France – Ukraine: Après la qualification, la construction

« On va aller au Brésil », scande Paul Pogba. Un tour d’honneur, des joueurs qui se laissent étreindre, des drapeaux agités, des supporteurs en liesse, l’équipe de France a communié avec son public, le temps d’une soirée. « Ils ont tissé une toile émotionnelle », comme le souligne Alexandre Ruiz, journaliste à beIN Sport. Elle a poinçonné hier son billet pour le mondial. Cette fois-ci le mauvais sort, comme en 1994, ne leur a pas joué un mauvais tour. Les fantômes chassés. Devant un stade de France en ébullition, les Bleus sont entrés dans l’histoire en devenant la première équipe européenne à remonter deux buts en match de barrage. Un miracle face à des Ukrainiens invaincus en 2013 et qui ont gardé leur cage inviolée depuis huit matches. La mission semblait utopique, tant ils s’étaient fait manger à l’aller à cause de leur manque d’engagement, d’implication. Un non match. La montagne ukrainienne n’a été au retour qu’un monticule. Le vent de révolte a soufflé et balayé les Ukrainiens. L’équipe de France a combattu, poussé les hommes de Fomenko jusque dans leurs derniers retranchements.

 

Mis en cause lors de la déroute des Bleus à Kiev, Didier Deschamps a renversé les montagnes de doutes et fait taire les critiques. Un sens du coaching indubitable. Cinq changements ont été apportés. Il a innové,  eu du flair en titularisant Mamadou Sakho et Varane – Abidal étant à côté de ses pompes. La dernière fois que les deux défenseurs ont joué ensemble, c’était contre la Georgie, le 22 mars, au stade de France. Les Bleus avaient remporté le match 3-1. Conscient qu’il ne fallait pas tâtonner, « La dèche » a joué son va-tout, avec un milieu de terrain expérimental : Cabaye-Matuidi-Pogba. Ce trident dans l’entrejeu a beaucoup fait souffrir la bande à Pyatov. Karim Benzema, qui n’était plus titulaire depuis quatre matches, a grandement joué sa partition.

 

Sans verser dans la polémique pendant sa période de doute, il s’est mué en buteur hier. Sans omettre le retour de Valbuena, très disponible et altruiste, auteur d’une bonne prestation. Kaiser Franck a retrouvé son rayonnement habituel en donnant du fil à retordre aux défenseurs ukrainiens. Ces derniers ont été brouillons et commis beaucoup de fautes. Les vagues déferlantes bleues se sont abattues sur eux. Le tout dans une ambiance dantesque. Logiquement ils se sont inclinés 3-0. Un score de déjà-vu.

 

http://media.meltybuzz.fr/article-1909020-ratio193_900/equipe-de-france-barrages-mondial-2014-ukraine.jpg

 

Dégager une équipe type, la priorité

 

Les Bleus ne se sont pas arrêtés devant les portes de l’histoire. Heureusement. Mais pour écrire d’autres belles histoires, il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin et attendre d’être dos au mur pour réagir. Quand on arbore la tunique nationale, il faut avoir la gnaque. Hier, une équipe est née. Un noyau s’est dégagé. Il faut profiter de cette accalmie pour bâtir un onze type. Lloris est (presque) indétrônable, la plupart du temps impérial. Evra doit être plus régulier ; Debuchy tient très bien son couloir. L’avenir de la charnière centrale se fera sans doute autour de Varane. Serein, technique, il fait l’unanimité. Sakho a l’âme d’un guerrier. Un vrai lion. S’il est régulier avec Liverpool, il n’aura aucun mal à garder sa place. Tout en espérant qu’Abidal retrouve ses sensations, Koscielny un calme sentencieux, olympien, pour moins concéder des penaltys. Après tout, « abondance de biens ne nuit pas ». Matuidi est sobre. Un titulaire indiscutable, très régulier. Il a toujours fait son job, sans aucun problème. Paul Pogba, rassurant, la tour de contrôle, a été énorme.

 

A l’image de ses récentes prestations. Cabaye, peut-être sous côté, fait un excellent travail au milieu et peut s’adapter à différents postes. Valbuena, l’un des rares joueurs, à n’avoir jamais déçu. Il a toujours rendu une copie propre. Deuxième meilleur passeur (5) des Bleus derrière Ribery (6). Nasri avec un peu d’effort dans les tâches défensives et en jouant simple peut retrouver une place de titulaire. Franck Ribéry demeure le chef d’orchestre des Bleus. Meilleur buteur (6) et meilleur passeur, il est très attendu pour guider cette équipe le plus loin possible. Avec un peu de volonté et d’efficacité, Karim peut-être le leader de l’attaque. Giroud avec sa combativité et son envie n’a pas dit son dernier mot.

 

Des incertitudes planent sur la sélection, il faut trouver les points faibles, pour bonifier cette équipe de France. Maintenant que la qualification est acquise, il s’agit de ne pas faire office de figurants, d’éviter d’être les dindons de la farce. Surtout pour mieux aborder l’Euro 2016.

 

Moussa Sarr

Be the first to comment on "France – Ukraine: Après la qualification, la construction"

Leave a comment

Your email address will not be published.


*