Interview de Guillaume Surot (Kingston FC)

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À 25 ans, Guillaume Surot a déjà de la bouteille. Dès son plus jeune âge, il a fait le pari de quitter une carrière en France à l’odeur de contrat fédéral pour partir à la conquête de l’ouest et le rêve Nord-Americain, rejoindre une équipe cosmopolite au fin fond du Canada. Finaliste et meilleur buteur du championnat, le natif d’Angers est en train de vivre pleinement son aventure. Aujourd’hui, il nous raconte son parcours en toute sincérité. Rencontre.

 

– Bonjour Guillaume, merci d’avoir accepté notre interview. Tout d’abord avant de commencer, peux-tu te présenter rapidement à nos lecteurs.

 

Guillaume Surot, j’ai 25 ans, je suis originaire d’Angers et je joue actuellement à Kingston FC au Canada. Je suis passé par le monde du football amateur et le football Universitaire pour être ou je suis maintenant.

 

– Raconte-nous un peu ton parcours: comment un jeune français peut-il atterrir au pays du sirop d’érable ?

 

A l’époque quand j’étais un joueur de Cholet en CFA 2, j’avais terminé mes études tout en travaillant en même temps. Je voulais poursuivre mes études et j’ai voulu trouver une manière différente pour sortir du système français et découvrir autre chose. J’avais un ami qui était parti aux Etats-Unis, mais c’était compliqué pour moi donc je me suis « rabattu » sur le Québéc. J’ai découvert ça en recherchant sur internet, j’ai envoyé mon CV et j’ai eu le retour de deux écoles. J’ai ensuite sélectionné l’Université pour mon programme d’étude. Voilà, c’est comme ça que j’ai débarqué dans ce nouveau pays. J’ai donc aussi pris part à la section football. J’ai eu dès le début de bon contact avec les gens d’ici. Par la suite, Kingston est venu vers moi et aujourd’hui tout se passe très bien.

 

– Quand même, tu n’as pas hésité un peu avant de partir là-bas ?

 

Si, mais au niveau du football ma dernière année en CFA 2 ça ne s’est pas très bien passé pour moi. J’avais un bon travail en France avec un poste de banquier en CDI. J’avais quand même une bonne situation avec un appartement et les déplacements aux frais du club, pour un joueur de 21 ans c’était intéressant mais j’avais envie de découvrir autre chose comme une aventure à l’étranger. C’était un peu ma dernière chance de partir à l’étranger. Mais oui, j’ai hésité quand même ! (rires)

 

 

– Décrit nous ton aventure à l’Université du Québec et l’équipe des Patriotes. Comment se déroule ton adaptation ?

 

On a d’abord commencé par un stage en France car il vienne faire un stage de deux semaines. Au niveau de l’adaptation c’était super. J’ai rencontré de super mecs et dans l’équipe on a de tout. On a des Africains, des Français et des Canadiens. C’est une petite Université qui n’avait pas beaucoup de réussite au niveau football. La première année, on était au moins 15 nouveaux sur 23 joueurs… C’était un peu compliqué au début. On a deux saisons, une saison de Septembre à Novembre et une autre sur des terrains synthétiques couverts de Janvier à Mars. D’ailleurs la première saison on termine 4ème sur 7, l’adaptation n’était pas simple. La deuxième saison était plus intéressante car on a atteint en Novembre 2012 une qualification pour le championnat national Canadien avec une médaille de bronze, une première dans le football pour cette Université de 12.000 étudiants.

 

Ici on joue par province, du coup, c’est le vainqueur de la saison régulière + vainqueur des play-offs qui va au championnat national. A la toute fin de la saison, tu rencontres les huit équipes de province qui détermine le champion Canadien.

 

– Décrit nous le niveau du championnat (universitaire).

 

Il y a de très bons joueurs franchement. J’ai joué contre par exemple contre Alexis Pradié (ex-OM) qui a refusé le FC Dallas. Il y a aussi de très bons joueurs passés par la CFA notamment. Après le niveau des équipes c’est du bas de tableau de DH pour certaines, d’autres c’est de la PH ! (rires)

 

– Aujourd’hui, on te retrouve toujours sur le même continent mais en 3ème division Nord-Americaine, avec le Kingston FC. Comment se passe ton aventure dans ce nouveau club?

 

Un peu compliqué. Au début surtout avec le barrage de la langue, même si j’avais un bon niveau le coach n’a pas fait d’effort avec moi, il savait même pas qui j’étais au départ, comme les autres nouveaux. Au départ il me dit dès le 2ème jour « J’ai un attaquant l’année dernière qui a marqué beaucoup de buts, donc ça va être difficile pour toi ». Ensuite, il me test lors d’un match amical comme titulaire et depuis, je ne suis jamais sorti de l’équipe. Donc aujourd’hui tout se passe bien. C’est la 2ème année que la franchise existe. Cette année qui est ma première ici on a remporté le championnat avec seulement trois défaites, mais on a perdu la finale des PO samedi dernier… (3/11/2013). Au niveau du salaire, c’est 50% salaire fixe et 50% par rapport aux primes. On n’a pas une grosse paye, mais ça doit correspondre au niveau CFA. On a l’avantage de pas avoir à nos frais notre logement et on pas mal de réductions. Comme en MLS, pour venir ici il faut faire quelques sacrifices.

 

 

– Il y a d’ailleurs un autre français au sein du club, Hugo Delmaire. Vous êtes les seuls étrangers ?

 

Oui. Ça se passe très bien. Pour Hugo, il vit au Canada depuis bien plus longtemps que moi, au moins depuis ses 14 ans. Il y a beaucoup d’étrangers à Kingston. Je réside avec six étrangers de l’équipe. Il y a deux Anglais, un Roumain, un Tchèque, un Canadien et un Brésilien. On est un peu une collocation Erasmus ! (rires). Chacun a un parcours bien différent, c’est assez étrange. Un des Anglais a fait sa formation à Liverpool de six à vingt ans et le Roumain par exemple a déjà disputé l’Europa League. C’est vraiment de bons mecs, et c’est un gros plus dans une équipe pour son collectif.

 

– C’est vrai que tu termines la saison avec 28 buts en 22 matchs ?

 

(Rires) Tactiquement, le coach est vraiment au point par rapport au niveau de la ligue. J’ai un rôle de N°9 en pointe avec un joueur en soutien. D’abord je participe au jeu pour ensuite être à la finition. On a marqué près de 60 buts cette année. Tactiquement offensivement on est vraiment au point, pour l’aspect défensif ce n’est pas la même chose… C’est bien ça la différence avec la France. Après y a aussi une partie de réussite cette saison, vraiment des trucs de buteur. Plus tu marques, plus tu vas en vouloir toujours plus.

 

– Les études, ça se passe comment ?

 

Super. C’était difficile au début car dans la finance, il y a presque aucune similitude avec la finance Nord-Americaine, donc j’ai dû me mettre au niveau assez rapidement. Mais j’ai vraiment adoré le système Nord-Americain avec les grands campus. C’est vraiment comme dans les films ! (rires)

 

– Est-ce que les principes d’entraînement et l’intensité sont les mêmes qu’en France?

 

Ici, et ça doit être vraiment la grande différence, on se base surtout sur la condition physique. Si tu suis un match de football universitaire, ça court partout et c’est surtout chiant à suivre, y a aucune intelligence de jeu la plupart du temps. Pour résumé, il suffit surtout de courir 90 minutes comme un fou et être physique. Mais j’ai beaucoup appris sur ma condition physique avec l’intensité des entrainements.

 

 

– Quel est ton objectif pour la suite ? Persévérer dans le soccer pro ou rester sur les études ?

 

Ça va dépendre car cela va faire deux ans que je suis suvi par des clubs de NASL (2ème division). Cette année, je dois faire un essai à Ottawa. Je risque d’être ensuite dans l’attente car il y a un quota de joueurs étrangers. Si ça se passe pas comme prévu, je risque très fortement de reprendre une aventure avec le Kingston FC. Pour l’instant, je continue à jouer car je prends du plaisir à faire ça mais je commence déjà à me renseigner ici pour la finance. Déjà le fait d’avoir un contrat pro me permet d’avoir un visa de travail, ce qui est difficile à avoir quand tu n’a pas de contrat « pro » au Canada. Avec l’expérience que j’ai en route, si l’année prochaine je n’arrive pas à jouer plus haut, je pense que je vais réfléchir à rentrer dans le monde du travail au Québec.

 

– Aujourd’hui tu as que 25 ans, un retour en France c’est envisageable ?

 

Je suis revenu au mois de janvier pour trois mois en CFA. Ça s’est bien passé mais… ta un peu le cul entre 2 chaises. Tu travailles tôt le matin et tu rentres chez toi après l’entrainement, c’est assez fatigant. Je pense qu’il faut savoir faire un choix mais pour moi, une carrière de football avec un contrat fédéral en CFA 2 ce n’est pas tellement une vie. En NASL, au niveau du salaire c’est quand même intéressant.

 

– La MLS, c’est le futur ?

 

Non je pense pas. Au niveau de l’organisation, le niveau des infrastructures est vraiment de qualité. Par contre, il y a vraiment un retard au niveau du jeu qui est assez impressionnant pour moi. Entre la Ligue 1 et la MLS, ce n’est pas du tout le même niveau. Ici, le jeu est assez lent, très tactique et ça court à tout va. Si le championnat attire des bons joueurs mais non en phase de retraite, ça peut être intéressant. J’ai vu Nesta, le mec peut jouer en marchant. Di Vaio marque beaucoup, c’est pour dire…

 

 

– Tiens, raconte nous un peu ta semaine type de footballeur pro.

 

Généralement après le match du dimanche, le lundi c’est repos. Ensuite on a chaque jour de la semaine un entrainement et une heure de musculation pour moi. On voyage énormément alors qu’on joue près de 30 matchs en six mois. Et puis on joue chaque week-end sur synthétique et pour son corps et notre condition physique, c’est difficile.

 

 – T’as des anecdotes marrantes à nous raconter ?

 

(Il hésite)… Lors de nos deux premiers matchs à l’extérieur avec l’Université, le repas d’avant-match c’était « burger-frites ». Deux heures avant le match, ce n’était pas vraiment un Mcdo mais presque, ça reste assez choquant au fond… (rires). Mais on a vite changé ça avec le coach.

 

– Finalement, tu ne regrettes pas ton parcours ? 

 

Vraiment pas. J’ai eu le choix de rester en France en CFA 2 mais ici, j’ai appris beaucoup de choses et pas que dans le football. Je vois beaucoup de personnes venir ici et dire « Ça, c’est pas du vrai football ». Ici, ça ne sera jamais la même chose qu’en France. On est obligé de s’adapter à la population du pays. Mais si c’était à refaire, je signe ! Au passage, si vous avez la chance de tenter votre chance à l’étranger, je conseille de ne pas trop hésiter car humainement, on apprend beaucoup sur la vie. 

 

Propos recueillis par Benyahia Ali.

 

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