Tanjong Pagar United FC. Comment se passe ton aventure dans ce nouveau club? Il y a d’ailleurs une autre communauté française au sein du club.

 

Après l’aventure Etoile FC, je me suis retrouvé en janvier 2012 sans club mais j’ai préféré revenir au Puy Foot 43 pour garder le rythme et revenir à Singapour pendant la trêve au mois de Juin car la saison commence en février et va finir début novembre dû à la saison des pluies. Je rentre en espérant revenir à Singapour mais on apprend que l’aventure ne reprendra pas… Dans mon département, il y a eu de nombreux footballeurs qui ont grandi comme Govou, Perbet, etc… Quand je me suis retrouvé sans club et avec l’envie de rejouer au plus vite, j’ai reçu un appel de Sidney Govou que je connaissais un peu et qui est venu me proposer son aide avec des agents pour retrouver son club. Ce qui m’étonne, c’est quand on voit sa carrière, il n’avait rien à gagner avec moi. C’est vraiment une personne bien qui a souvent reçu une mauvaise image par les médias, mais c’est bien lui qui est venu proposer son aide.

 

J’ai eu une opportunité de partir à l’essai en suisse en deuxième division pour dix jours, mais il y a eu aucun accord financier. J’avais vraiment l’intention de repartir à Singapour, donc j’ai préféré revenir vers chez moi pour garder la forme. Je retourne au mois de juin à Singapour avec des contacts avec certains clubs dont Tanjong Pagar. Au bout de dix jours d’entrainement, j’ai signé un contrat de six mois. Avant l’arrivée du coach français, on était quatre étrangers plus des joueurs locaux mais j’étais le seul frenchi du club. C’est un club qui est assez récent, on a véçu une fin de saison difficile mais le club a souhaité me conserver à l’inverse des autres étrangers. J’ai donc reçu un contrat de deux ans jusqu’en 2014.

 

Après ma signature au mois de juin, le manager de l’époque avait déjà commencé à me parler de l’arrivée d’un coach français. Il était entraineur de l’Etoile FC en 2010 avant mon arrivée au club. Automatiquement, j’ai reçu de bons retours et vers mi-novembre 2012, j’apprends que Patrick Valet était le nouveau coach de Tanjong Pagar. Cette nouvelle me fait plaisir surtout de retrouver les méthodes françaises qui sont très différentes qu’en Asie notamment. Lors de son arrivée, il ramène avec lui quatre joueurs français. En plus de ses joueurs, Monsef Zerka est venu rejoindre notre effectif. Il a vraiment un parcours en France qui est assez impressionnant. Des passages en France, en Grèce, en MLS, en Roumanie etc… Aujourd’hui, il est avec nous pour au moins un an.

 

– Singapour, c’est une ville et douze équipes, ça fait quoi de jouer un derby à chaque match ?

(Rires) C’est vraiment spécial car ça représente des déplacements de « district » en France. Singapour fait la taille d’un département français, y a 12 équipes sur une île donc il y a pas de gros déplacements. Il y a deux équipes à l’étranger dont une en Malaisie et une qui est un état, le Sultana de Brunei qui est à deux heures d’avion. Pour le reste, c’est à moins de vingt-cinq minutes.

– Est-ce que les principes d’entraînement et l’intensité sont les mêmes quand France?

Non pas vraiment, rien que le climat, les horaires d’entrainements sont le matin pour éviter la chaleur, c’est différent. On fait beaucoup de jeu ce qui reste assez plaisant. Sur le principe, il y très peu de différence avec la France, c’est surtout le climat qui fait la différence au niveau du rythme et de l’intensité des entrainements.

– Quel est l’objectif du club pour cette saison ?

L’objectif du club est déjà atteint. Cette année avec ses 12 équipes, la Ligue a mis en place un système de play-offs avec des matchs aller-retour en deux poules de six équipes. Avec l’arrivée de bons joueurs locaux plus des joueurs étrangers, on a fait une bonne partie de la saison en haut de tableau. Aujourd’hui, on est déjà certain d’être dans le top 6 pour les play-offs qui sont pour nous un bonus.

– Aujourd’hui tu as 25 ans, un retour en France c’est envisageable ?

Oui pourquoi pas, après tout dépendra des conditions car je suis à Singapour depuis trois ans. C’est agréable, au niveau du football ça me plaît aussi, et puis les temps sont durs en France. Pourquoi pas à l’avenir, mais pour l’instant ce n’est pas d’actualité. Pour le moment il me reste un an sur mon contrat et on verra s’il y a des opportunités.

– Le football asiatique, c’est le futur ?

Non, même s’il y a beaucoup de joueurs-coachs étrangers notamment en Thailande, ils essayent de se développer mais il y a encore un retard important avec le Japon notamment. Le Japon n’a presque rien à envier à certains clubs de Ligue 1 vu le niveau du championnat. Après la Chine ça reste inférieur même si ça reste attirant comme la Corée du Sud, la Thailande etc… Alors de là à être le futur non, car il y a aura à un moment des questions de problème financier si ce n’est pas déjà le cas.

– Tiens, raconte nous un peu ta semaine type de footballeur pro.

Tout dépend des semaines car en Europe les matchs sont programmés le week-end la plupart du temps mais ici, il y a un match chaque soir, c’est assez bizarre car ça change la plupart du temps. Si on joue samedi soir, il y aura des entrainements quasiment chaque matin sauf la veille de match. Personnellement, je vis pas très loin du stade et du centre ville donc je peux profiter pleinement de mon temps libre qui se résume à du repos, beaucoup de repos.

– Tu as toujours été défenseur ou tu as commencé attaquant comme beaucoup ?

(rires) Au tout début on va dire, en débutant dans un tout petit club de village. Par la suite, je suis vite devenu un joueur défensif et notamment un défenseur central jusqu’à aujourd’hui.

 – T’as des anecdotes marrantes à nous raconter ?

(il réfléchit) C’est pas simple à trouver, mais je vais dire le fait d’avoir une voiture à Singapour. Ici, avoir une voiture c’est limite impossible, c’est incomparable avec la France. A Singapour, un véhicule comme une Clio coûte trois fois plus cher qu’en Europe sans prendre en compte les taxes, ça revient à une Clio à 60.000 euros (rires) ! Autre détail, il y a pas de retraite à Singapour. Par exemple, on peut voir une personne de 80 ans comme employé au Mcdo sans que ça pose un problème. Ce n’est pas l’anecdote la plus marrante c’est certain (rires).

– Finalement, tu ne regrettes pas ton parcours ? 

Non pas du tout, je pense même que ça m’a forgé un caractère différent des joueurs qui sortent de centre de formation. Je me suis jamais imaginer ce que je fais maintenant donc je me pose aucune question. J’ai la chance d’avoir encore un an de contrat donc j’évite de m’endormir sur mes loriers tout en essayant de prolonger l’aventure car c’est une chance qu’on a de vivre de sa passion. Quand on m’a connu, j’avais commencé le monde du travail et que le football était ma passion, mon petit plus à côté. Je pense aussi que l’histoire de l’Etoile est un facteur de mon caractère, ça m’a forcé à me remettre au boulôt et revenir déterminé avec un mental d’acier. Quand on signe un contrat de six mois, il faut prouver très vite et aujourd’hui, ça me motive à travailler chaque jour pour pas que mon aventure s’arrête.

Propos recueillis par Benyahia Ali.

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