Interview Achille Campion (USA, Norrby, Port Vale)

Comme beaucoup de jeunes français, Achille Campion s’est exilé à l’étranger dès son jeune âge. Formé dans le nord de la France, ce jeune joueur passé par les Etats-Unis a connu un début de carrière étonnant avec même avec une étape en 3ème division Suédoise. Avec sa bonne humeur, il retrace malgré son jeune âge en long et en large son parcours, ses ambitions et ses découvertes du football anglais.

 

Découverte du football – Touquet à Dunkerque (2000/2010 – Poussins à CFA) « Deux heures après ma conversation avec l’entraineur, je me blesse au ligament en vacances au Maroc »

 

Quand j’étais jeune, j’ai débuté à l’âge de huit ans au Touquet dans le Nord Pas de Calais et j’intéressai Boulogne mais je suis parti avec mes parents aux Etats-Unis. J’y reste deux ans et je reviens en France car j’avais envie de rejoindre un sport-étude. Je suis parti faire un essai d’une semaine au RC Lens en U14 fédéraux et ce sont eux qui me recommandent à Dunkerque. C’est un gros club, ils avaient à cette période un gros budget pour une CFA car ce n’est que le premier du groupe qui monte vers le national. Ma formation c’est très bien passé, Jean-Luc Dupont était le responsable de la formation, un super mec. À l’âge de 17 ans, je fais ma première apparition avec l’équipe première et j’alterne entre la CFA et la DH pour les entrainements.

 

À cet âge-là, j’étais numéro 10 en jeune notamment en -15 et attaquant à partir des moins de 18 ans. Le club voulait être en national et avait sur le terrains des joueurs plus expérimentés et même si je n’avais que 18 ans, j’étais frustré de ne pas jouer. C’est un peu la même chose pour chaque jeune et pendant l’été, j’étais en contact avec Boulogne pour m’entrainer avec les pros et jouer avec la réserve. C’était intéressant comme challenge mais deux heures après ma conversation avec l’entraineur, je me blesse au ligament en vacances au Maroc. En revenant à Dunkerque, ma dernière année ne se passe pas très bien car le coach en compte plus sur moi. Après j’ai eu de très bons entraineurs comme Ludovic Pollet un ancien joueur pro en Angleterre, il m’a bien formé.

 

 

Etudes + Football – Belhaven University à Santa Barbara (2010-2013) « À Santa Barbara, il y a des installations dignes d’un club de Premier League »

 

J’ai eu mon bac, après ça j’ai fait une année sans faire grand-chose académiquement et c’est mon père qui a eu l’idée de partir aux Etats-Unis et après m’avoir montré comment ça se passe je me suis dit « let’s do it ». Si je suis parti c’est surtout pour avoir un bon diplome et pour le soccer il y a la NCAA et NAIA. J’avais du mal à finir le dossier de la NCAA et je me suis tourné vers la NAIA où il y a beaucoup d’étrangers et ça c’est super bien passé. La tu arrives dans une toute petite université chrétienne au fin fond du Mississippi et c’est un changement de vie radical. Par contre tu as tout ce qu’il faut pour travailler et j’ai rencontré un autre français, Gautier Troch, son père était venu faire une pré-saison avec nous et il m’a beaucoup apporté. Ici à Belhaven j’ai appris à me lever à 6h du matin pour faire de la musculation. J’ai joué la première saison et j’ai marqué 4 buts et 5 passes décisives et malgré ma blessure, on arrive à être en phase finale et je joue beaucoup pour l’équipe. Après une discussion avec le coach ou il me dit que pour réussir il faut que je marque, je pars pendant l’été dans un club semi-pro les Batons Rouges et j’ai pas mal scoré dans ce club (10 buts en 15 matchs). La saison d’après à Belhaven je termine avec 17 buts en 15 matchs.

 

Avant d’atterir à Santa Barbara, j’ai fait des vidéos et j’ai pris un risque énorme: je me suis fait « release » de mon université. S’il refuse, tu dois attendre un an sans jouer et une année sans rien faire même pour les études, on m’a pris pour un fou. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai contacté les vingt meilleures universités du pays avec mes vidéos et en une heure, j’avais déjà des retours. Après avoir été scouté, je suis parti à Santa Barbara et deux semaines après je rencontre le coach, il m’a montré et je n’ai pas eu besoin de visiter deux fois (rires). C’est l’un des endroits les plus beaux de la planète et il y a des installations dignes d’un club de Premier League. Je suis arrivée en off-season pour préparer la saison d’après et j’ai marqué lors de chaque match pendant la préparation. Je continue à marquer en championnat et lors d’un match, un gardien me casse la cheville sur un contre un. La seconde saison j’ai plus joué numéro 10 et j’étais avec un français « Goffin Boyoko » un ancien lillois et on a amené l’équipe en phase nationale. Si t’es la bas pour travailler, tu as tout pour réussir.

 

 

C’était une expérience fantastique, je ne changerai ça pour rien au monde. De temps en temps je me suis dit que je perds mon temps au niveau football car tu n’es pas vraiment reconnu au niveau européen. Au final, j’ai un diplome d’une des meilleures universités du pays et le fait d’aller à l’entrainement chaque jour avec mon diplôme je me sens libérer. On a eu des grosses affluences avec près de 20.000 personnes. Les americains sont très forts physiquement, techniquement ce n’est pas tout le temps ça notamment en ligue universitaire même s’il y a beaucoup de bons joueurs, c’est assez aléatoire. Cette expérience a pu me permettre de perfectionner mon anglais mais aussi d’apprendre à me débrouiller dans un pays étranger.

 

Signature à Norrby (D3) – Découverte de la Suède « Les Suédois sont super accueillants »

 

Je suis parti faire des « tryouts » devant des clubs de MLS comme Seatlle et San Jose ou j’ai marqué et mon entraineur m’a dit que je serai drafté malgré ma blessure et que je n’ai pas à inquiéter. Tout allait bien et je vois que je ne suis pas drafté, ça m’a fait un choc. Le coach en Suède était quelqu’un qui m’avait déjà vu par un de ces assistants et il voulait me voir. J’ai fait une semaine d’entrainement avec la réserve de l’OM au mois de mars et ensuite je suis parti pour signer en Suède. Cette aventure en Suède était pour me permettre de garder la forme jusqu’à l’été avant de faire des essais. Les Suédois sont super accueillants, j’ai fait le boulot et il y a de bons joueurs. Le coach veut qu’on joue au sol et qu’on propose du jeu séduisant, lui je suis certain qu’il ira plus haut sans aucun doute. C’était une belle expérience et je me suis mis en forme pour l’été et c’était ça l’objectif. Ce que je voulais c’était jouer les grosses divisions notamment après un match amical contre Swansea, je me suis dit j’y vais et je tente ma chance.

 

 

Début des essais et prêt signature à Port Vale – League One « On a un stade magnifique, c’est le Wembley du nord »

 

Après avoir fait mes vidéos, j’ai montré ça à un maximum de personnes et j’ai eu deux jours d’essais à Sheffield Wednesday qui se sont transformé en deux semaines. J’ai fait le boulot mais au final le club ne m’a pas trouvé meilleur que leurs attaquants. Après ça, je pars à Yeovil Town un club de League One qui venait de descendre de Championship. Ça se passe super bien, je marque contre Reading et je fais un bon match contre Torquay. Après une conversation avec le coach, j’ai vu que ça ne m’allait pas donc je suis parti avec mes valises. Je pars à Bradford, un stade magnifique et un très bon coach. Lors d’un match amical, il vient me voir et me dit « si tu en plante quatre, je te signe tout de suite » en plaisantant sauf que je m’en plante trois (rires). Quelques jours après contre Hartlepool je me blesse alors que j’étais en négociation de mon contrat. Malgré tout, le club me garde à l’infirmerie le temps de soigner ma blessure mais avant le début du championnat, Port Vale me propose de venir pour intégrer leur effectif où je signe en prêt de Norrby.

 

Quand j’arrive, je n’avais pas du tout anticipé de jouer avec la réserve pour être honnête vu les difficultés de l’équipe en championnat. Je vois qu’il y a une opportunité mais j’ai d’abord du prouver avec la réserve ou j’ai marqué pas mal de buts et j’ai fait quatre titularisations depuis avec l’équipe premiere, je monte petit à petit en régime contre l’équipe. Je marque contre Bradford et j’étais titulaire contre des grosses équipes du championnat. C’était une saison compliquée mais le championnat ne se joue pas à grand chose, on a raté le coche à chaque fois. Ici il y a de bons joueurs mais je t’avoue que le style de jeu de l’équipe n’est pas celui que je préfère mais à certains moments faut aussi savoir gagner des matchs. Je joue avant-centre mais un peu à l’ancienne, comme un pivot. Je sais le faire, j’ai aussi joué numéro 10 contre Bristol City. J’ai le physique pour être à ce poste mais j’aime aussi jouer plus technique. Quand tu passes de la réserve à un match par semaine c’était difficile mais aux Etats-Unis, tu peux avoir deux matchs par semaine et ça m’a formaté pour jouer aussi. La semaine dernière, on a eu trois matchs dans la même semaine et c’est une grosse charge de travail.

 

 

On a un stade magnifique, c’est le « Wembley du nord » avec ses 20.000 places et la qualité et la taille du terrain aussi, on a très un bon jardinier. Notre Kitman est super, il a toujours le sourire au club. J’ai adoré le soutien des fans depuis mes débuts ici, quand tu as une chanson à ton nom c’est la classe (rires). C’est un vrai club anglais, les fans viennent te voir avant-après les matchs, aux entrainements et c’est super. Contre Preston, on revient à 2-2 et le match contre MK Dons c’était de la folie, ici c’est autre chose. Aujourd’hui, j’ai signé jusqu’en 2016 et mon objectif est de jouer le plus haut possible. Je suis un passionné de football mais que ça soit avec le club et tant mieux car il y a les moyens et l’ambition mais je veux passer les étapes. Je réalise pas que la League One c’est de la 3ème division, surtout quand tu vois le niveau de la Championship. Le derby était intéressant tout comme le Boxing Day car il y avait mes parents au stade, c’était super. Revenir en France n’est pas un objectif dans l’immédiat mais pourquoi pas, j’aime beaucoup regarder la Ligue 1.

 

 

Top 3 des + talentueux

 

Numéro un François Navarro, un joueur qui était avec moi à Baton Rouge: j’ai jamais vu ça. Techniquement, il était incroyable: il m’a poussé à être meilleur. Le meilleur joueur de Port Vale c’est Mark Marshall, on lui donne le ballon et on le laisse faire (rires). Puis Goffin Boyoko, lui pourrait être en League One et jouer tous les jours.

 

Les + fous

 

J’ai vu un truc fou lors de mon essai à Sheffield Wednesday, on joue un match amical et nos supporteurs sont montés sur le toit du stade de York City. Imagine tu joues et tu vois un fan sur le toit, c’est dingue.

 

 

La + belle ambiance

 

C’était aux Etats-Unis un derby de UCSB. Une foule de 17.000 personnes, que des étudiants et c’était une ambiance électrique. J’ai marqué et quand tu vois que ça passe d’un stade de folie à un silence de cathédrale, c’est incroyable (rires).

 

Des passions

 

En ce moment je suis très focalisé sur le football sinon j’aime bien faire du windsurf surtout que ça fait deux ans que je n’ai pas eu de vacances depuis deux ans, je vais en profiter un peu.

 

Un dernier mot ?

 

Merci Ali pour cette interview ! (rires)

 

Propos recueillis par Benyahia Ali

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