Interview de Ireneusz Jelen (ex AJ Auxerre)

C’est une interview à mettre dans les archives Artn’sport. Étant sur place pour le Tournoi du Coeur à Chambéry, Ireneusz Jelen n’a pas hésité pour cette demande interview. Ex international polonais et connu en France pour son aventure avec Auxerre, il n’a pourtant cumulé que 29 rencontres avec son pays. Les pépins physiques à Auxerre, à Lille et ailleurs, l’attaquant a peut-être des regrets mais un parcours incroyable. Rencontre.

– Bonjour Jelen, merci d’avoir accepté cette interview. Avant de commencer, on ne t’a pas revu en France depuis de nombreuses années, depuis quand n’est tu pas revenu ?

Déjà je suis très content que l’association « A tous coeurs France » m’invite pour ce tournoi caritatif à Chambéry. Après mon départ de Lille, je ne suis pas revenu et je n’ai pas eu l’occasion de revenir en France. C’est un honneur pour moi de revenir ici car ça prouve que les gens se rappellent de moi. Ça me fait pas un sentiment spécial de revenir mais je suis content d’être là pour cette fondation.

– J’ai pu lire que tu as commencé le football dès l’âge de 10 ans, quels souvenirs gardes-tu de ses débuts en Pologne?

J’ai commencé le football plutôt vers mes neuf ans, j’ai été formé au club de Mieszko Piast Cieszyn sans avoir eu la chance de passer par un centre de formation. Je suis très attaché à ce club et maintenant je veux leur rendre en voulant mettre un place une école de football auprès du club dans cette région. Pour mes souvenirs dans le football, ce sont des choses communes aux footballeurs: le football plaisir tout simplement

– Ensuite, tu rejoins le Beskid Skoczów puis le Wisla Plock, comment se passe ta transition entre le football amateur et le football professionnel ?

Au début des années 2000, le club de Mieszko Piast Cieszyn a dû mettre les clés sous la porte à cause d’une liquidation judiciaire, d’ou mon départ au Beskid Skoczów en quatrième division avec un statut de semi-pro. J’alternais le travail et le football. C’était très dur de relier le monde du travail le matin et les entrainements avec le Beskid le soir. Et puis pendant une avant-saison, après un match amical contre le Wisla je fais bonne impression au coach du club (Broniszewski) . Après avoir réfléchi longuement, j’ai saisi ma chance de pouvoir accéder en première division Polonaise. Même si j’avais un précontrat avec le Podbeskidzie Bielsko-Biała en main, j’ai eu plusieurs jours pour donner une décision. Le temps de réflexion avant de partir au Wisla était (il prend une pause…) nécessaire pour moi car le club se trouve à 400 kilomètres de mes proches et quand on est jeune surtout pour moi à ce moment-là, c’est compliqué de devoir partir si vite.

– Donc tu t’engages avec le Wisla Plock pour quatre saisons, tu joues assez régulièrement jusqu’à disputer l’Uefa. Est-ce que c’est à ce moment-là que tu te dis être devenu un joueur à la notoriété importante en Pologne?

On va dire que c’est surtout ma dernière saison au club où j’ai pu franchir une étape. En 2005-2006, j’ai dû faire beaucoup d’efforts dans ma préparation d’avant-saison pour être prêt physiquement, c’est à ce moment-là que je me suis dit que je pouvais donner le meilleur de moi-même pour avoir la chance de partir à la fin de la saison. En Pologne, partir à l’étranger c’est le but de chaque joueur avec du potentiel. Puis, avec la Coupe du monde en Allemagne, c’était un double objectif pour moi. En y repensant, le personnel du club m’a beaucoup aidé notamment les préparateurs physiques pour atteindre mes objectifs. Pour le club, c’était aussi un avantage car un transfert à l’étranger représente beaucoup d’argent.

– Tu touches à ta première sélection en 2003, on te sélectionne par surprise pour la Coupe du Monde 2006, après la compétition tu as du d’autres propositions de clubs mais pourquoi avoir choisi l’AJ Auxerre?

Déjà, être sélectionné dans le groupe avec la Pologne pour la Coupe du Monde à la surprise générale c’était un rêve pour moi, surtout que je n’avais même pas participé aux matchs de préparation. C’est surtout après les trois matchs que j’ai disputé que les propositions ont commencé à arriver. Après le dernier match contre le Costa Rica, j’ai eu l’accord de ma fédération et de mon coach de partir le soir même négocier mon futur transfert à Hanovre notamment avec les dirigeants de l’AJ Auxerre. C’est le club qui m’a proposé l’offre et le projet le plus concret pour mon avenir.

– Tu rejoins le club de l’AJ Auxerre pour un contrat de quatre ans, tu marques ton premier triplé contre Lorient mais on ne te retrouves pas en sélection à ce moment-là. Comment tu expliques le choix du sélectionneur (Beenhakker) ?

Après la Coupe du Monde 2006, il y a eu un changement de sélectionneur. J’étais appelé les premiers matchs mais au fil du temps, je me suis rendu compte que je n’étais pas dans ses plans. Je me suis remis plusieurs fois en question car au moment ou je suis en pleine forme avec Auxerre en Ligue 1, je suis mis de côté en sélection sans avoir jamais eu de réponse à ce sujet. (il réfléchit…) C’est très difficile de parler de ça car moi-même je n’ai pas d’explication sur ce point..

– Tu ne te dis pas que si le sélectionneur (Beenhakker) fait appel à toi régulièrement après la Coupe du Monde 2006, tu aurais pu devenir un cadre de la sélection Polonaise ? 

Chaque entraineur arrive souvent avec son plan de jeu, sa conception de l’équipe etc… Je n’en veux pas au sélectionneur, lui-même devait avoir d’autres idées pour la Pologne. Mais personnellement, je n’ai jamais eu de réponse ou de discussion à ce sujet.

– Tu restes cinq saisons à Auxerre et le club se qualifie en 2009-2010 pour la Ligue des Champions après une saison magique. Racontes-nous cette période.

Après la Coupe du Monde 2006, la LDC avec l’AJ Auxerre est pour moi le deuxième grand moment de ma carrière. Il y a une ressemblance avec ses deux situations si on regarde bien. Comme en 2006 où personne ne me voyait en sélection, personne n’aurait pu voir Auxerre à la troisième place mais plus pour lutter pour ne pas descendre en Ligue 2. Ça reste quelque chose d’incroyable.

– Justement, quelle était la force de votre effectif pour réussir un tel exploit ?

On était bien préparé avant la saison pour faire quelque chose et l’état d’esprit du groupe. On était bien au courant de notre statut de favori pour la relégation mais après avoir enchainé les victoires, il y a eu un soufflement au sein du groupe comme un engrenage, un peu comme avec Montpellier avec leur titre de champion.

– Vous jouez le barrage de la LDC contre le Zenith, tu marques le second but qui qualifie le club pour les phases de poules. C’est le plus beau but de ta carrière? 

C’est sur que ça reste un match et un but mémorable car il qualifie Auxerre pour la Ligue des Champions. Pouvoir disputer la plus belle des compétitions européennes avec ce club qui me tient à coeur, c’est un moment inoubliable. Le moment ou l’arbitre siffle la fin du match retour contre le Zenith (il prend une pause…), c’est un bonheur plus important que ma convocation avec la Pologne en CDM car c’est un exploit collectif qui a un goût bien meilleur. Je le répète, mais personne n’aurait pu se dire que le petit club Auxerre arrive à la troisième place, élimine le Zenith pour rejoindre une poule avec le Real Madrid, le Milan AC et l’Ajax.

– Même si tu ne prolonges pas ton aventure avec Auxerre, tu as des regrets de cette période?

Globalement, je ne regrette rien de mes choix de carrière. Le seul « regret » si on peut utiliser ce terme ce sont mes blessures à répétition.. Sans ce frein, j’aurai peut-être pu jouer dans un plus gros club. A chaque fois où je suis revenu en forme, j’ai eu des problèmes physiques. C’est assez rageant, mais je ne regrette rien de mon passage à Auxerre. Dans chaque club où je suis passé, j’ai toujours du respect pour eux et je suis d’un oeil leurs résultats à distance.

– Tu signes une saison au LOSC mais ça reste anecdotique, tu trouves un point de chute en Pologne. Avec du recul, ce retour au pays pour un dernier défi ce n’était pas un peu « Mission impossible? »

Le transfert à Lille est venu au mauvais moment car je me suis blessé en fin de saison avec Auxerre, je n’ai pas pu faire de préparation pour être prêt physiquement et en signant le dernier jour du mercato dans une équipe avec un titre de champion et un effectif déjà en place, c’était déjà compliqué. Selon moi, ce serait mieux si j’avais pu signer à Lille après le retard de R.Garcia et le renouvellement de l’effectif. (Concurrence avec N.Roux)

Après mon départ de Lille, je suis retourné en Pologne pour les vacances. J’ai pris le temps de réfléchir avant de retrouver un club mais je savais déjà que revenir au pays avec une condition physique moins bonne qu’auparavant et après avoir disputé la Ligue des champions avec Auxerre, revenir jouer au pays ou le niveau est plus faible, ça serait difficile. Sincèrement, au début je voulais pas signer avec un club polonais mais après avoir reçu un appel du président de Podbeskidzie Bielsko-Biała pour l’aider à maintenir le club, même si je discutais avec Poznan ou ça ne s’est pas fait, j’ai dû réfléchir. Après réflexion, j’ai accepté de venir au Bielsko-Biała pour seulement sept matchs et maintenir le club. Avec du recul, c’est la plus grande erreur de ma carrière car on peut traduire ça comme une « Mission Impossible ». Cinq mois sans jouer sans préparation et jouer même en étant titulaire sept matchs de suite pour maintenir le club, c’était compliqué.

– C’est ton retour en Pologne qui t’a déçu du football et qui ta inciter à mettre un terme à ta carrière?

Beaucoup de joueurs Polonais qui ont réussi à partir à l’étranger et qui décident par la suite de revenir au pays pour finir leur carrière ont souvent des problèmes à s’adapter à ce football. Il y a un écart trop important entre le football européen et le football Polonais. En Pologne, on pense que je pouvais refaire les mêmes performances qu’à Auxerre, mais c’est impossible.

– Comment juges-tu le football Polonais aujourd’hui ? 

On le voit par le biais des résultats de la sélection Polonaise et des clubs en compétition européenne, on remarque la tendance est à la baisse. Le problème aujourd’hui ce n’est pas les « footballeurs » car il y a de grands noms au sein de la sélection, suffit de voir les joueurs évoluant en Allemagne. Après l’Euro 2008 au lieu de faire un pas en avant le pays a fait deux pas en arrière. (il marque une pause..) Tout le monde en Pologne se pose la question mais c’est très difficile de réponse à ça. Il y a tellement d’éléments à prendre en compte… Après on commence à remarquer des efforts dans la formation, pourtant avant il y avait pas tout ça, même très peu de « terrains » de football mais il y avait des footballeurs de niveau mondial. Comme quoi aujourd’hui même en améliorant les infrastructures, ça ne fait pas tout et les clubs n’ont pas de résultat en compétition européenne.

– Aujourd’hui tu as mis un terme à ta carrière, comment se passe ta reconversion? 

Depuis que j’ai mis un terme à ma carrière de footballeur, je pense depuis plusieurs mois à ma reconversion et ce que je pourrais faire pour la suite. Je vais aider les jeunes de ma région en Pologne en mettant en place une académie de football qui devrait ouvrir à la fin de l’année et développer ça à long terme. Professionnellement, j’ai envie de rester dans le football en aidant les jeunes Polonais avec du potentiel à avoir leur chance car il est dur d’atteindre un niveau professionnel et de pouvoir se montrer, un peu comme un rôle de scout.

Photos: Goal.com/TDC 2014

Propos recueillis par Benyahia Ali

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