Quand l’argent défie l’histoire

 

 

En ce weekend d’octobre, la ligue 1 offre, pour le compte de la 9e journée, deux rencontres représentatives de deux mondes qui sont en opposition depuis quelques années dans le football. Ce samedi, Saint-Etienne se déplace à Monaco alors qu’en épilogue a lieu un Classique entre l’Olympique de Marseille et le Paris Saint Germain. L’occasion de pointer (une nouvelle fois) du doigt l’opposition de deux idéologies, qui se globalise année après année.

 

L’histoire, une puissance désormais propre à l’outsider

 

Face à la vague de rachats et la puissance économique de certaines équipes dans le monde du ballon rond, nombreux sont les clubs qui se battent, histoire en mains, pour rivaliser. Des clubs comme Liverpool ou encore Arsenal tentent chaque année, avec les moyens du bord, de continuer à intégrer le fameux Big Four, face à la puissance financière des Manchester. De l’autre côté des Pyrénées, le constat est similaire avec une équipe comme Villareal, flamboyante à l’aube du XXI e siècle, dont le retour se fait remarquer face aux deux géants espagnols en ce début de championnat. Ce week-end, notre Ligue 1 nous offre deux matchs où le passé historique affronte l’actuelle puissance économique. Conscients de ne pas être favoris à la succession du PSG, olympiens et stéphanois n’ont ceci dit pas l’intention de voir les millions piétiner leur histoire.

 

L’A.S Saint-Etienne, l’une des seules équipes Française à avoir accédé à plusieurs reprises au dernier carré de la Coupe d’Europe des Clubs Champions (finale en 1976, demi en 1975) présente certainement l’histoire la plus emblématique de l’Hexagone. L’épopée des années 1970 avec le passage d’un certain Jean Michel Larqué est encore dans toutes les têtes, avec 8 trophées conquis durant la décennie. Depuis 1927 et la création du club, ce ne sont pas moins de 27 coupes (CFA et Gambardella exclus) qui composent un passé pour le moins bien rempli. Entre 1968 et 1975, quatre doublés Coupe-Championnat sont réalisés par l’ASSE, constamment poussée par la ferveur de tout un public. Dans un Stade Geoffroy Guichard toujours plein, l’histoire s’y est, elle aussi, installée. Un soir de novembre 1974, 35.000 personnes assistent à la fabuleuse remontée de leur équipe face aux Yougoslaves de l’Hadjuk Split en 8e de finales retour de coupe d’Europe (1-4, 5-1).

 

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Les verts traversent alors leur période d’apogée, marquant fidèlement leur empreinte dans le panthéon du football français. Alors, 40 ans après cet âge d’or, qu’en est-il de l’idée d’un possible rachat ? Pas au goût de Loïc Perrin en tout cas, le capitaine, qui déclarait en août que celui-ci « risquerait de faire perdre l’âme de l’ASSE ». La victoire en coupe de la Ligue l’an dernier aux dépens du Stade Rennais a en tout cas montré que l’équipe de Christophe Galtier serait présente cette année. Face à un Monaco revigoré et leader en cette 9e journée, les stéphanois ont bien l’intention de freiner l’ascension des millions au profit d’un petit rappel historique…

 

Le souhait est similaire pour l’Olympique de Marseille, seul club de l’hexagone à avoir soulevé cette fameuse Coupe des Clubs Champions, en 1993. 26 trophées ornent le palmarès olympien, qui a succédé à la suprématie verte à l’image d’un passage de témoin. Fondé en 1899, l’OM a lui aussi sa période de gloire. L’épopée blanche et bleue s’est surtout affirmée en fin de siècle, avec 2 doublés Coupe-Championnat (1972, 1989) et 4 titres de champions consécutifs (1989-1992). Ainsi l’OM s’est révélé comme le plus grand club français des années 1990. Sur la Canebière, tout le monde se souvient de ce coup de tête de Basile Boli face au Milan, tout autant que cette séance de pénalty perdue face à l’Etoile Rouge de Belgrade, 2 ans plus tôt, toujours en finale de la Coupe d’Europe.

 

L’histoire marseillaise est elle aussi, au même titre que la stéphanoise, appuyée par une ferveur impressionnante. Construit en 1937 et rénové à l’occasion de la coupe du monde 1998, le stade Vélodrome a longtemps été reconnu comme le plus bruyant de l’hexagone. En travaux depuis 2011, celui-ci devrait constituer dès 2014, un nouveau chapitre de l’histoire marseillaise. Du côté du Vieux-Port, un rachat a été envisagé avec Jack Kachkar, début 2007. Prêt à déposer plus de 100M€, l’homme d’affaires canadien, et la famille Louis-Dreyfus, aujourd’hui aux commandes, n’ont pas trouvé de terrain d’entente. Ce désaccord n’a pas empêché aux marseillais de renouer avec le succès national en 2010, enlevant coupe de la Ligue et Championnat, après 17 ans de disette. Contexte oblige, le coup de tête signé Monsieur Basile un soir de mai 1993 face à Paris, se doit de figurer dans toutes les têtes olympiennes. Pas de titre de champion en jeu cette fois-ci, mais une belle leçon d’histoire.

 

L’argent, le costume du favori

 

 

Il n’est pas original de signaler que les clubs les plus compétitifs d’Europe, de nos jours, sont ceux ayant les plus gros moyens. Depuis 5 ans, Madrilènes et Barcelonais sont sur une autre planète en Liga, en se disputant le titre de champion, et avec en moyenne, 19 points d’avance sur le 3e. Outre Rhin, le Bayern et Dortmund continuent de se partager le trône de la Bundesliga depuis 4 ans. A eux 4, ces clubs ont dépensé plus de 200M€ cet été, avec notamment Bale qui a rejoint le Real (100M€), Neymar le Barca (55M€), Gotze le Bayern (37M€) et Mkhitaryan qui s’est installé à Dortmund (27.5M€). Le constat est similaire dans les autres championnats avec Higuain qui s’est engagé avec Naples (37M€) et Ozil avec Arsenal (50M€). Dans notre Hexagone, deux clubs ont récemment acquis des moyens stratosphériques via le rachat : Paris et Monaco. Eux aussi, veulent imposer leur suprématie.

 

Opposé à St-Etienne et son histoire richissime, l’A.S Monaco a été racheté en décembre 2011. En effet, Dmitry Ribolovlev a acquis 2 tiers des parts du club, endossant le rôle d’actionnaire majoritaire. Le club de la Principauté s’est souvent illustré en phases européennes, avec une finale (2004) et deux demi (1994, 1998). Mais la descente du club en mai 2011 propulse celui-ci dans une vague de changement, alors qu’il ne parvient pas à remonter l’année suivante. Après avoir confirmé son retour parmi l’élite en avril dernier, Claudio Ranieri a pu peaufiner son équipe avec de gros moyens mis à sa disposition. Le chèque monégasque s’est alors illustré avec pas moins de 170M€ dépensés durant l’été 2013 : il a enlevé Radamel Falcao, auteur de 28 buts en Liga, pour 60M€ ; a rendu Porto orphelin de son duo Moutinho-Rodriguez contre 65M€ et a recruté Kondogbia contre 20M€. Des hommes d’expérience comme Abidal et Carvalho ont complété le tout, pour rivaliser avec le Paris Saint Germain. L’obtention et les conditions d’utilisation de ce pouvoir économique ne sont néanmoins pas passées inaperçues en France.

 

En conflit avec la LFP au sujet de l’emplacement de son siège social, l’A.S Monaco a bien cru ne pas lancer sereinement sa saison… Mais sur le pré, les rouges et blanc ont eu une chance peu fréquente parmi les clubs ayant effectué de tels investissements, à savoir la rapidité de la cohésion. Après 9 journées, Monaco impressionne de par la fluidité et la vitesse d’exécution de son jeu. Les recrues se sont parfaitement intégrées et sont surtout décisives à l’image de Falcao qui a déjà scoré à 7 reprises… Un autre problème se pose alors, celui de la dépendance. Avant le match contre Reims, Falcao et Rivière avaient à eux seuls marqué tous les buts de Monaco en championnat. Bien que le second ne fasse pas partie de ce « mercato 2013 », sa réussite est à mettre en lien avec les performances d’un certain Moutinho, lui aussi en jambes. Qu’importe, avant d’affronter l’A.S Saint-Etienne en grand favori, ce début de saison réussi lui vaut une première place, à égalité avec… Paris.

 

Fondé en 1970, le club de la capitale a vécu un début de XXI e siècle assez mitigé, en frôlant la relégation à deux reprises. Avant cela, Paris avait enlevé 8 coupes de France et ramené chez lui la Coupe d’Europe des Vainqueurs de coupe en 1996, dont il est finaliste un an après. Ne parvenant pas à placer le PSG dans les premiers rôles après le passage de Canal+, Colony Capital, actionnaire depuis 2006, a laissé le gouvernail à une firme du Qatar en 2011 : Qatar Sports Investments. Le renouveau parisien ne tarde pas à se faire sentir avec la signature du milieu argentin Javier Pastore en provenance de Palerme, contre 42M€. Dauphin de Montpellier et tout de même qualifié directement  pour la Ligue des Champions, le club de la capitale frappe trois grands coups : Thiago Silva (45M€), Ezequiel Lavezzi (26M€) et surtout Ibrahimovic (20M€) s’engagent avec le club de la capitale. Carlo Ancelotti emmène le PSG en quart de finale de la coupe d’Europe, stade où il est éliminé sans perdre face au Barca (2-2, 1-1). Capable de très bon comme de moins bon, l’effectif parisien est sacré champion de France avec Ibra comme meilleur buteur. Mais avec la concurrence de l’A.S Monaco, les qataris sont repassés à l’action : durant le mercato 2013, c’est Edinson Cavani qui a rejoint les rangs parisiens pour 60M€.

 

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Afin d’être compétitif sur tous les tableaux, le PSG a de nouveau sorti le chéquier. Le démarrage a été plus compliqué que pour son adversaire monégasque, puisqu’à l’image du précédent exercice, le parcours parisien a démarré par 2 nuls avant que la machine ne se lance réellement. L’accession en Ligue 1 de Monaco et l’investissement monstre qu’il a réalisé a donc poussé les actionnaires parisiens à chercher mieux pour confirmer les embellies de l’année passée. Mais tous savent que les matchs face à l’Olympique de Marseille ont une saveur particulière, historique pour le coup. Avant ce 69e classique en championnat, le PSG partage le trône avec Monaco. Il se déplace au Vélodrome où l’attend une formation qu’il n’a plus battu chez elle depuis Octobre 2008. Toute statistique est faite pour être contredite, et Paris a les moyens de le montrer. Dans tous les sens du terme.

 

 

Paris et Monaco ont réalisé des investissements colossaux, à l’image d’autres clubs dans des pays étrangers, afin d’être compétitif sur tous les tableaux. Tous ces clubs souhaitent à leur tour (ré)écrire leur histoire et imposer leur suprématie sur la scène nationale et européenne. En face, les clubs n’hésitent pas à préserver « leur âme » et tentent avec leurs moyens de suivre le rythme. Marseillais et Stéphanois, chacun étrennant son étoile, vont se frotter à des astres bien plus que redoutés. L’histoire et l’argent s’affrontent ce week-end, et tous deux ont leurs raisons de briller.

 

Quentin Marais

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