Dan Crowley : Britain’s got talent

Si vous faîtes partie des amoureux inconditionnels de football, mordus au point de vous infliger les amicaux de pré-saison pour calmer votre sevrage estival de ballon rond et pour peu que vous ayez jeté un œil à la préparation d’Arsenal ; vous avez sans doute remarqué ce gamin pâlot répondant au nom de Dan Crowley.

 

Son visage et son nom ne vous évoquent probablement rien, si ce n’est – pourquoi pas – une interrogation pas franchement cohérente quant à un éventuel lien de parenté avec Aleister Crowley, célèbre occultiste largement passé à la postérité dans la culture populaire. Cela dit, si leurs lieux de naissances sont relativement proches l’un de l’autre (environ 12 miles entre Coventry pour le babygunner et Royal Leamington Spa pour l’auteur), il n’y a aucun lien entre les deux hommes. Pourtant, là où l’un maniait la plume et la controverse avec maestria, le jeune espoir anglais excelle quant à lui dans le maniement du ballon rond. Ce qui n’a pas échappé au manager alsacien des Gunners en 2013, lorsqu’il fait venir le jeune prodige de 15 ans depuis Aston Villa. Mais alors, qui est ce môme qui n’a pas encore passé ses 18 printemps ? Après tout, il ne serait pas le premier gamin arrivé post-formation à Arsenal, vendu rapidement comme un futur crack et oublié dans les méandres d’un obscur championnat de D2 européen. Un sort similaire attend-il Crowley ? Pas si sûr. Focus sur un garçon à suivre.

 

Danny Boy

 

Daniel Crowley est un gamin des West Midlands, né à Coventry en Août 1997, bénéficiant de la double nationalité Anglaise/Irlandaise. S’il est compliqué de trouver des informations quant à son parcours enfant, ses premiers faits d’armes sont largement stipulés du côté de Birmingham ; à Aston Villa. Dans la très sérieuse académie des villains, le jeune Dan qui officie dans un rôle de milieu offensif parfois excentré commence à s’illustrer avec notamment une victoire lors des Next-Gen Series (un équivalent de la Ligue des Champions pour équipes jeunes à l’époque) en 2012-2013 et voit rapidement sa côte grimper. Plusieurs gros clubs se positionnent sur la pépite d’Aston Villa dont Manchester United et Chelsea, mais c’est finalement Arsène Wenger qui ramène la jeune pousse dans son fief du nord de Londres.

 

La raison principale de cet engouement : un style purement atypique dans la formation anglaise. Relativement petit avec son mètre soixante-quatorze, vif, agile et technique ; il se détache – comme de plus en plus d’espoirs anglais – de la caricature du joueur dur sur l’homme ou de la flèche des couloirs. Son profil plus proche du style latin que Britannique n’a pas tardé d’évoquer aux observateurs celui de Jack Wilshere, auquel Daniel Crowley a rapidement été comparé.

 

 

Et pour cause, on retrouve de nombreux points communs dans le jeu des deux anglais. Premièrement, Dan fait montre d’une insolente aisance à transpercer les lignes, au travers de feintes de corps remarquablement exécutées, celles-ci alliées à une très bonne conduite de balle. Lorsque ce n’est pas avec une percée, Crowley fait parler son atout principal : sa qualité de passe. Là encore, le jeune joueur démontre des facilités évidentes à trouver l’intervalle entre les lignes défensives adverses, les décalages assassins et la passe décisive. Plus à l’aise dans l’exercice que face au but, sa patte droite délivre toutefois régulièrement de splendides coups-francs salués par les observateurs. Ainsi, en deux saisons avec les équipes jeunes d’Arsenal, le garçon a su faire parler son talent pour se hisser en tant que capitaine des U21 en coupe d’Europe et obtenir son premier contrat professionnel, à seulement 17 ans. Solide. Pour le compte de la Youth League 2014/2015, il joue les 7 matchs d’Arsenal, marque 5 fois (dont un triplé contre Anderlecht malgré la défaite 4 buts à 3) et délivre 3 passes décisives.

 

Ceci étant dit, Crowley et Wilshere sont largement dissociables. Premièrement, Crowley est un joueur résolument offensif, contrairement à Jacky Boy qui peut évoluer plus bas comme relayeur ou « box-to-box ». Le manque d’implication défensive du milieu U21 d’Arsenal lui a d’ailleurs souvent été reproché. Il semble également manquer de puissance dans l’impact physique, ce qui peut être problématique en Premier League. On notera cependant qu’avoir le sang un peu moins chaud que celui de son homologue plus âgé n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Le gamin de Coventry aurait également tendance à vouloir exécuter le dribble de trop et à manquer de spontanéité dans ses choix. L’expérience est évidemment un facteur à prendre en compte, puisque le jeune Crowley n’a pas encore disputé le moindre match de championnat anglais, pas plus que tout autre match officiel avec l’équipe A des canonniers. Néanmoins, c’est à son âge que Wilshere a fait ses grands débuts, et tout le monde se souvient de ses prestations bluffantes dans la tragique double confrontation face à Barcelone en 2011. (Même si, pour beaucoup, cela reste son seul fait d’arme notable, ayant eu du mal à confirmer par la suite avec sa longue blessure et le renforcement du milieu de terrain des gunners). Une certaine forme de pression pèse alors déjà sur les frêles épaules du jeune Daniel, provenant de cette hâte dans le football contemporain à vouloir voir les jeunes talents exploser le plus rapidement possible.

 

 

Patience est mère de toutes les vertus

 

Ce qui nous amène à une interrogation évidente : quel avenir pour Dan Crowley au sein d’une institution comme Arsenal ? Avec un milieu de terrain actuellement bondé de joueurs talentueux et confirmés, Özil, Ramsey, Cazorla, Wilshere, ainsi que des couloirs tout aussi bouchés ; quelles perspectives pour lui ? On sait que récemment, le jeune milieu allemand Thomas Eisfield a fait les frais de cette impasse d’opportunités pour percer en tant que milieu offensif de l’équipe A, lui qui était très attendu depuis quelques années déjà par nombre de gooners. La différence, c’est que Crowley est anglais. Probablement l’un des espoirs les plus attendus Outre-Manche. Ayant joué pour les équipes nationales anglaises U16 et U17 (à noter qu’il jouait pour les U16 d’Aston Villa à l’âge de…12 ans), il s’inscrit parfaitement dans le projet d’Arsène Wenger visant à stabiliser les fondations britanniques d’Arsenal ; club largement critiqué ces dernières années quant au manque de joueurs locaux alignés. Il s’inscrit également dans la longue lignée des milieux adeptes du beau-jeu et de la passe sous l’ère Wenger, de Bergkamp à Özil en passant par Cesc Fabregas. Et après tout, en sachant que le joueur anglais ne s’exporte pas, quel autre club de la Perfide Albion se prêterait mieux au style de Daniel Crowley et à ses perspectives d’avenir qu’Arsenal ?

 

Avec en arrière plan la politique jeune du club qui a permise récemment à des joueurs comme Gibbs ou Bellerin de s’imposer. Chuba Akpom, camarade en réserve de Dan, a également pu disputer quelques fins de matchs avec l’équipe principale au cours de la saison 2014-2015. Ce n’est pas un simple concours de circonstances dû aux différentes blessures (Debuchy, Giroud..), le coach alsacien a parfaitement conscience du talent des joueurs qu’il lance, si bien qu’Akpom a même été préféré plusieurs fois à Yaya Sanogo dans ce rôle de troisième avant-centre. Aussi, difficile d’imaginer que Crowley n’ait pas sa chance au cours des saisons à venir, notamment en Cup, si l’on considère la très bonne réputation déjà acquise à son âge ; ainsi que les propos de Mikel Arteta à son sujet. L’ancien maitre à joueur des Toffees indique sur un article du site d’Arsenal qu’il a été impressionné par le talent du jeune anglais ainsi que la maturité acquise au cours de ses quelques mois chez les gunners. Le basque précise même que Crowley a toutes les cartes en mains pour devenir « un joueur très important » s’il suit cette mentalité de travail et d’application ; tout en corrigeant les défauts évoqués plus haut.

 

 

Alors certes, « prudence est mère de sureté » et cela est d’autant plus vrai en football. Impressionner les observateurs en catégorie jeune est une chose, confirmer au plus haut niveau en est une tout autre. Ainsi, on peut douter du fait que Crowley s’impose à court terme. Cependant, le fait qu’Arsène Wenger l’ait emmené en tournée de pré-saison et lui ait offert sa chance semble indiquer une volonté de fournir du temps de jeu au prodige anglais, arrivé du côté d’Ashburton Grove pour la coquette somme de 700.000 livres. Un prêt pourrait également être envisageable, à condition qu’il soit bénéfique et que le scénario ne soit pas répétitif ; à l’instar du traitement subit par différents jeunes de l’Académie d’Arsenal (Frimpong, Miyachi..) n’ayant jamais percés par la suite. La patience sera probablement une vertu clé dans son explosion. Et s’il doit encore travailler, il est indéniable que le talent de Daniel Crowley fait partie des plus prometteurs d’un pays en quête de renouveau dans le profil de ses joueurs.

 

Corentin Sirot

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