Le ballon d’or : trucage ou réalité ? – Artn’sport

 

Le 13 janvier 2014, Lionel Messi, Cristiano Ronaldo ou Franck Ribéry se verra octroyer le 58e ballon d’or. Tous trois auteurs de saisons exceptionnelles, et ce depuis plusieurs années, ils sont les finalistes de cette nouvelle édition. Entre statistiques personnelles stratosphériques et vitrines remplies de trophées, ce trio est composé d’hommes qui sont surtout décisifs dans le collectif qu’ils intègrent. Mais le lauréat hivernal est au centre de nombreux débats : entre report récent des votes et mise à l’écart de postes clés, des questions se posent autour de la sphère dorée. Alors, trucage ou réalité ?

Le plus fort ou le plus titré ?

L’une des problématiques les plus récurrentes concernant cette récompense. Qui est récompensé ? Le joueur, pour ses statistiques individuelles, ou le collectif champion, représenté par le finaliste ? Les deux ? L’édition 2013 est juste suffisante pour comprendre que cette question est loin d’avoir trouvé une réponse sure. En Liga, Ronaldo et Messi affolent les compteurs chaque week-end. Durant l’exercice 2012-2013, à l’instar des précédents, ils n’ont pas changé leurs habitudes pour se retrouver, fin mai, avec des statistiques impressionnantes : 34 buts pour le premier en autant de matchs, 46 pour le second en 32 apparitions. Le portugais a même un ratio buts/matchs supérieur à 1 depuis qu’il est madrilène (1.04 toutes compétitions confondues), lui qui a déjà scoré à 17 reprises en 15 rencontres de championnat cette saison. La « Pulga », qui a enlevé par 4 fois le Ballon d’Or, suit lui aussi le rythme. Lui qui a atteint la barre des 300 buts avec le Barça courant 2013, il traverse une période un peu plus difficile où les blessures le rattrapent. Avec 8 buts en 11 matchs cette saison en championnat, on aurait quasiment tendance à dire que c’est peu…

Face à ces deux mastodontes, le français Franck Ribéry répond d’une autre manière. Au sein d’un collectif bien huilé, l’ancien marseillais adresse week-end après week-end des caviars à ses attaquants. Actuel meilleur passeur avec 8 « assists » comme il se dit Outre-Manche, il a terminé leader de ce classement durant les 3 dernières années, avec 17, 12, et 14 passes décisives (2011, 2012, 2013). Si le numéro 7 fait partie du trio final, le triplé bavarois de 2012-2013 y est pour beaucoup. Quand le Real de Ronaldo et le Barça de Messi enlevaient, à eux deux, deux trophées (Supercoupe d’Espagne pour l’un, Championnat d’Espagne pour l’autre), le Bayern de Ribéry remportait de son côté Championnat et Coupe d’Allemagne, sans oublier la prestigieuse ligue des Champions. Grand artisan du nouveau visage français, avec une implication retrouvée et un rôle devenu majeur dans le collectif bleu, Franck Ribéry se place donc pour la première fois dans une finale pour le Ballon d’Or. Le numéro 7 entre dans une cour où ses deux opposants ont depuis longtemps fini de jouer.

Ballon d’or ou poste d’or ?

Si l’heureux élu de janvier a le sourire et les finalistes une grise mine, ils ont souvent le mérite d’avoir un point commun : le poste. La majeure partie des nominés occupe pour beaucoup un poste offensif. Seul un défenseur a enlevé le trophée durant la dernière décennie : Fabio Cannavaro en 2006, capitaine de la sélection italienne championne du monde en Allemagne. Matthias Sammer (1996) et Franz Beckenbauer (1972, 1976), défenseurs allemands, étaient parvenus à décrocher le lauréat quelques années plus tôt. Derrière encore, le gardien, avec le soviétique Lev Yachine couronné en 1963, qui n’est autre que l’exception. Aucun autre portier n’est parvenu à ramener le trophée à la maison. Même l’Oliver Kahn de 2002 et le Gianluigi Buffon de 2006 (finalistes ces années-là) n’ont pas reçu la récompense tant convoitée. Longtemps patron de la maison blanche et de la Roja, Iker Casillas, qui a tout gagné, conserve aujourd’hui très peu de chances de pouvoir un jour remporter la boule dorée. Le Bayern des années 2000, l’Italie championne du monde en passant par l’Espagne et son triplé historique ont brillé grâce aux réflexes et l’impact psychologique de chacun d’eux.

L’avis de Rolland Courbis sur la question est tout aussi explicite qu’intéressant, lui qui juge « qu’être gardien, c’est exercer un métier différent ». On ne cite plus les matchs et les compétitions durant lesquelles ces trois gardiens ont sauvé la mise de leur équipe, avec un rôle tout aussi important qu’un buteur. Il est donc difficile de penser que ces trois portiers, au même titre que des dizaines d’autres joueurs, finiront leur carrière sans aucune distinction personnelle. Depuis plusieurs années, diverses idées ont émergé afin de pallier ce « souci », dont celle de faire un ballon d’or par poste par exemple. Mais cela reste au stade hypothétique. Les chiffres continuent de parler d’eux-mêmes face à cette problématique : sur 43 joueurs qui ont remporté le ballon d’or, 21 étaient attaquants. La question du poste n’est pas la seule qui fâche. En effet, sur deux des éditions précédentes, beaucoup d’interrogations se sont soulevées et se soulèvent encore.

2010 et 2013, deux éditions controversées

22 mai 2010. L’Inter de Wesley Sneijder enlève la Ligue des Champions et réalise le triplé Championnat/Coupe/C1. 11 juillet 2010. Les Pays-Bas du meneur de jeu intériste se retrouvent face à l’Espagne d’Andrés Iniesta, avec une étoile sur le maillot en jeu. La Roja remporte la Coupe du Monde et réalise par la même occasion le doublé Euro-Mondial. Cette année-là, les modalités concernant le ballon d’Or changent. Le « Ballon d’Or France Football » fusionne avec le titre de « Meilleur footballeur de l’année ». Les conséquences sont réelles puisqu’auparavant, seuls les journalistes européens votaient. Désormais, les sélectionneurs et les capitaines des différentes nations ont leur mot à dire. L’effet de ce changement est imminent. Après l’annonce des finalistes, le poids des capitaines et sélectionneurs se fait ressentir : pas de Wesley Sneijer parmi le trio final, au grand damne des journalistes.

En effet, Lionel Messi, Andrés Iniesta et Xavi Hernandez sont les 3 nominés pour enlever le 55e ballon d’Or. La présence espagnole est logique, l’absence de néerlandais voire même d’intériste l’est beaucoup moins. L’Argentine de Leo Messi avait quitté la compétition en quarts de finale alors que le numéro 10 n’avait pas profité de l’occasion pour briller. Tout portait donc à penser que ses performances avec le FC Barcelone avaient changé la donne. Le 10 janvier 2011, la « Pulga » remporte son deuxième ballon d’Or face à deux piliers d’une sélection championne du monde et leaders d’un Barça redoutable. La réflexion générale était alors de se demander quelle compétition a été prise en compte pendant le vote, tant sur l’absence de Wesley Sneijder, meneur de jeu d’une Inter en mode rouleau compresseur ; que sur l’attribution du lauréat à Lionel Messi, opposé à deux champions du monde.

  

3 années plus tard et en pleine préparation de matchs de barrages afin d’accéder au mondial 2014, Ribéry voit sa côte fortement baisser : la Fifa reporte la date limite des votes au 29 novembre 2013, soit 10 jours après les doubles confrontations décisives. Durant ces matchs cruciaux dans lesquels le français et Cristiano Ronaldo étaient engagés, le second a envoyé sa nation au Brésil (1-0, 3-2) en scorant à 4 reprises, remportant au passage haut la main le duel avec Zlatan Ibrahimovic. Le bavarois, lui aussi qualifié (2-0, 3-0), n’a pas autant pesé que son adversaire madrilène et a du coup perdu du terrain dans la conquête du précieux lauréat.

La cause de ce report n’est autre qu’un « faible nombre de réponses enregistrées » selon un porte-parole de la Fifa. Ce bouleversement n’a pas échappé aux critiques, avec le président de la fédération portugaise qui réplique vertement que « Le procédé ne (lui) semble pas transparent. L’extension du délai en raison d’un petit nombre de voix recueillies signifie que les gens ont cessé de croire dans un procédé qui est truqué depuis le départ ». Une chose est sure, l’avenir du lauréat hivernal est bien loin d’être doré.

Quentin Marais

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