Le Brésil : une organisation en question

A quelques jours du début de la Coupe du Monde de Football au Brésil, beaucoup d’interrogations subsistent sur l’organisation et le bon déroulement de la compétition. Les infrastructures seront-elles livrées à temps ? Combien coutera réellement cette manifestation sportive ? Qu’adviendra-t-il des stades et autres constructions réalisés pour l’occasion ? Autant de questions qui restent en suspens. Et les expériences passées ne laissent rien présager de bon lorsque l’on s’intéresse au sort réservé aux installations olympiques et sportives de ces dernières années.

 

Le Brésil en retard

 

Avant de vibrer aux rythmes de la samba pendant tout l’été, le Brésil se prépare à accueillir la prochaine Coupe du Monde dans la tourmente. Sur fond de crise sociale et de chantiers encore en cours, le Brésil ne vit pas ses heures les plus glorieuses. Car le cout de la compétition (plus de 10 milliards d’euros) a fait réagir dans le pays. Des manifestations ont eu lieu au début de l’année 2014 pour protester. Les Brésiliens craignent une montée des prix record et regrettent l’usage de l’argent public dans une manifestation sportive alors que la pauvreté ne cesse d’accroitre dans les favelas. Mais ce qui inquiète le plus au Brésil, ce sont les chantiers. Les autorités repoussent les prévisions à chaque interview. En mars 2014, seulement 5 des 12 stades prévus étaient achevés alors qu’en décembre 2013, 6 aurait déjà dû être livré. Encore plus inquiétant, le stade de São Paulo qui doit accueillir le match d’ouverture n’est même pas terminé. Au Brésil, on joue la carte de la décontraction et de la fâcheuse tendance brésilienne à tout faire au dernier moment.

 

Mais certains n’hésitent pas à affirmer que certains stades seront terminés durant la compétition. Notamment celui de São Paulo qui devrait connaitre d’ultimes finitions durant la compétition. Rien de très rassurant donc pour un pays qui respire le football. Rajouter à cela des conditions de travail contestées (8 ouvriers décédés depuis le début des chantiers) et le Brésil ne fait plus du tout rêver. La FIFA a même publié un communiqué à destination des touristes et rédigé de manière habile avec des idées reçues sur les Brésiliens. Une sorte de contre-attaque aux retards accumulés par le pays.

 

 

Nul doute toutefois que tous les stades seront prêts à accueillir les supporters du monde entier pour le plus grand évènement du monde tant les enjeux économiques, sociaux et sportifs sont importants. Mais le timing sera très court pour la FIFA qui doit encore installer toutes les infrastructures liées à l’accès presse et aux retransmissions télé. L’institution a également mis en garde la Russie en vue de la Coupe du Monde 2018 pour éviter que l’expérience Brésil ne se reproduise pas. Une chose est sure, le Brésil a déjà perdu un trophée : celui de l’organisation d’une grande manifestation internationale. Pas la meilleure des publicités quand on sait que les prochains Jeux Olympiques se dérouleront … au Brésil dans 2 ans à peine !

 

 

Et après ?

 

 

Athènes, Pékin, Detroit, Leiria : Ces villes ont toutes un point commun ? Elles ont été ville hôte d’évènements internationaux majeures (Jeux Olympiques, Euro et Coupe du Monde de Football…) mais leurs infrastructures sonnent désormais creux. Pour la plupart même, elles sont abandonnées. À Athènes, les JO de 2004 ont accueilli des millions de personnes, de sportifs et de journalistes du monde entier. Dix ans plus tard, la majeure partie des installations construites pour l’occasion sont devenues désertes (voir photo ci-dessous). Pour un cout final avoisinant les 10 milliards d’euros, les JO ont plombé le pays qui s’est endetté et n’a toujours pas fini de rembourser ses crédits. Aujourd’hui la Grèce est un pays touché par la crise et l’organisation de cet évènement majeur n’a pas eu l’effet escompté bien au contraire.

 

Le site ayant accueilli les compétitions de kayak en 2004 à Athènes (source : AFP)

 

En Chine, les JO de 2008 ont été très couteux (environ 30 milliards d’euros) et beaucoup de bâtiments ont dû être construits. Si certains sont abandonnés, les répercussions économiques n’ont pas été si négatives que ça. Malgré cela, l’abandon de certains des sites pose un problème bien plus général : pourquoi dépenser tant d’argent pour une si courte période d’utilisation ? Car sur le long terme ces sites sont des investissements à perte. À Pékin, peu de personnes pratiquent le canoé-kayak. Le site ayant servi pour les compétitions olympiques est donc devenu obsolète et le cout pour une reconversion du site serait trop élevé d’autant qu’il ferait appel à des financements publics.

 

De même dans les villes où aucun club de football n’est capable de remplir des stades de 40 à 60 000 personnes. Leiria au Portugal en est un des exemples. À l’Euro 2004, beaucoup de stades sont construits et rénovés. Aujourd’hui 2 sont à l’abandon et beaucoup d’autres tentent de trouver preneur faute de rentabilité, c’est le cas de celui de Leiria qui n’atteignait jamais son taux de remplissage maximum.

 

Aux États-Unis, le même phénomène a été observé à Détroit. Lors de la coupe du Monde de football 1994, le stade de Detroit accueille le match d’ouverture de la compétition avec près de 80 000 personnes en son sein. Vingt ans plus tard, le toit n’est plus qu’un bout de tôle parsemé de tissu et l’enceinte a des allures de zones désaffectées. Ce stade n’a pas trouvé preneur après le départ des Detroit Lions (équipe de football américain) en 2002 vers un stade plus petit, mais plus moderne, financé en grande partie par la société Ford. Là encore, le stade est tombé en ruine, car les USA n’avaient pas utilité d’un tel stade pour la pratique du soccer, encore peu développé au début des années 2000 et l’équipe des Detroits Lions n’avait pas non plus le potentiel pour rassembler 80 000 supporters à chaque rencontre.

 

 

Le Pontiac Silverdome, un stade en ruine et inutilisable désormais.

 

Le Brésil espère éviter les mêmes déconvenues que ses prédécesseurs. Mais pour le moment difficile de se projeter sur l’utilisation régulière des stades après la compétition. La plupart des stades abriteront des matchs de championnat pour des clubs allant de la 1re division aux Championnats régionaux en passant par la 3e division nationale. Si la plupart sont des clubs historiques et populaires, il faudra observer de près si les clubs régionaux pourront sur le long terme assurer un taux de remplissage de 40 à 50 000 spectateurs et donc justifier l’utilisation de telle enceinte. Mais que les Brésiliens ne s’inquiètent pas, ils pourront s’inspirer du modèle allemand de 2006. Lors de la Coupe du Monde, l’Allemagne investit dans la construction et la rénovation des 12 stades nécessaires. Aujourd’hui 11 sont occupés par des clubs chaque semaine : un modèle de réussite qui peut servir d’exemple pour les pays organisateurs qui oublient l’après compétition pourtant si important à la pérennité des finances publiques et au développement d’un pays grâce aux infrastructures.

 

 

Le défi du Brésil est donc immense. Il devra prouver qu’il a les épaules assez solides pour assumer une coupe du Monde et toute son organisation, mais il aura surtout comme mission de montrer au monde que ces rassemblements internationaux s’inscrivent efficacement dans la politique de développement économique du pays qui est en train de devenir une nation forte sur la scène internationale.

 

Baptiste Duprat

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