CDM 2014 : L’Espagne peut-elle le faire ?

 

 

Le mondial 2014 qui se tiendra au Brésil a délivré sa phase de poules via le tant attendu tirage au sort. Si chacune des 32 équipes a été fixée sur ses trois matchs estivaux, une nation est au centre d’une grande interrogation : l’Espagne. Tenante du titre et double championne d’Europe, la Roja va se présenter avec un effectif toujours aussi talentueux, mais avec un jeu qui fait de moins en moins l’unanimité. Vainqueur des trois derniers tournois majeurs, les ibériques ont comme seule idée de réaliser le quadruplé inédit. L’Espagne peut-elle le faire ?

 

2008 – 2014 : Le même noyau

 

Dimanche 29 juin 2008. Après 44 ans de disette, l’Espagne soulève enfin un trophée. Séduisante et fringante durant l’Euro coorganisé par la Suisse et l’Autriche, la formation de Luis Aragonés monte sur la plus haute marche du podium. Comme un symbole, Iker Casillas, décisif tout au long de la compétition, brandit la Coupe dans le ciel de Vienne. Il ne doit certainement pas le savoir, mais ce succès est le point d’ancrage d’une longue période de gloire. En tête de liste : Puyol, Ramos, Xavi, Iniesta, Alonso, Villa, Silva, Fabregas et Torres pour ne citer qu’eux. Ils forment la colonne vertébrale d’un collectif huilé et prêt à vêtir le costume de favori pour la coupe du monde en Afrique du Sud. Impérial dans les cages, San Iker continue d’être le numéro un en Espagne alors que Villa et Torres enquillent buts sur buts. En juin 2010, les ibériques se présentent au mondial avec un effectif quasi inchangé : seuls Marchena et Senna ne font pas partie du 11 type aligné alors par Vicente Del Bosque.

 

La baguette a donc changé de main mais la magie continue de triompher : la Roja enlève sa première coupe du monde sans la moindre contestation. Alors que l’Euro 2012 organisé en Ukraine et en Pologne arrive, l’idée d’un triplé jusque-là inédit commence à émerger de l’autre côté des Pyrénées. Parmi la liste des 23 convoqués par Vicente Del Bosque (Puyol et Villa inclus bien qu’ils fussent blessés), 13 étaient présents 4 ans plus tôt à Vienne. Le noyau restait le même. Les leaders comme Ramos, Xavi, Iniesta en passant par l’inévitable Casillas emmenèrent la Roja conquérir son 3e trophée d’affilée. Ces piliers l’étaient et le sont également dans leurs clubs : pour beaucoup, ils sont pensionnaires du Real ou du Barça, quasiment dans le dernier carré durant chaque édition de la Champions League. La culture de la gagne s’est donc inculquée en chacun de ces footballeurs qui ne cessent d’en redemander. Depuis bien longtemps la Roja occupe le sommet du classement Fifa. Mais sommet rime avec « toque », la spécialité ibérique. Et celle-ci devient de moins en moins copieuse.

 

http://www1.pictures.zimbio.com/gi/Spain+v+Chile+International+Friendly+GmK-MIOrmZCl.jpg

 

La fin du toque ?

 

Si l’Espagne a rempli sa vitrine durant les dernières compétitions, son jeu n’y est clairement pas étranger. Le fameux « toque » espagnol a longtemps émerveillé. Luis Aragonés l’a réellement étalé lors de la première conquête en 2008. Avec un jeu rapide, vif, à une touche de balle, des passes courtes, un déplacement permanent, et une grande possession, les espagnols et le ballon ne faisaient qu’un. Un jeu qui lui a permis d’aligner les scores fleuves. On se rappelle les deux confrontations face à la Russie durant l’Euro 2008, gagnées toutes deux par trois buts d’écart (4-1, 3-0), grâce à une domination sans faille et un milieu de terrain parfaitement rodé. Egalement, ces deux victoires 4 buts à 0 durant l’Euro 2012. La première face à une Irlande complètement dépassée, en phase de poules. La seconde, et la plus belle, en finale, contre une Italie épuisée physiquement. Aujourd’hui encore, la possession espagnole reste impressionnante, avoisinant parfois les 75-25. Néanmoins, celle-ci se révèle être moins bien exploitée. Certains spécialistes accusent l’Espagne d’être « ennuyeuse » de par son redoublement de passes qui tend à baisser l’intensité des matchs.

 

Ennuyeuse, car certainement moins efficace. En témoigne le nombre de buts marqués, à l’instar du nombre de points laissés durant la dernière campagne de qualifications. Habituellement intraitables, les Espagnols ont fait deux matchs nuls, qui plus est sur leurs terres. Si celui contre la France a laissé des plumes, « el empate » de mars 2013 est révélateur d’une inefficacité qui devient récurrente. 23 tirs, 74% de possession et un but sur… coup de pied arrêté. Des 3 dernières campagnes qualificatives, celle d’accession au Mondial 2014 fut la moins prolifique avec 1.75 but par match, contre respectivement 2.8 et 3.25 pour 2010 et 2012 (6 équipes composaient alors la poule espagnole pour 2010 contrairement aux deux autres campagnes évoquées). L’arrivée de Diego Costa, à l’image de celle de Neymar à Barcelone, devrait certainement varier le jeu de la Roja. Et ainsi permettre de rendre celui-ci moins prévisible. Entre l’intégration du colchonero et les interrogations sur le gardien, Vicente Del Bosque doit également surveiller le vestiaire de près. De très près.

 

 

Deux postes et un vestiaire

 

En pleine réflexion sur le jeu de sa formation, le natif de Salamanque doit aussi veiller à maitriser les egos de chacun. Deux postes peuvent particulièrement faire dégoupiller son vestiaire s’il ne fait pas correctement passer la pilule. L’homme qui a fait jouer l’Espagne sans numéro 9 durant l’Euro 2012, laissant de côté Torres, Negredo et Llorente, n’en a pas fini avec sa pointe. Dernièrement, Diego Costa, 17 buts en 15 matchs de Liga au soir de la 16ejournée, a été naturalisé Espagnol. Son début de saison titanesque laisse penser que Vicente Del Bosque comptera sur lui, dans 5 mois, au moment de dévoiler la fameuse liste. Si le rojiblanco prend alors place dans les 23 qui s’envoleront vers Rio, un joueur devra rester à l’aéroport. Dans un groupe qui se côtoie depuis 6 ans, pour la majorité de ses composantes, difficile est de penser que cette décision sera acceptée à l’unanimité. Tant au moment de s’envoler qu’au coup d’envoi, l’entraîneur espagnol se devra de faire de nouveaux choix, toujours plus cruciaux les uns que les autres. D’autant plus que le 4-6-0, qui a plutôt fonctionné au dernier Euro, semble plaire au technicien espagnol… De l’autre côté du terrain se cache une nouvelle énigme aussi importante.

 

Qui occupera les cages ? Iker Casillas, capitaine symbolique de la Roja, mais remplaçant à Madrid depuis sa blessure en janvier 2013 ; ou Victor Valdés, numéro 2 en sélection, mais auteur d’un début de saison rocambolesque avec le Barça ? Si l’Espagne a aligné succès sur succès depuis 6 ans, les prestations de « San Iker » ont été toutes aussi décisives. En témoignent ses exploits durant les séances de tirs aux buts face à l’Italie en 2008 et au Portugal 4 ans plus tard, ainsi que son excellente finale de coupe du monde à Johannesburg. Mais la titularisation du gardien aux 151 capes est de plus en plus contestée en Espagne. Bien que le madrilène soit le numéro 1 dans une Ligue des Champions où le Real est encore engagé, son homologue barcelonais semble être plus prompt à occuper les cages selon bon nombre de supporters espagnols. Souvent mentionné pour ses quelques boulettes, le catalan impressionne depuis plusieurs mois comme l’attestent son match contre l’équipe de France à Saint-Denis le 26 mars dernier (0-1) ou bien ses prestations en Supercoupe d’Espagne (1-1, 0-0). Les questions qu’a à affronter Vicente Del Bosque sont donc différentes de celles qui le trottaient avant les précédentes compétitions, bien qu’aussi cruciales. On en aurait presque oublié la rivalité Real-Barça…

 

L’Espagne se présente au Brésil avec un effectif toujours aussi solide techniquement et mentalement. Si elle a sa place parmi les favorites à sa propre succession, de nombreuses questions se posent sur son jeu et son vestiaire. En grand guide, Vicente Del Bosque avait réussi à trouver la clé en 2010 et 2012, avec des pépins déjà encombrants. La Roja se retrouve donc face à son destin pour un peu plus marquer l’histoire. Mais cette année plus que jamais, c’est elle-même qu’elle devra d’abord affronter.

 

Quentin Marais

Soyez le premier a répondre à "CDM 2014 : L’Espagne peut-elle le faire ?"

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.


*