Lutz Pfannenstiel: mister Unhaltbar

13 pays, 24 clubs, 6 continents dans une même carrière: c’est ce qui résume l’aventure de Lutz Pfannenstiel dans le football. Ce gardien de but allemand aura tout au long de sa carrière voyagé à travers le monde et vivre ou subir des aventures incroyables. Aujourd’hui « scout » pour le club d’Hoffenheim, les droits de l’histoire de sa carrière ont été achetés par Hollywood. Portrait.

 

Malaysia Airlines à Soweto

 

Tout commence en allemagne avec les moins de 17 ans où lors d’un match il attire l’attention du Bayern Munich qui lui propose d’intégrer son effectif avec un contrat amateur. Il aurait pu devenir un gardien important à l’avenir pour l’équipe allemande mais il refuse: c’est la que son périple commence. Il décide en 1993 à seulement 20 ans de s’engager avec le club Malasien de Penang FA. Après cette courte aventure et cette destination surprenante et un amical contre Wimbledon, il retourne avec le club londonien en Europe et découvre l’Angleterre. Il effectue une autre pige pour Nottingham Forest avant de repartir pour une nouvelle aventure en Afrique du Sud. Lutz Pfannenstiel n’aime pas le train de vie habituel et décide de s’engrager avec le club mythique des Orlando Pirates. Il découvre un nouveau continent, un football une nouvelle fois différent et les derbys de Soweto. En 1997, il découvre la Finlande et joue pour le TPV et le FC Haka avec qui il remportera la coupe et le championnat l’année suivante. 

 

«Je suis chanceux, dans le fait que si j’avais accepté le contrat du Bayern, je sais de quoi aurait eu l’air ma vie. C’était déjà régler. J’aurais signé au Bayern, aurais été 2e derrière Kahn pendant 5-6 ans, tout en faisant un bon montant d’argent, j’aurais été dans un autre club, en 2e division allemande. J’aurais fini ma carrière en 3e division, j’aurais eu une copine allemande, une maison allemande, j’aurais travaillé comme entraineur des gardiens ou un entraineur adjoint quelque part.»

 

 

Singapour, l’île de tous les dangers

 

Après une petite pige en Allemagne, Lutz ne s’arrête pas en si bon chemin et part à la découverte du championnat de Singapour avec le club du Geyland International FC. Sur place il devient une véritable star locale. À 26 ans, le portier allemand joue « enfin » régulièrement mais son périple se termine en prison. Malgré qu’il souligne son innocence, il sera condamné à plusieurs mois de prison pour avoir parié sur les victoires de son équipe. Il ne restera que 101 jours notamment grâce à l’aide de l’ambassade allemand et le soutien de la Fifa. Ce fut un choc pour l’ancien joueur de Wimbledon qui aura perdu une bonne partie de sa fortune. 

 

Cambriolage et amnésie

 

Malgré cet épisode difficile dans sa vie, il reprend sa carrière en 2001 avec le club de Dunedin Technical en Nouvelle-Zélande. Peut-être trop concentré par son envie de découvrir le pays, il joue peu et se fait cambrioler. Quelques jours plus tard, il retrouve le suspect avec son maillot floqué et il sera remercié par la police locale. La discrétion des Néozélandais, c’est quelque chose. Lors d’un match, il reçoit sur le plexus le genou d’un adversaire. Le portier par trois reprises arrêtera de respirer, c’est le staff médical du club qui le sauve par le bouche-à-bouche. Malgré qu’il s’en sort, Lutz Pfannenstiel aura subi une amnésie sur le choc avec l’adversaire. 

 

« C’est un accident bizarre, affirme t-il. On avait tous les deux des chances d’avoir le ballon, et comme l’attaquant adverse tentait de me passer, son genou a frappé mon plexus. Mon système nerveux au complet s’est éteint et mon coeur a arrêté de battre 3 fois. Sans l’intervention rapide du physio, je ne serais pas ici aujourd’hui »

 

 

Essai au Milan, aventure au Canada et découverte du Brésil

 

Après un retour au club de Dunedin Technical en Nouvelle-Zélande, il rejoint sous forme de prêt le club norvégien du Bærum SK ou il réalisera une bonne saison au point même de recevoir un essai du prestigieux AC Milan. Malgré sa bonne impression, il ne change pas ses habitudes et rejoint plutôt le Canada pour jouer sous les couleurs des Calgary Mustangs en 2004. Après un énième retour en Nouvelle Zélande avec le Southern United FC, il découvre le championnat Albanais et d’Arménie en 2007. Il reviendra faire une pige au Vancouver Whitecaps avant de découvrir un nouveau continent: l’Amérique du Sud. Avec sa signature au club brésilien du CA Hermann Aichinger, il entre dans le livre des records en devenant le premier joueur à avoir évolué sur les terrains des six confédérations de la FIFA. Au Brésil, il réalise son rêve de pouvoir jouer dans le légendaire Estadio do Maracanã à Rio de Janeiro.

 

«Au Brésil, ils chient dans un sac en plastique et ils le lancent au gardien. C’est arrivé à plusieurs reprises que je sois frappé par un sac de merde sur mes baskets ou mes bras »

 

À bientôt 36 ans, Lutz Pfannenstiel pourtant père de famille ne veut pas bloquer son envol. Après un retour en Norvège et une dernière pige de deux ans en Namibie, le portier allemand débute sa reconversion.

 

« J’ai vraiment apprécié mon séjour en Norvège. Les gens sont très sympathiques et civilisés, le pays a de beaux paysages, et j’ai passé un bon moment sur les terrains aussi. »

De Cuba à Hoffenheim en passant par l’Antarctique

 

Après sa première expérience en tant qu’entraineur adjoint au Flekkerøy IL en Norvège, il devient en 2008 l’entraineur des gardiens de Cuba et en 2009 de la sélection de Namibie. C’est une nouvelle expérience enrichissante pour l’excentrique Lutz Pfannenstiel. Mais ce dernier a un projet encore plus exceptionnel: partir à la conquête de l’Antarctique. L’idée, à travers son projet du FC Global United, un club de football qui marche comme une association avec comme objectif d’utiliser le football pour diffuser le message sur le changement climatique et sur le développement durable. Ce projet permet à cette équipe de jouer des matchs un peu partout dans le monde dans des contextes variés, notamment en Antartique.

 

« Je mets mes gants de gardien. Premier trou : rien. 2e trou : rien. 3e trou : shit, il y a un pingouin J’ai pris le pingouin, je l’ai conduis jusqu’à chez moi et je l’ai gardé dans ma salle de bain. »

 

D’ailleurs en 2009, il sort son autobiographie intitulée Unhaltbar où il raconte en long et en large sa carrière et beaucoup d’anecdotes. Aujourd’hui, Lutz Pfannenstiel continue par ses projets d’être l’une des personnalités les plus imprévisibles et excentriques dans le football.

 

Ali Benyahia (remerciement à Ritchie Soto)

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