Interview Hugues Matumona (ex Sheffield United, Forest Green Rovers)

A l’aube de la nouvelle saison 2014-2015, le rendez-vous était fixé dans le centre-ville Toulousain pour notre interview. Comme beaucoup de jeunes français, Hugues Matumona s’est exilé en Angleterre dès son jeune âge. Formé en banlieue parisienne, le champion du monde universitaire a connu des moments de joie mais aussi des déceptions entre la Championship (D2) et la Conférence (D5). Avec son sourire, il retrace en long et en large pendant plus d’une heure son parcours et ses découvertes du football anglais et de son retour en France. 

 

Découverte du football – Banlieue parisienne (1998/2008 – Poussins à DH ) « Je décide de partir sans prévenir personne, je préviens seulement un joueur du club par facebook qui lui derrière prévient le coach (rires) »

« Je garde de bons souvenirs de mes débuts en région parisienne. J’ai commencé le football en 98-99 au Red Star à neuf ans dans les catégories de jeunes. Puis je débarque au CS Villetaneuse et au Bourget suite à un déménagement. A l’époque en banlieue parisienne, il y avait beaucoup de jeunes en 14 fédéraux qui pouvaient avoir la chance de partir à l’INF Clairefontaine, mais la plupart avaient le talent mais de gros problèmes de disciplines. Je joue dans chaque catégorie jusqu’en séniors au club de Garges les Gonesses, un club et un entraineur qui me tient à coeur. J’essaye de toujours rester en contact avec lui depuis mon passage au club. C’était un très bon coach, il a quitté le club à mon retour d’Angleterre et j’aurais voulu repartir avec lui mais il m’a très vite tenu au courant de son départ du club bien avant d’en avoir parler au club et à son staff. C’est ce coach, Thierry Kilgus qui m’a fait comprendre pour réussir qu’il faut travailler et rester sérieux jusqu’au bout. Ensuite je rejoins le club de Chantilly en 2008 qui était en DH.

A cette période j’étais à la Fac et je rencontre Bruno Naidon lors d’un entrainement de futsal qui me propose de venir au club et de prendre ma chance. Tout se passe bien avec lui aux entrainements et je décide de rejoindre son équipe. C’est avec du recul que je me dis qu’avoir la confiance de son coach ça reste très important car cela permet au joueur de développer ses capacités sur le terrain.

 

Quand je suis en région parisienne, je n’ai même pas l’idée ou l’obsession de devenir footballeur. Mon envie est simplement d’évoluer le plus haut possible, de progresser au maximum sans trop me projeter sur l’avenir. La saison se termine mais je décide par la suite de partir sans prévenir personne, je préviens seulement un joueur du club par facebook qui lui derrière prévient le coach (rires). J’étais en Italie et je suis sur le point de signer quelque chose mais le coach m’explique qu’il faut une lettre de sortie du club et de la fédération. Moi j’étais jeune, ma seule occupation c’était le ballon et il m’explique que je l’ai déçu car il connait mon potentiel par son expérience. Par la suite, il explique que pour la peine il va me « bloquer » mais peu de temps après il me laisse quand même partir (rires).

 

 

Débuts en Angleterre – Sheffield United (Janvier 2009 – Réserve/Groupe Pro – D2) « Au niveau de l’ambiance, Bramall Lane c’était quelque chose surtout les jours de derby avec le voisin, Sheffield Wednesday. »

 

Je débarque en Angleterre après une discussion avec mes parents, qui m’explique que mon oncle réside à Sheffield. Je commence à regarder les clubs de la ville et je découvre Sheffield United, Wednesday et le petit Sheffield FC. J’arrive chez mon oncle en janvier qui était sans papier, donc il prend le risque de m’héberger malgré sa situation. Au début c’était difficile car s’entrainer tout seul ça reste jamais simple, surtout dans un pays différent ou on n’a pas de contact. Par la suite, je fais la connaissance d’un coach, Steve Toyne qui entraine Dinnington Town FC dans la banlieue de Sheffield. Après plusieurs matchs avec lui, il me présente à un scout de Sheffield United qui m’invite aux entrainements avec les U18 du club. Je monte par la suite avec la réserve ou il y a des jeunes joueurs mais aussi des pros en manque de temps de jeu. Le championnat des réserves reste assez spécial car le niveau est vraiment relevé, ça m’a surpris. Je signe mon premier contrat pro d’une année avec un an en option. Au départ, je m’entraine avec la réserve puis au fil de la saison avec le groupe profesionnel du coach Kevin Blackwell. Avec du recul ça me fait sourire car j’étais dans un groupe avec de très bons joueurs. Il y avait par exemple le capitaine Chris Morgan (aujourd’hui entraineur des gardiens).

 

La particularité de ce groupe et même de la Championship c’est qu’il y a beaucoup de jeunes joueurs prêtés par les clubs de Premier League. Je me souviens de Kyle Walker (Spurs), c’était déjà une bombe alors qu’il était très jeune à Sheffield United. Il y avait aussi Henri Camara qui était impressionnant par son expérience. Je peux citer aussi Richard Cresswell, un vrai renard des surfaces qui se bat sur chaque ballon. Malheureusement, je joue qu’avec la réserve en match officiel et quelques matchs amicaux avec les pros mais j’étais jeune et je retiens que du positif de cette expérience. Rien qu’en matière d’infrastructures, c’était incroyable. Au niveau du travail physique et technique, y a une grosse différence avec le football en France. Au niveau de l’ambiance, Bramall Lane c’était quelque chose surtout les jours de derby avec le voisin, Sheffield Wednesday. United reste plus le club bourgeois de la ville à l’inverse de Wednesday qu’on définit comme le club populaire.

 

 

Signature à Rotherdam United – League Two « Adam Le Fondre c’était le CR7 de l’équipe, il avait du barraka incroyable »

Sur le coup je n’ai pas vraiment eu besoin de déménager (rires). Nouveau défi pour moi, je débarque dans une équipe avec comme coach Ronnie More et un groupe avec de très bons joueurs, ça me surprend vu que ça reste de la League Two. Comme joueurs, il y avait notamment Adam le Fondre. Lui, c’était le Cristiano Ronaldo de l’équipe. Que ça soit du pied, du talon etc, à l’époque il scoré à chaque match, il avait une barraka incroyable. Comme joueurs d’expériences, je peux citer Nick Law au milieu de terrain. A cette période, l’équipe ne jouait pas dans son stade habituel pourtant qui était terminée depuis un moment mais au Don Valley Stadium. Même au niveau des entrainements, c’était ailleurs. Plus tu vas en division inférieure, et tu remarques que ça devient très dur physiquement même aux entrainements, suffit de voir des joueurs comme Akinfenwa qui sont juste impresionnants.

 

Le point négatif de cette saison ça reste ma relation avec le coach, c’est la que je vois que la confiance ça reste très important. On va dire par rapport aux joueurs devant moi comme Adam le Fondre, ça peut aller surtout que le groupe était assez homogène. Je retiens surtout la région du Yorkshire qui a une véritable culture football et on apprend vraiment vite, surtout que je ne suis pas quelqu’un de timide. On termine la saison barragiste et on arrive en finale des PO contre Dag & Red mais on s’incline 3-2. Ça reste une bonne expérience avec un groupe très vivant et accueillant. 

 

 

 

Signature à Forest Green United – Découverte de la Non League « Il y avait aussi Reece Styche (Gibraltar), c’était une machine à buts »

 

(Parenthèse sur la signature de Dave Hockaday à Leeds United) « Je t’avoue que je n’ai pas trop compris quand j’ai vu ce choix de la part de Leeds, ça m’a surpris. Tu passes d’un club de Conférence à de la Championship, c’est énorme. » Le coach n’aura pas fait long feu car le propriétaire du club Massimo Cellino décide de virer Dave et son assistant Junior Lewis après seulement 70 jours de fonction. Souvenir du passé avec Brian Clought.

 

Comme je te l’ai dit tout à l’heure, plus tu t’approches des divisions inférieures, plus c’est chaud physiquement. La plupart des clubs sont professionnels notamment Forest Green ou on avait de bons contrats. Au niveau de la saison, Dave Hockaday était un super entraineur. C’est un coach qui privilégie beaucoup les jeunes joueurs, il était très proche de ses joueurs. Pour ma part, il m’a beaucoup parlé car il a connu d’autres joueurs français notamment de la banlieue parisienne. Il est aussi très direct avec nous, et ça c’est important j’en garde que des bons souvenirs. Je me souviens aussi de plusieurs joueurs comme Jeffrey Imudia, un joueur très polyvalent avec qui j’ai gardé contact avec un profil assez « carré » difficile à bouger. Il y avait aussi Reece Styche (international avec la sélection de Gibraltar). Pour moi, il n’a pas eu beaucoup de chance par rapport à sa blessure car elle arrive à une période ou il était en pleine forme. Il ressemble à un joueur comme Adam le Fondre par son sens du but et sa finition, il prenait beaucoup d’initiative. Pour ma part, quand je repense à mon passage à Forest Green et son stade, c’était génial d’évoluer la-bas. On y prend gout à cette ambiance même si ça reste un petit club j’ai vu des mères de famille avec le logo du club tatoué.

 

En France, tu trouveras quasiment jamais ça. à Forest, mon surnom c’était Matt car la plupart des fans avaient du mal à prononcer mon nom (rires). Dans l’ensemble, il y avait autant de spectateurs qu’un match du Red Star en national. C’est une particularité de la culture anglaise, une culture qu’on n’aura jamais ici malheureusement. Le club avait d’ailleurs comme surnom les « écolos » par son stade (The New Farm) et sa très belle pelouse.

 

 

Pré saison à Cystal Palace et déception – D2 « C’est Steve Toyne qui m’a sauvé »

 

Au fur et à mesure que je joue au club avec dans l’effectif d’autres joueurs qui ont connu l’étage supérieur comme James Norwood, je me fais approché à la fin de ma saison par Crystal Palace. Je rejoins le groupe professionnel en préparation mais pour la signature de mon contrat il me fallait un agent et c’est mon oncle qui a contacté un « ami » à lui. C’était un agent libérien sous le nom « Alpha Bird Collins », je me demande s’il a encore sa licence Fifa. Lors de la signature du contrat, il demande beaucoup trop d’argent. Je lui en veux énormément car il m’a privé de quelque chose de grand, même si derrière j’ai essayé d’avoir autre chose mais vu que j’étais maintenant sous contrat avec cet agent, je ne pouvais plus faire grand chose. On a terminé au tribunal et c’est Steve Toyne qui m’a sauvé et j’ai pu résilier mon contrat avec lui.

 

Dès que je suis revenu en France, j’ai mis en garde beaucoup de joueurs de ses méthodes et de leurs propos. Après de ce que je retiens de la préparation, c’est que c’était presque une équipe de Premier League vu la qualité de l’effectif. Wilfried Zaha était déjà très bon, notamment sa qualité de percussions. Selhurst Park avait une belle ambiance mais pas comparable à Anfield qui reste au-dessus, Blackpool aussi à l’époque c’était beau avec notamment Charlie Adams. 

 

 

Retour en France, Poissy et le championnat du monde Universitaire – CFA 2 « Avec lui (Bruno Laidon), j’avais une relation père-fils qui me tient à coeur »

 

Avec une blessure à un ligament au genou gauche, j’ai mis près d’un an avec la rééducation pour revenir en forme. J’étais en contact avec le Red Star, l’entraineur de l’équipe c’était Athos Bandini, qui n’a pas fait long feu. J’ai plus discuté avec son adjoint qui m’invite à venir la-bas. Je me rend au club mais le chargé de recrutement m’explique que je ne peux pas signer à cause d’un manque de contrat ou je ne sais plus quoi vu que je viens de l’étranger et qu’il venait de faire signé d’autres joueurs. Par la suite, j’ai pu atterrir à Poissy en CFA 2. C’est un changement assez radical surtout dans l’intensité des entrainements, je devais être un des seuls à m’entrainer à côté en futsal. Par la suite, Bruno Laidon me refait confiance avec l’équipe de France Universitaire et c’est pour ça que j’insiste beaucoup sur la confiance avec un coach. Avec lui, j’avais une relation père-fils qui me tient à coeur. Ce trophée avec mes coéquipiers en Russie reste mon meilleur souvenir car ça me rappelle mes souvenirs en Angleterre, l’ambiance était vraiment incroyable tout comme le niveau de certains joueurs.

 

Être footballeur c’est une vie de rêve, surtout en Angleterre mais j’ai besoin aussi de me poser et de trouver quelque chose de concret. Aujourd’hui je suis à Blagnac et je me sens bien mais je préfère attendre avant de partir même si l’objectif est ce qui me correspond le mieux, même son environnement.

 

 

Top 3 des plus talentueux

 

Kyle Walker, Adam le Fondre et James Northood. Walker reste au-dessus des autres malgré que ce soit un défenseur alors qu’il était très jeune lors de son prêt.

 

Les plus fous

 

J’en fais partie (rires) mais je vais dire mon groupe à Forest Green, notamment James Northood et les autres membres de l’effectif. C’était plus des gentils fous comme courir en slip devant le stade, se mettre du rouge à lèvre etc… Ça reste dans le raisonnable mais c’était bon enfant.

 

La plus belle ambiance (stade) ?

 

Newcastle, Saint James Park. C’était incroyable cette ambiance. Ça arrive sur certains matchs ou il est difficile de parler entre nous sur le terrain sans crier, mais la bas c’était impossible. Les magpies ça reste la plus belle ambiance que j’ai vécu.

 

Le pire traquenard ?

 

Dinnigton Town FC (rires) ! C’était vraiment un terrain difficile. Mais c’est ça la particularité du football en angleterre. D’ailleurs, le terrain est très proche des supporteurs, suffit de prendre un coup de physique pour atterrir sur les fans.

 

Des passions ?

 

La boxe thailandaise, la capoéra mais seulement pour le plaisir. Pour le reste, le cinéma et tout ce qui touche à la détente.

 

 

Propos recueillis par Benyahia Ali

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