Samir Nasri, le surdoué qui a grandi trop vite

Samir Nasri a toujours voulu marquer de son empreinte le football professionnel. Lui, le passionné sur et en dehors du terrain, aura réussi à attirer l’attention, à sa manière… Depuis l’Euro 2012, « le petit prince de Marseille » comme on le surnommait sous le maillot olympien, divise la France du football. Si, sur le terrain, ses performances en club et ce depuis qu’il est joueur professionnel, sont irréprochables, on ne pourrait pas en dire autant de son comportement.

Un talent (trop ?) précoce

Dès l’âge de 15 ans, Samir Nasri est perçu comme LE futur prodige. Lorsqu’il signe en 2004, son premier contrat professionnel avec Marseille, il est le seul joueur de l’effectif formé au club et se fait vite adopté par tout un peuple. Il n’a alors que 17 ans et tout le monde voit en lui l’avenir de l’Olympique de Marseille et même l’avenir de l’Equipe de France. La pression est déjà sur ses épaules. Sélectionné dans toutes les catégories de jeunes (des -16 ans jusqu’aux espoirs), il est conditionné pour être la relève du grand Zinédine Zidane. Sa vision du jeu et son sens tactique sont ultra développés pour son jeune âge. Il possède déjà de nombreux atouts et exploite au mieux le poste de « numéro 10 ». Bref, un talent très précoce. Mais le petit Samir ne veut pas être Zidane. Il veut être Samir Nasri, himself.

 

Les années passent à l’Olympique de Marseille et Samir prend du galon. Les entraîneurs successifs du club (José Anigo, qui l’a lancé, Philippe Troussier, Eric Gerets et Albert Emon) lui donnent tour à tour leur entière confiance et rapidement, il s’impose comme un leader au sein du vestiaire. Déjà là-bas, il commence à montrer son caractère fort, souvent perçu comme de l’arrogance auprès de ses coéquipiers. Mickaël Pagis, attaquant de l’OM à cette époque raconte : « C’était quelqu’un qui ne se laissait pas marcher sur les pieds et avait du répondant. Par exemple, si un ancien lui demandait de faire telle ou telle chose, il pouvait dire ‘non’ s’il ne trouvait pas ça utile ou nécessaire ». Aucun complexe d’infériorité donc, et ce malgré son jeune âge.

 

 

 

 

 

Quand la Premier League lui tend les bras

 

En 2008, il quitte Marseille avec un bilan très positif. Elu meilleur espoir du championnat de France lors de la saison 2006-2007 et élu meilleur passeur la saison suivante, il conclut ses quatre années de contrat à l’OM après avoir disputé 166 matches et inscrits 12 buts. Mais Nasri a besoin de reconnaissance, il l’a toujours répété : il veut gagner des titres et poser son empreinte dans l’histoire du football. C’est pour cette raison qu’il part rejoindre la « french colony », à Arsenal. Là-bas, il continue sur sa lancée et réalise des performances exceptionnelles pour les Gunners. A seulement 21 ans, il est un titulaire indispensable d’une grande équipe de Premier League. Puis, après 3 années londoniennes, il réalise qu’il est temps pour lui de franchir un nouveau palier. Arsenal ne lui offre aucun titre et d’autres grandes écuries du championnat lui font les yeux doux dans le même temps.

 

« Samir a toujours voulu être reconnu en gagnant des titres. Quand il était à Arsenal, il avait besoin de reconnaissance footballistique. A l’époque, il m’a dit : ‘J’ai United et City qui sont sur moi, mais je vais aller à City. Si je vais à United et que je gagne le championnat, ça aura moins d’impact que si je vais dans un club qui n’a rien gagné depuis longtemps’ » confie Thomas Deruda (ancien coéquipier chez les jeunes et amis de Nasri) dans So Foot. Aujourd’hui, on peut dire que le principal intéressé a fait le bon choix… Deux titres de champion d’Angleterre et une Coupe de la Ligue avec Manchester City, il peut enfin jouir d’une reconnaissance footballistique. Mais pas aux yeux de tous.

 

« Si être titulaire dans un club comme Manchester City et gagner deux titres, être performant, ce n’est pas suffisant, et bien tant pis je n’aurai pas de regret, j’ai tout fait sur le terrain ». Car oui, malgré des performances sportives remarquables cette saison, Samir Nasri manquera une nouvelle fois une Coupe du Monde dans sa carrière. La faute à autrui ? Non, la faute à son comportement, ses nombreux dérapages et ses difficultés relationnelles avec ses coéquipiers. Le Citizen n’est pas parfait, c’était bien trop beau.

 

 

 

 

L’autre Samir

 

Le français n’est pas seulement connu pour ses performances sportives. Aujourd’hui, il divise et créer le débat chez les fans de foot. Nasri ne plaît pas à tout le monde et provoque parfois la haine. Une haine rarement vu en France contre un joueur de foot. Tout a changé en 2012, après l’Euro en Ukraine. Les joueurs étaient attendus au tournant après le fiasco de Knysna en Afrique du Sud. Nasri lui, n’était pas là lors de cette fameuse grève du bus. Il ne se sent pas concerné par les attaques répétées des supporters aux joueurs de l’Equipe de France. Totalement détaché du contexte, il aborde plutôt la compétition avec un état d’esprit de revanche. Il n’a pas oublié les nombreuses critiques de la presse à son égard et compte bien fermer quelques clapets durant cet Euro. Sauf que Samir a pris la chose bien trop au sérieux et ne se soucie alors pas des conséquences de ses actes, qui seront fatales pour lui.

 

Célébrer son but contre l’Angleterre avec le doigt sur la bouche et la phrase « fermez vos gueules » adressée aux journalistes ? Loin d’être une bonne idée. Insulter un journaliste de l’AFP de « fils de pute » après l’élimination en quart de finale face à l’Espagne ? Encore loin d’être une bonne idée. L’ancien marseillais a déclaré la guerre à la presse française mais ce ne fût pas son seul dérapage durant cet Euro. Une guerre des égos dans le vestiaire français poussa l’ancien marseillais à se disputer violemment avec Alou Diarra après le match contre la Suède. Sauf que l’affaire ressurgi et Nasri est une nouvelle fois pointé du doigt. Cette fois, il n’est pas seulement critiqué par la presse, mais par tout le peuple français. Michel Platini, président de l’UEFA, qualifia alors son comportement de « honteux ».

 

 

Revanchard, il l’était déjà à l’Olympique de Marseille. En mars 2008, après une défaite en Coupe de l’UEFA face au Zénith (2-0), le président marseillais Pape Diouf avait critiqué ses joueurs qui se prenaient selon lui pour des « vizirs et des nababs ». Trois jour plus tard, Nasri marque contre Lens en championnat, se dirige vers la tribune de presse et vise Pape Diouf avec une arrogance impitoyable. La même année, cette fois-ci avec l’Equipe de France, il s’assoit dans le bus des joueurs à la place habituelle réservée à Thierry Henry. Nasri refusa de se lever et lui rétorqua alors de se trouver une autre place. Plus tard, William Gallas raconte à son tour une autre altercation avec Samir Nasri lorsqu’il jouait à Arsenal. « Cela se passe pendant un match de Coupe d’Europe contre Rome. Samir perd un ballon. Je montre ma déception, mais sans plus, et là il me traite de ‘fils de pute’. On a eu une sévère explication dans le vestiaire, à la fin du match ».

 

Ce comportement agace et montre que Samir n’a pas la même notion du « respect » que certains de ses coéquipiers. En 2010, Pierre Mankowski, l’adjoint de Raymond Domenech, explique pourquoi le joueur alors à Arsenal, n’a pas été retenu pour la Coupe du Monde : « Il est toujours souriant mais il a un caractère très, très fort. A l’entraînement il n’y avait aucun problème mais ce sont ses rapports avec les autres joueurs qui étaient plus difficiles ». Pour les mêmes raisons évoquées récemment par le sélectionneur Didier Deschamps, Samir Nasri ne participera pas à la prochaine Coupe du Monde au Brésil.

 

Nicolas Laplume

 

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