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Non, elle n’a pas pu le faire. Double championne d’Europe et championne du monde en titre, l’Espagne est sortie prématurément de ce Mondial 2014. Le revers face au Chili (0-2) mercredi soir a anéanti tout espoir de qualification pour la Roja, déjà balayée face aux Pays-Bas (1-5) vendredi. Elle imite le Brésil, l’Italie et la France en tant que champion du monde éliminé au premier tour. Malgré une fin désastreuse mais remplie de symboles, c’est une page de l’histoire du football qui se tourne.

Mauvais présages

A l’heure d’aborder cette coupe du monde au Brésil, il ne fallait pas être superstitieux côté espagnol. Certes, ce constat est plus facile à réaliser après l’élimination, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que les mauvais présages se sont bel et bien confirmés. Cette année 2014 a vu le Real gagner la ligue des Champions. Signe du destin ou non, avant chaque compétition internationale remportée par l’Espagne, ni le FC Barcelone, ni le Real Madrid ne figuraient ne serait-ce qu’en finale de la Coupe aux grandes oreilles. Cette anecdote a son importance puisque les pièces maîtresses du collectif, du jeu, et du vestiaire espagnol venaient et viennent encore, en majorité, de ces deux mastodontes. En 2006, le Barça était champion d’Europe un mois avant que l’Espagne ne soit éliminée en huitièmes du Mondial allemand. En 2002, le Real brandit la coupe des clubs champions quelques semaines avant la défaite de la Roja en quarts de finale, face à la Corée.

A en croire les prestations des madrilènes Casillas, Ramos et Alonso, ce détail a fait la différence, avec des avis partagés entre « manque de faim » et « épuisement ». Peu avant le démarrage de ce mondial 2014, « La Malédiction de Conchita » a, elle, commencé à émerger derrière les Pyrénées. La cause ? Un scénario 2013-2014 exactement similaire à celui de 1965-1966 : l’Autriche remportait l’Eurovision, l’Atletico était champion d’Espagne et le Real champion d’Europe, le Bétis descendait en Liga Adelante et le Depor remontait en première division… L’Espagne chutait ensuite au premier tour du mondial en Angleterre. 48 ans après la Roja reçoit une claque face au Pays Bas un certain Vendredi 13, avant de succomber cinq jours plus tard et ainsi donner raison à cette malédiction…

Des statistiques qui n’en disent pas moins

Si les prémices de ce mondial 2014 n’étaient pas favorables à un quatrième sacre, les faits réels parlent d’eux-mêmes. En deux matchs de coupe du monde, la Roja a encaissé plus de buts (7) que le total des trois dernières compétitions internationales (6 : 3 pendant l’Euro 2008, 2 pendant le Mondial 2010, 1 pendant l’Euro 2012). En tant que championne du monde en titre, l’Espagne est la première nation à chuter lors de ses deux premiers matchs, mais aussi la seule à prendre cinq buts lors de sa rencontre d’ouverture. La défense a littéralement pris l’eau alors que deux ans plus tôt, elle faisait preuve d’une vraie solidité. Pourtant, seul Azpilicueta remplaçait Arbeloa au poste de latéral droit, dans une défense expérimentée où figuraient Ramos, Piqué et Alba, devant un Casillas indétrônable. En attaque, le constat est aussi affligeant. Un seul but marqué après deux matchs de tournoi international, c’est une première pour l’Espagne depuis l’Euro 1980.

Ce chiffre est d’autant plus difficile à avaler pour une formation qui avait changé sa tactique en tentant le pari Diego Costa, positionné à la place de Fabregas dont le rôle de faux numéro 9 avait contribué au sacre européen de 2012. Il était presque impossible pour Del Bosque de mettre le néo-espagnol sur le banc étant donné qu’il lui avait promis une place de titulaire s’il venait à se naturaliser. Sifflé par le public et impuissant au même titre que ses partenaires, le futur attaquant de Chelsea n’a provoqué qu’un pénalty (et litigieux) face aux Hollandais. Pire, il n’a cadré aucune de ses tentatives en 126 minutes de jeu. Le coup de poker osé et manqué par Del Bosque aura aussi eu le vice de pousser sur le banc un certain David Villa, non seulement meilleur buteur de l’histoire de la Roja avec 58 buts en 96 sélections, mais aussi élément indéboulonnable lors des deux premiers succès ibériques.

La fin d’un règne

Ce cycle rouge et jaune a longtemps émerveillé. Comme un symbole, c’est au Maracana qu’il en a pris un coup, un 30 juin 2013, face au Brésil en finale de la Coupe des Confédérations (3-0). Symbolique, parce qu’un an plus tard, c’est dans cette antre de Rio de Janeiro que la sélection espagnole a rendu sa couronne après une défaite face au Chili, synonyme d’élimination. Le règne ibérique aura donc duré six ans. Après le sacre à Vienne en 2008, la Roja avait prolongé son plaisir à Johannesburg en juillet 2010, avant de donner une tournure inédite à sa domination en s’imposant à Kiev, deux ans plus tard. Depuis le premier match de l’Euro 2008 face à la Russie, l’Espagne a remporté 75 des 94 rencontres qu’elle a ensuite disputé, pour 9 nuls et 10 défaites, soit un ratio de victoires de 79%…

Cette Furia Roja aura tout dévasté sur son passage, en gardant la même ossature. Sur les 23 sélectionnés pour le mondial brésilien, 12 étaient présents à Vienne, lors du premier sacre européen. Depuis sa prise de fonction en juillet 2008, Vicente Del Bosque n’avait, lui, jamais perdu deux fois d’affilée puisqu’il faut remonter à octobre 2006 pour retrouver la trace d’un tel scénario. Le natif de Salamanque restera le premier entraîneur à réaliser le triplé Ligue des Champions (2000, 2002), Mondial (2010) et Euro (2012). Et ses joueurs les premiers à enlever trois tournois majeurs d’affilée. Numéro 1 du succès espagnol, le capitaine emblématique Iker Casillas restera quant à lui le premier international à avoir remporté 100 victoires en sélection. L’Espagne s’arrête donc à trois succès consécutifs et ferme l’un des plus beaux chapitres de notre histoire.

Même si c’est une vraie page qui se tourne, l’encrier espagnol n’est pas vide et d’autres artistes comme Koke, Isco, Jesé, Carvajal, Alcantara ou De Gea (pour ne citer qu’eux) attendent à leur tour de pouvoir user de leur plume. Après avoir dit merci aux vétérans, avec qui ils ont sans aucun doute, déjà beaucoup appris.

Quentin Marais

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