Interview de Thierry Bin (Phnom Penh Crown FC) – Artn’sport

 

Thierry Bin fait partie de ces nombreux joueurs à ne pas avoir percé dans leur club formateur. Né à Villepinte et exilé à
l’étranger depuis deux ans, ce milieu de terrain plutôt doué avec ses pieds, écœuré par ses piges en amateur a préféré l’exil au chômage, direction l’Asie et le Cambodge pour une séance de
shooting photo. Rencontre avec un expatrié du football, qui a la tête sur les épaules, et les pieds dans la surface. 

– Bonjour Thierry, merci d’avoir accepté notre interview. Tout d’abord avant de commencer, peux-tu te
présenter rapidement à nos lecteurs.

 

Bonjour je m’appelle Thierry, j’ai 22 ans, je suis footballeur professionnel au Cambodge depuis deux ans au club
de Phnom Penh Crown Football Club.

–  Raconte-nous un peu ton parcours: comment un jeune français peut-il atterrir au Cambodge?

C’est vrai que ce n’est pas un chemin que l’on rencontre souvent (rires). Comme j’ai eu du mal à débuter une carrière en
France, on m’a offert l’opportunité de partir jouer au Cambodge. C’est mon pays d’origine, donc j’ai saisi cette occasion de pouvoir partir à l’étranger.

– Revenons plusieurs années en arrière. Quels souvenirs gardes-tu de ton passage à Strasbourg ?

J’ai commencé là-bas à l’âge de 14 ans et je suis resté un peu plus de deux ans dans ce club et j’en garde de très bons
souvenirs. C’est dans ce club où j’ai appris et j’ai pu vivre mes débuts dans le football professionnel. J’ai pu découvrir l’équipe de France en jeune et ça reste un souvenir
incroyable. 

– Avant ton départ pour le Cambodge, tu as fait quelques piges en amateur à Brétigny et Saint-Jean. Tu as
toujours eu l’envie de devenir footballeur professionnel ? 

Oui j’ai toujours eu comme objectif de devenir footballeur. D’ailleurs, c’est bien pour ça que j’ai eu envie de continuer
malgré plusieurs échecs assez difficiles. Ce n’est jamais simple de toujours avoir la motivation après plusieurs tests non concluants mais aujourd’hui, je sais que j’ai eu raison
de persévérer. 

– Par la suite tu rejoins avec d’autres Français la Khmer-Europe, mais c’est quoi exactement ?

On va dire que c’est une association qui a était mise en place par un ancien footballeur professionnel au Cambodge avec
pour but de réunir des joueurs Khmer-Europe et de faire une tournée asiatique pour l’on puisse avoir la chance de nous faire repérer par des clubs Cambodgiens.

– Donc tu t’engages avec le club Phnom Penh Crown. Comment se passe ton adaptation lors de ton
arrivée ? 

Franchement, mon adaptation se passe très bien car les habitants du Cambodge sont très ouverts. De plus, c’est mon pays
d’origine donc que ce soit avec le staff, le coach, les fans ou le reste des joueurs, je n’ai eu aucun problème d’intégration à ce niveau-là.

 

– Quand même, tu n’as pas hésité un peu avant de partir là-bas ?

Bien sur, car le Cambodge c’est quand même à l’autre bout du monde (rires) ! Justement, c’est pour ça qu’après la
proposition du club de PPCFC je suis retourné en France pour discuter et réfléchir avec ma famille. Mais comme je n’avais pas de proposition intéressante en France je suis reparti au Cambodge
pour tenter l’aventure avec mon nouveau club.  

– Il y a d’ailleurs un autre français au sein du club, Boris Kok. Vous êtes les seuls étrangers ?

 

Au sein du club il y a quelques étrangers (2 Nigérians, 1 Gallois) mais aussi Boris Kok, l’autre français de l’effectif.
Au Cambodge on est quelques-uns. Il y en quatre français au pays dont deux dans un club qui vient de monter en Première Division. 

– Décrit nous le niveau du championnat. 

Franchement, on ne va pas dire qu’il y a un super niveau au Cambodge, ça tourne autour de la DH-CFA 2. Au-delà du niveau
des joueurs, le plus gros problème ici reste les infrastructures et notamment la qualité des terrains qui permet pas de pratiquer un beau football… Et c’est dommage ! 

– Est-ce que les principes d’entraînement et l’intensité sont les mêmes qu’en France?

Non c’est différent. Par exemple, au Cambodge il n’y a pas vraiment de préparation d’avant-saison. Ici c’est directement
de la mise en place avec ballon. C’est l’opposé du football européen. Au niveau de l’intensité, ça joue beaucoup plus vers l’avant, typiquement asiatique (rires) ! 

– Sportivement, comment se passe ton aventure au Cambodge avec le PPCFC ? Et financièrement ?

La première année était une réussite ! On aurait pu finir la saison avec des trophées et j’ai eu la chance de connaître
l’équipe nationale. Et depuis tout se passe très bien, je joue et la vie ici est agréable tout comme l’ambiance avec mes coéquipiers. Financièrement, ce n’est vraiment pas lucratif par rapport au
football européen. Mais au Cambodge avec mon salaire, ça permet d’être une personne aisée. Mais c’est sur qu’on ne peut pas énormément économiser pour le futur. 

– Tu as été retenu en sélection nationale une fois et à de nombreuses reprises avec les U23. Tu en gardes
quels souvenirs ?

Ça reste un super souvenir ! Avec la sélection, on a pu jouer dans des stades à guichets fermés et devant un public
magique. C’est des moments inoubliables dans la carrière d’un footballeur. 

– Aujourd’hui tu as que 22 ans, un retour en France c’est envisageable ?

(Il réfléchit) Franchement, je préfère ne pas y penser. A choisir, je préfère rester en Asie et essayer de partir évoluer
dans des championnats voisins comme la Thaïlande etc… Sportivement, je trouve ça plus intéressant de rester ici. 

– Quels sont tes objectifs pour la suite ?

Mon objectif est simple: je veux rester au Cambodge au moins une année de plus avant d’essayer de partir dans d’autres
pays d’Asie comme la Thaïlande. La Thaïlande a un championnat intéressant avec de très bons joueurs, de bonnes infrastructures et la vie est sympa ! 

– Tiens, raconte nous un peu ta semaine type de footballeur pro.

En ce moment, ça tourne à deux entrainements par jour et le week-end on a des matchs amicaux vu que la saison n’a pas
encore commencé.

– T’as des anecdotes marrantes à nous raconter ?

Je vais dire ma sélection avec l’équipe nationale du Cambodge. Le moment ou le stade à guichets fermés et ses 50.000
spectateurs se mettant à chanter avec les joueurs l’hymne national, ça reste un moment émouvant ! Ce n’est pas la plus marrante mais ça marque (rires) ! Après comme chaque étranger qui débarque
au Cambodge, j’ai eu du mal à m’habituer au climat, c’est même impossible de ne pas tomber malade au début (rires). 

– Finalement, tu ne regrettes pas ton parcours ?

(Il réfléchit) On va dire que je regrette de ne pas avoir pu réussir en France car j’ai eu l’occasion en tout cas. J’ai eu
la chance de rentrer dans un centre de formation, de connaître le niveau professionel, etc… Après, je regrette pas du tout mon aventure ici au Cambodge.

Rubrique c’est vrai QUE…. 

– C’est vrai que lors de ton arrivée, de nombreux journalistes t’attendaient à l’aéroport ?

Oui c’est vrai, j’étais accueilli par de nombreux journalistes, des télévisions etc… J’étais assez surpris même si on
m’avait prévenu avant. C’était un peu génant car je devais parler pour la première fois en Cambodgien, donc j’ai eu un peu peur (rires) ! 

– C’est vrai que tu as connu l’équipe de France des moins de 16 ans ?

Oui c’est vrai ! Ça reste un moment inoubliable dans ma jeune carrière. J’ai connu des joueurs vraiment talentueux comme
Gael Kakuta, Guieda Fofana, Gilles Sunu etc… C’est vraiment une belle génération ! 

 

– C’est vrai que les fans te surnomment Monsieur Ot Yol, d’où te vient ce surnom ?

Oui (rires), ce surnom vient à la suite de ma signature et d’une interview sur une télévision nationale. Je me rappelle
que j’avais beaucoup de mal à comprendre le journaliste, il parlait trop vite pour moi ! (rires) 

– C’est vrai que tu as pris ta retraite internationale avec la sélection du Cambodge ?

Oui et non, j’ai décidé de prendre ma retraite pendant une période avant de revenir sur ma décision. Aujourd’hui je suis
sélectionnable car j’ai eu mon passeport Cambodgien, à l’inverse de ma première convocation.

 Propos recueillis par
Benyahia Ali.

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