Norwich City, une saison en enfer

La victoire de Sunderland contre West Bromwich mercredi a sonné le glas des derniers espoirs de maintien de Norwich. Les canaries, s’ils voulaient se maintenir en Premiere League devaient s’imposer contre Arsenal dimanche à Carrow Road et que dans le même temps, Sunderland ne gagne ni contre WBA, ni contre Swansea, un scénario presque envisageable et qui s’est avéré réaliste. Mathématiquement, la descente n’est pas officialisée, mais il serait présomptueux de dire que les canaries vont mettre 17 buts aux Gunners et que les Baggies dans le même temps perdent face à Stoke City. Une fin cauchemardesque, pour une saison cataclysmique où les coéquipiers de Sébastien Bassong ne méritaient sans doute pas le maintien. Récit en plusieurs points

 

« Un mercato d’été raté »

 

Sur le papier, cela avait de la « gueule », la réalité du terrain a démontré le contraire. Presque de 30 M dépensés pour finalement pas grand-chose. Ricky Van Wolfswinkel, la recrue phare, acheté environ 10 M au Sporting Portugal en est le symbole vivant, le Néerlandais ne s’est jamais adapté au jeu anglais et n’a scoré qu’à une seule reprise. C’était à Everton lors de la première journée, en août dernier. Une entorse de la cheville l’a freiné de novembre à décembre, néanmoins sa seconde partie de saison a été également symptomatique de la première, RVW a erré sur les pelouses anglaises, n’important strictement rien dans le jeu et ratant tout ce qu’il entreprenait devant le but. Ses acolytes de l’attaque, à savoir Gary Hooper et Johan Elmander, n’ont guère été aussi à leur avantage. Si le premier a tenté de cacher le manque d’efficacité criant de Norwich (6 buts), le second était plus une alternative quand Chris Hughton changeait de système tactique, seul point positif pour le Suédois, son apport défensif et ses quatre passes décisives. Redescendons d’un cran et parlons des milieux, dans ce secteur on comptait surtout sur la jeunesse de Leroy Fer et Nathan Redmond.

 

Manquant clairement d’expérience, ils ont failli. Malgré une envie débordante de percussions, de vouloir accélérer dans son couloir, le jeune Anglais s’est perdu en vol, en tentant trop de fois des dribbles impossibles et des passes difficiles. L’ancien joueur de Twente, quant à lui, après un bon début de saison, a montré son irrégularité. Son abattage au milieu, a baissé et on a retrouvé un Leroy Fer moins tranchant et surtout lent. Une blessure aux ischio-jambiers de mars à avril, l’a considérablement freiné et depuis son retour, l’international Néerlandais a enchaîné les mauvaises performances.

Voici un exemple flagrant sur Nathan Redmond qui montre son nombre de tirs sur la saison (tableau datant de mars). Vous remarquerez qu’il tire un peu de n’importe où et pas souvent dans la direction du but .

 

Le club dans une mauvaise passe en championnat, le président Alan Bowkett et Chris Hughton a tenté de renforcer les canaries au mercato d’hiver, en vain. Joseph Yobo (8 matches) et Jonas Gutierrez (6 matches + une blessure au mollet) n’ont pas joué et n’ont rien apporté. La seule satisfaction notable, est venu de Martin Olsson, le latéral gauche, réalisation une saison propre, sans vraiment d’erreurs notables.

 

« La pire attaque du royaume »

 

Si Norwich descend en Championship, nul doute que le secteur offensif a sa part de responsabilité. Avec seulement 28 buts inscrits, les canaries sont les derniers de la classe. D’autant plus que Hooper et Snodgrass à eux deux, ont marqué pratiquement 50% des buts de Norwich (6 buts chacun). Une attaque en berne, une défense apocalyptique (60 buts encaissés), et sans doute plus si John Ruddy n’avait pas multiplié les parades exceptionnelles ou les arrêts déterminants. Le troisième gardien des Three Lions a été souvent abandonné par ses coéquipiers, laissant beaucoup trop d’espace aux adversaires.

 

« Une irrégularité chronique »

 

Cette saison, le principal défaut des hommes de Chris Hughton puis de Neil Adams a été la régularité. Jamais Norwich n’a aligné deux victoires consécutives ! La seule série d’invincibilité a été de trois matches sans la moindre défaite, mais il faut remonter à loin pour la trouver (entre la 15ème et la 17ème journée). Pires, ils n’ont plus gagné depuis Sunderland fin mars, enchaînant cinq défaites de rang, une série qui s’est arrêtée avec un match nul à Stamford Bridge contre Chelsea. Les canaries n’ont pas été présents dans les moments importants et ont raté le bon wagon à l’amorce du sprint final, bon wagon qu’a pris Sunderland.

 

Autre point significatif, les rencontres à l’extérieur. Seulement neuf points de pris sur cinquante sept possibles. Le vilain petit canar(i) de la classe. A Carrow Road, la formation de Sébastien Bassong, a montré de belles choses et obtenue six victoires, six nuls et six défaites. Très peu d’équipes sont reparties avec les trois points de la gagne. On pourra donc reprocher à Norwich de n’avoir pas réalisé la même toile à l’extérieur (74% de matches perdus). C’est sans doute de ce côté-ci, que la descente s’est jouée. D’autant, que des matches clés contre les concurrents ont été perdus (Fulham notamment). Ajouter à cela un calendrier démentiel (Liverpool, Manchester United, Chelsea, Arsenal) pour finir. Rien n’a tourné en faveur des canaries.

 

Performances comparées à la moyenne des équipes

 Points par match Norwich City 0.89
Moyenne 1.40
 % Victoires Norwich City 21.6%
Moyenne 39.7%
 % Matchs nuls Norwich City 24.3%
Moyenne 20.5%
 % Défaites Norwich City 54.1%
Moyenne 39.7%
 Buts marqués par match Norwich City 0.76
Moyenne 1.38
 Buts encaissés par match Norwich City 1.62
Moyenne 1.38
 Total de buts par match Norwich City 2.38
Moyenne 2.77
 Total de buts par match > 2,5 Norwich City 37.8%
Moyenne 51.4%

 

« Chris Hughton symbole phare de la descente »

 

Débarqué au lendemain de la défaite face à West Bromwich. Chris Hughton a payé les pots cassés. Le manager a entraîné Norwich dans sa chute. Incapable de remettre en selle les canaries, ses changements de tactique, de système ont été salvateurs pour des joueurs perdus dans un style qui consistait à défendre bas et surtout de ne pas avoir le ballon (45% de possession sur la saison). Ajouter à cela une autre moyenne, les adversaires tiraient 15 fois au but par rencontre, cela vous donne le ton. Si vous voulez voir du jeu, ne surtout pas regarder un match de Norwich, à moins que vous souhaitiez faire une sieste. On balance plus qu’autre chose et on compte sur une erreur d’un adversaire qui n’arrivera jamais. Changeant trop souvent de système (passant du 4-2-3-1 au 4-1-4-1 puis au 4-4-2 et enfin au 4-5-1), l’Irlandais s’est pris les pieds dans le tapis en ne trouvant jamais la bonne formule et en essayant de trouver des solutions. Avec lui c’est simple, des joueurs venaient, repartaient, puis revenaient. Une équipe modifiée pratiquement à chaque match, jamais le même onze de départ une semaine sur l’autre.

 

 

Les blessures de cadres importants lors des dernières saisons ont joué forcément dans la balance, Eliot Bennett s’est blessé aux ligaments croisés toute la saison et est revenu seulement sur le banc contre Chelsea. Anthony Pilikngton a manqué trois mois suite à une blessure aux ischio, avant de revenir et de rechuter. Alors que Wes Hoolahan a payé les choix d’Hughton, lui pourtant titulaire indiscutable sur les deux derniers exercices. Néanmoins les supporters du club voulaient la démission du coach depuis décembre. Souvent sur un siège éjectable, le président Alan Bowkett l’a finalement démis de ses fonctions début avril. Trop tardivement, Neil Adams entraîneur des moins de 18 ans du club a été nommé, mais son arrivée n’a pas eu le déclic espéré et Norwich évoluera l’année prochaine en Championship.

 

« Reconstruire pour remonter immédiatemment »

 

Cette descente va évidemment faire partir bon nombre de joueurs, présents actuellement dans l’effectif. Les prêtés, à savoir Yobo, Gutierrez et Elmander vont quitter le navire. Des hommes en fin de contrat dont l’avenir est incertain : Bunn (2ème gardien), Nash (3ème gardien / 40 ans), Turner, Fox (qui n’a pas joué de la saison), Tettey (l’ancien Rennais), Pilkington. D’autres sont courtisés, Hooper, Snodgrass, Fer. Un garçon comme Ricky Van Wolfswnkel vu le prix et sa masse salariale ne devrait pas non plus rester. Pour le reste, l’avenir nous le dira, mais on voit mal des Russel Martin, Bradley Johnson, Jonathan Howson partir. L’avenir de Neil Adams est aussi en suspens, puisque la presse Britannique a parlé d’une éventuelle arrivée de Neil Lennon, le manager du Celtic qui souhaite d’ailleurs récupérer Gary Hooper.

 

Quoi qu’il en soit, en descendant, Norwich va redécouvrir le Championship. Un championnat délicat où il n’est pas bon de rester longtemps, afin de ne pas s’enfoncer dans les affres, comme l’a montré Birmingham récemment qui était à un cheveu de descendre en League One (avec un propriétaire en prison et qui veut vendre le club), alors que les Blues étaient en Premiere League il y a trois ans. Les jeunes auront leur importance et chez les canaries, les jumeaux Murphy (Josh et Jacob) devront montrer un potentiel entraperçu en championnat avec quelques apparitions, surtout Josh.

 

Monté en Premiere League il y a deux ans, les canaries avaient réussi à s’installer, en n’étant jamais inquiétés durant la première année et la seconde. La troisième a malheureusement été dévastatrice, dans un bas de tableau resseré où le moindre perdu peut coûter cher, Norwich a raté son sprint final. Logique, une saison pourrie sur tous les points a eu raison d’eux.

Thomas Bernier

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