Ukraine – France : un tirage facile, vraiment ?

 

Deuxième du groupe I à l’issue de la phase éliminatoire, la France doit passer par l’épreuve des barrages afin de
s’envoler vers le Brésil l’été prochain. Non tête de série, les bleus craignaient alors de devoir jouer de rugueux croates, de talentueux Portugais, ou de solides grecs. Finalement, c’est
l’Ukraine, second du groupe H, qui se présente à eux les 15 et 19 novembre, avec une réception au retour. Les premières réactions ont plutôt été de l’ordre du soulagement, bien qu’on s’interdise
de sous-estimer l’adversaire jaune. Mais est-ce réellement un tirage simple ?

Un coq à replumer

Entre sondages en sa défaveur et prestations décevantes sur le pré, l’équipe de France ne s’est pas totalement montrée à
son avantage depuis quelques saisons déjà. La cote de popularité des protégés de Didier Deschamps n’a cessé de baisser depuis Knysna, et on se demande si un jour, cette équipe fera de nouveau
rêver. Alors certes, des matchs références, il y en a, comme ce nul (1-1) arraché à Madrid face au géant espagnol, un soir d’octobre 2012 ; ou encore cette victoire pleine d’assurance face à la
Finlande (3-0), pour le compte du dernier match de qualification. Mais entre-temps se dressent constamment des problèmes de tous ordres. On se rappelle cette terrible disette offensive : 527
minutes sans marquer entre le but de Ribéry contre la Géorgie (3-1, mars 2013) et celui de ce même ailier contre la Biélorussie (2-4, septembre 2013).

En parallèle avec ceci, la terrible période traversée par Karim Benzema. Muet pendant 1222 minutes en bleu, le cauchemar
vécu par l’attaquant du Real Madrid a beaucoup coûté à l’attaque française. D’autre part, on ne peut oublier la sortie de Patrice Evra, plus récente, dans Téléfoot. Peu importent les points de
vue d’un tel ou d’un tel, force est de constater que la date de diffusion de cette interview est mal choisie, à un mois d’affronter l’Ukraine, en barrages.

Les barrages d’accession à une phase finale de coupe du monde, l’équipe de France les ont côtoyés à une seule reprise. Et
le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est difficile de ne pas s’en souvenir. En novembre 2009, la France est opposée à l’Irlande avec match aller à Dublin, avant de recevoir au Stade de
France. Victorieuse 1-0 grâce à un but d’Anelka, elle se présente au retour avec un avantage statistique conséquent. Mais finalement, elle valide son ticket à l’arracher, en prolongations, suite
à une main de Thierry Henry (0-1, 1-1 – novembre 2009). Mis à part cette double confrontation historique en tous points (et éliminatoires 2014 exclus), l’équipe de France s’est toujours qualifiée
directement à chaque fois qu’elle a participé aux phases finales.

Le statut de « non tête de série » détenu par la France lors du tirage du 21 octobre 2013 pouvait voir débarquer
Ronaldo, Mandzukic ou encore Mitroglou face à elle. Ce sont finalement les partenaires de Chevtchenko qui vont la défier ces deux soirs de novembre. Entre soulagement et grande estime, les
troupes de Didier Deschamps se privent de penser qu’ils sont favoris, même si les Ukrainiens étaient, de loin, les adversaires les plus abordables. Lors des 12 premiers mondiaux disputés par la
France, celle-ci s’était donc directement qualifiée. Pour le 13e, le sort a manqué de peu de se retourner contre elle. Mi-novembre, les superstitieux pourront se sentir tranquilles en
attendant la double confrontation décisive en vue de s’envoler vers Rio en juin prochain.

Les ukrainiens face à leur destin

Brésiliens, allemands, français et uruguayens en passant par les argentins ont construit leur histoire, et le palmarès qui
va avec, au XXe siècle. Rattachée à l’Union Soviétique jusqu’en 1989, l’Ukraine ne s’est, elle, montrée sur la scène footballistique qu’en 1991, quelques mois après son indépendance. La
fédération Ukrainienne de Football a ainsi été affiliée à la FIFA puis l’UEFA un an plus tard. Pour poursuivre sur l’histoire footballistique de l’Ukraine, celle-ci s’est construite de manière
assez atypique.

Pour commencer, entre 1992 et 1995, 5 entraîneurs se sont passé le témoin pour 6 changements de poste. Depuis 1992, 14
coaches ont pris les commandes de la nation jaune pour pas moins de 17 passages. Plus révélateur encore, sur les 17 « mandats », seulement 3 ont duré plus de 20 matchs, la moyenne étant
de 7 matchs pour les 14 autres. Cet ensemble montre à quel point le pays de l’hryvnia a souffert pour se faire un nom dans le monde du foot. Aujourd’hui 20e au classement FIFA,
l’Ukraine est désormais développée footballistiquement avec des joueurs reconnus comme Andriy Chevtchenko (Ballon d’Or en 2004) et des clubs présents chaque année en Ligue des Champions (Shakhtar
Donetsk, Dynamo Kiev…).

C’est en février 2007 que l’Ukraine obtient son meilleur classement Fifa (13e) au sortir d’une Coupe du Monde
2006 réussie (1/4 de finale). Pour valider son premier et unique ticket dans la plus prestigieuse des compétitions internationales, la nation jaune a terminé 1ere de son groupe. Pour ses 3 autres
campagnes éliminatoires, elle a dû faire face à l’épreuve des barrages…

L’Ukraine a participé à 5 phases de qualifications pour un mondial, soit 4 fois moins que la France (éliminatoires Brésil
2014 inclus). Les barrages représentent quasiment un classique pour les ukrainiens : leur double confrontation décisive contre les bleus sera leur 4e. Et autant dire que les
statistiques ne plaident pas en leur faveur, puisqu’ils ne sont jamais parvenus à se qualifier lorsqu’ils avaient terminé 2e de leur groupe. Pour les mondiaux de 1998, 2002 et 2010,
l’Ukraine a respectivement buté sur la Croatie (2-0, 1-1), l’Allemagne (1-1, 1-4), et la Grèce (0-0, 0-1).

Les Ukrainiens ont cette fois-ci eu droit à l’équipe de France dans ces deux matchs d’accession au mondial 2014. Même si
ceux-ci étaient têtes de série, logique est de constater que les bleus n’étaient pas l’adversaire qu’ils préféraient rencontrer. De plus, les hommes de Mikhail Fomenko auront le
« désavantage » de recevoir en premier, avant de se déplacer à Saint Denis 4 jours plus tard. Les statistiques ont parlé, mais elles sont là pour être contredites…

Un tirage abordable

A l’heure d’affronter l’Ukraine, l’équipe de France endosse tout de même le costume de favori. Invaincue en 8
confrontations et avec notamment deux victoires consécutives en terre ukrainienne (1-4, 0-2), la nation tricolore a de quoi être confiante. Mieux, remporter un barrage contre l’Ukraine peut
présager d’une bonne phase finale… C’est, du moins, ce que montrent les expériences passées : en effet, mis à part la Grèce éliminée au premier tour en 2010, Croates et Allemands ont été
inspirés par leur victoire en barrages contre les jaunes : 8 mois plus tard, ils terminaient respectivement demi-finaliste (Croatie en 1998) et finaliste (Allemagne en 2002) des mondiaux
qu’ils ont ensuite disputé.

Cette fois-ci, la France n’aura pas Thierry Henry dans ses rangs pour l’emmener au mondial. Mais un petit coup de pouce du
destin ne serait pas de refus afin de partir à Rio dans la plus grande sérénité. L’heure de la Samba n’a pas encore sonné, mais gare à ne pas vouloir danser trop tôt, au risque de rire jaune,
très jaune…

Quentin Marais

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