Interview Richard Barroilhet (ex OGC Nice, Fulham, Taraz) – Artn’sport

 

À l’aube de cette année 2015, le rendez-vous était fixé dès début janvier pour une interview téléphonique. Comme beaucoup de jeunes français, Richard Barroilhet s’est exilé en Angleterre dès son jeune âge. Formé dans le sud de la france, ce jeune joueur né à Westminster en Angleterre a connu des moments de joie mais surtout des déceptions entre le football anglais, la Finlande et même avec une étape au Kazakhstan. Avec sa bonne humeur, il retrace malgré son jeune âge (22 ans) en long et en large son parcours et ses découvertes du football à travers le monde.

Découverte du football – Saint Maxime à Saint Raphael (1998/2008 – Poussins à 15-16 ans) « Ma mère est anglaise et mon père vivait à Londres depuis ses neuf ans »

Par rapport au travail de mes parents, je suis né à Westminster parce que ma mère est anglaise et mon père à ce moment-là vivait à londres depuis ses neuf ans. Par la suite, je suis parti vivre en Espagne à Madrid assez rapidement pendant quelques années avant d’atterrir à Saint-Maxime. J’ai débuté le football dès que j’avais l’âge de jouer, j’ai même essayé de débuter plus tôt que l’âge initial mais j’ai du attendre un peu (rires). J’ai fait mes classes pendant plusieurs années dans les catégories de jeunes à Saint Maxime avant de partir pour le club de Saint-Raphael. C’est une période ou je sors de mon cocon parce que Saint Maxime ressemble plus à un village comparé à Saint-Raphaël avec des personnes venant de tous horizons, un mélange de culture et de milieu social donc il faut s’imposer quand on est le « petit » gentil. En terme de qualité footballistique, les joueurs étaient très à l’aise techniquement et les entraineurs plus exigeants. 

Découverte d’un club pro, centre de formation – OGC Nice + sélection en EDF U19 (2008 – 2010) « Jouer contre l’Espagne, c’était vraiment une belle opportunité »

Au début quand tu arrives, tu ne connais personne et puis l’encadrement est impressionnant que ça soit les infrastructures ou le mode de vie. Tu apprends à devenir un homme, à vivre loin de chez toi et aussi à prendre soin de ton corps. Quand on est dans un centre de formation, tu apprends à vraiment te servir de ton corps pour aboutir à tes ambitions. J’en retiens que j’ai appris de beaucoup de personnes que ça soit des entraineurs et des membres du club, mais aussi à vivre avec un groupe. Avec les blessures, on remarque qu’une carrière c’est un ascenseur émotionnel et qu’il faut être patient. Un souvenir marquant, mes sélections en équipe de France U19 était une super expérience. À l’époque, le joueur titulaire à mon poste était blessé et on a fait appel à moi pour le remplacer. C’était vraiment une belle opportunité, surtout de jouer contre l’Espagne de Muniesa ou de Carvajal et de gagner ce match. Même le Portugal était un match très intéressant, la Russie était plus un match physique qu’autre chose.

Le groupe a su bien m’accueillir car la plupart avaient déjà une saison en professionnel, j’en retiens que du positif. Je me souviens aussi de Paul-Georges Ntep qui était un joueur très joyeux, Novillo aussi donc c’était tous de bons gars et je découvre le parcours de chacun aujourd’hui. Eyserric (joueur de la sélection des U19) est quelqu’un de très fin, très élégant avec beaucoup de qualité technique qui peut devenir un très bon joueur en Ligue 1. 

Signature à Fulham – équipe de jeunes – (2010 – 2012) « Je passe à quelques heures près de me faire amputer »

Signer à Fulham et retourner à Londres était une suite logique et une belle opportunité pour moi. Connaissant la ville et le quartier, l’adaptation était plus facile et j’ai appris beaucoup de mon passage dans ce club. Même en équipe de jeunes, il y avait énormément de nationalités au sein du groupe mais aussi en l’équipe première. Il y avait plusieurs joueurs avec des qualités techniques mais pour moi Kerim Frei (21 ans, Besiktas) même si ça reste encore un très jeune joueur il était au-dessus des autres par son aisance technique. Ce que j’ai retenu à mon arrivée c’était le jeu physique des anglais, l’enchainement des matchs et leur intensité donc il faut s’habituer au plus vite. Après, tout est pris en charge et on était dans les meilleures conditions pour réussir à devenir professionnel, même si le club avait beaucoup d’argent pour recruter. Dans l’ensemble, vu la ville et les infrastructures du club ça reste une belle expérience. 

Craven Cottage est un stade un peu à l’ancienne, assez atypique mais il garde une classe par rapport à d’autres stades avec sa position proche de la Tamise. En tant que supporter, c’est un vrai plaisir de suivre un match dans ce stade. (il revient sur sa longue blessure à Fulham) Lors d’un match contre la réserve de Chelsea, au moment ou je tir sur une action je reçois un contact en bas du tibia et on me dit que le muscle s’est décollé de l’os et ça a créé une « sorte d’hémorragie ». Je vais en opération rapidement et je passe à quelques heures près de me faire amputer la jambe car j’étais en train de perdre toute sensation sur ma jambe. Après une très longue rééducation et beaucoup de travail, j’ai vu qu’il était possible de rejouer mais vu la durée de ma blessure, c’était dur de revenir et il fallait que je sois prêté pour retrouver du temps de jeu. 

Prêt à VPS – Finlande (3 mois), Retour à Fulham et signature au RKC Waalwijk – Pays-Bas « Le football Finlandais était intéressant »

Je suis parti un peu à la découverte de ce nouveau championnat pour deux trois mois , le coach du VPS avait besoin d’un renfort au milieu de terrain et vu la durée du prêt, il y avait peu de risques d’être deçu. A cette période, les clubs anglais avaient pas mal de demande des clubs scandinaves pour recevoir des jeunes joueurs en prêt, c’était une expérience à prendre et je ne voyais pas de raison de dire non (rires). Le football finlandais est intéressant, y a quelques bons joueurs et de bonnes équipes et la vie sur place est vraiment agréable. 

Lors de mon retour, il y avait un entraineur écossais (Billy McKinlay) en réserve qui ne me donnait pas beaucoup de temps jeu mais après être parti avec l’équipe première, son remplaçant apprécié mon profil et j’ai pu avoir un temps de jeu bien plus important. À cette période, mon contrat arrivait à sa fin et je n’avais pas beaucoup l’occasion de partir avec l’équipe première je me suis dit qu’un départ était envisageable à la fin de la saison. Après, je retiens que du positif de cette période avec l’équipe première aux entrainements notamment quand on voit les joueurs de l’effectif comme Dembélé, Dempsey, Kakuta, etc. Par la suite, une personne m’a proposé de rejoindre un club néerlandais et le projet m’a séduit.

J’ai joué très peu de matchs sur la saison, je crois six matchs sans compter ceux de préparation. A cause d’une tendinite que le staff médical avait mal diagnostiquée, j’ai jamais pu revenir à mon niveau avant de subir une opération en fin d’année. C’est dommage surtout que le championnat est d’un très bon niveau, c’est une belle vitrine pour rebondir et je me voyais bien rester plusieurs années: c’est la vie ! C’était un bon club qui avait un petit budget mais tout était bien pris en charge, le club n’a pas pu prendre le risque de me prolonger vu l’incertitude à mon sujet.

Signature à Nuneaton Town pour 25 jours (?!) – Découverte de la Non League « Au bout de trois semaines, je réalise que ce n’était pas la meilleure façon de me mettre en avant »

Avec un contact anglais, il m’a proposé de venir jouer dans ce club pour une petite période pour permettre à des clubs de League One par exemple de venir m’observer. Au départ, ça pouvait être une bonne idée mais au bout de trois semaines, je réalise que ce n’était pas la meilleure façon de me mettre en avant. Au niveau du jeu, c’était totalement différent de ma façon de jouer que ça soit au niveau technique et tactique.

Je me retrouve à me battre énormément physiquement sur chaque match et je décide de retourner chez moi après ce mauvais choix de carrière. Après c’est un club ou il y avait une bonne ambiance entre les joueurs et ils étaient tous en forme physiquement même si la plupart avec un travail à côté de leur carrière de footballeur. C’est ça le football anglais dans les divisions inférieures !.

Signature à Taraz et découverte du Kazakhstan « Les trajets en train de nuit au retour, c’était très long (rires) »

La raison pour laquelle je suis parti dans ce championnat et ce club c’était parce que l’entraineur hollandais avait une belle réputation, j’avais aussi besoin de rejouer au football pour pouvoir me relancer et ça c’est important. Malheureusement, malgré ma bonne relation avec le coach, il se fait virer et juste après son départ on discute en fin de saison et il m’explique que de rester dans ce championnat n’est pas forcément une bonne idée pour la suite de ma carrière. Pour le reste, il y avait de bonnes équipes mais un écart trop important entre les clubs du même championnat. La ville n’était pas la plus dynamique mais on était dans un hôtel du club avec une salle de musculation, un sauna et tout ce qu’il fallait après ce n’était pas très « vivant » notamment en fin de journée. Une ville comme Astana ressemble de très près à une belle ville européenne mais le reste, c’était différent. C’était une belle expérience de découvrir ce pays et son football, je vais m’en souvenir longtemps notamment les trajets en train de nuit au retour, c’était très long ! (rires).

Aujourd’hui je suis à Fréjus et c’était pour moi le bon moment de revenir à la maison car même si je suis encore jeune, cela fait très longtemps que je suis parti de chez moi donc jouer ici c’est un bon choix sportif et personnel. Je ne sais pas de quoi sera fait mon avenir mais j’aime tellement voyager que c’est dur de rester en France, ça doit venir de ma mère anglaise et de mon père Chilien de toujours vouloir bouger. Avoir la possibilité de voyager pour un français à travers le monde c’est toujours bénéfique, notamment pour découvrir d’autres cultures mais aussi pour exprimer ses qualités. Souvent à l’étranger, tu réalises en tant que footballeur que tu peux apporter quelque chose. J’ai encore beaucoup de choses à vivre et je sais que je peux m’améliorer en tant que personne et en tant que footballeur, vivement la suite ! (rires)

Top 5 des plus talentueux

Bonne question, je dirais Ishak Belfodil, Kerim Frei et Moussa Dembélé par sa puissance. Il y avait aussi le jeune Gael Kakuta à Fulham qui avait beaucoup de talent mais surtout Clint Dempsey ! 

Les plus fous

(il réfléchit) C’est difficile à dire mais je dirais le gardien de Fulham Marcus Bettineli qui était quelqu’un de très marrant et de joyeux. Pour le reste, aucun ne me vient à l’esprit actuellement.

La plus belle ambiance (stade) ?

Je dirais le match de la demi-finale de la Ligue Europa en 2009 à Craven Cottage contre le club d’Hambourg. Le club se qualifie pour la finale et il y avait une ambiance incroyable dans les tribunes, c’était magnifique.

Le pire traquenard ?

Au Kazakhstan (rires) ! Lors d’une défaite à domicile de notre équipe, on a reçu des jets de pierres sur le bus de la part des supporteurs, c’était fou.

Des passions ?

J’aime beaucoup tout ce qui tourne autour de la nutrition du sportif et la préparation physique, la musique, voyager (rires) et jouer au golf. 

Photos: Richard Barroilhet FB, efc-frejus-saintraphael 

Propos recueillis par Benyahia Ali

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