Interview Derek Decamps (AC Milan, Ajax Cape Town, Sandnes Ulf)

Comme beaucoup de jeunes français, Derek Decamps s’est exilé à l’étranger dès son jeune âge. Formé à l’AS Cannes comme de nombreux internationaux, ce jeune joueur passé par l’AC Milan a connu une carrière passionnante à travers plusieurs pays. Avec sa bonne humeur, il retrace en long et en large son parcours, ses ambitions et son avenir.

 

Découverte du football – AC Milan jusqu’à l’AS Cannes (1995/2005 – Jeunes à début en pro) « À l’issu de ce tournoi, le club m’a contacté pour rejoindre leur académie. »

 

J’ai débuté le football dans un petit club de la banlieue de Milan avec mon frère, un jour après un an avec cette équipe on participe au Tournoi Berlusconi de l’AC Milan. À l’issu de ce tournoi, le club m’a contacté pour rejoindre leur académie. Pour moi c’était déjà un rêve qui devenait réalité car je voulais déjà devenir footballeur, et je rejoins avec grand plaisir le club. Au niveau de l’organisation c’était déjà incroyable, il y avait un bus qui récupérer et ramener les enfants pour les entrainements. Vers mes 10 ans, il y avait deux-trois entrainements par semaine en plus du match. J’en garde un très bon souvenir, mais en 1996-97 le club ferme son académie et garde seulement la Primavera mais je ne sais plus la raison.

C’était dur, quand on a 17 ans et qu’on intègre le groupe professionnel, on aspire à plein de choses et cette blessure m’a fait un choc. Malgré tout, j’étais bien encadré pendant ses six mois à l’AS Cannes et je suis revenu doucement avec les U18, la CFA et le groupe pro quelques mois après. La seconde saison débute assez bien au départ mais l’entraineur (Marsiglia) est démis de ses fonctions et par la suite j’effectue une saison blanche. De ce groupe beaucoup sont devenus professionnels comme Gael Clichy, Julien Faubert même s’il avait un an de plus, Morgan Amalfitano, Damien Tibéiri, Jerome Lemoigne, Nicolas Frey. On avait vraiment une belle génération.

Début de sa carrière à l’étranger, passage en Grèce (2005-2007) « Certains supporters ont cassé les barreaux, puis la vitre et ils ont mis feu à notre vestiaire »

Mon départ en Grèce a pu se faire grace à mon père qui m’a beaucoup aidé et à contacter plusieurs clubs ou j’ai eu un essai à l’Aris Salonique. Je n’ai jamais eu peur de voyager depuis mon plus jeune âge grace à mes parents, donc s’il fallait partir même en Grèce pour réaliser mon rêve je n’avais aucun problème. Après, si on m’avait dit ça un an auparavant cette période de partir en Grèce je n’aurais pas eu la même réaction. J’ai saisi cette opportunité et j’étais très heureux de mon choix. C’est un des meilleurs clubs en Grèce avec un nombre important de supporteurs, un club historique donc je sais que je vais dans un club avec des structures et de l’ambition. Il y avait un autre français (Domoraud), l’intégration a été plus facile pour moi.

Pour moi je passe en quelques mois à une saison blanche en national à un match de coupe Uefa contre l’AS Roma. Il m’a fallu une à deux semaines pour sortir de mon petit nuage. Même si on a était éliminé (rires), il faut savoir passer vite à autre chose. Pour moi c’était un rêve devenu réalité à ce moment-là, ça reste l’un de mes meilleurs souvenirs de footballeur mais ça remonte déjà à dix ans.

Ici ce sont des fanatiques, si on remporte le match tu peux sortir en ville tout va bien mais quand tu perd, il faut faire attention. On a eu plusieurs incidents notamment le premier match ou on perd à l’extérieur il y avaient des supporteurs à l’aéroport et plusieurs fans ont pris par le coup un joueur d’expérience de l’équipe et ce n’était que le premier match de championnat : ça te met directement dans l’ambiance. En fin de saison, après un match nul à domicile et à travers une petite fenêtre de notre vestiaire qui donne à la rue : certains supporters ont cassé les barreaux, puis la vitre et ils ont mis feu à notre vestiaire avec de l’essence. On n’a pas pu sortir du stade avant l’arrivée de la police. Il y a qu’un seul joueur qui pouvait partir, c’était un défenseur central présent au club depuis 17 ans. À chaque incident, il prenait son sac et il n’a jamais eu aucun problème. Un jour, Paulo Costa a essayé de sortir mais il a du vite rentrer malgré la présence de sa famille donc il faut toujours faire attention.

Personnellement, j’en retiens un bon souvenir malgré que j’étais jeune car c’était un bon club, une belle ville et un super groupe avec beaucoup de sud-américains notamment un chilien que j’ai revu cet été en allant au Chili. Il m’a aidé comme un grand frère à l’Aris Salonique.

Avec l’arrivée d’un entraineur espagnol avec ses joueurs, il ne comptait pas sur moi mais l’ancien coach de l’Aris me propose de le rejoindre avec l’autre français et le chilien six mois plus tard. À 20-21 ans, j’avais vraiment besoin de jouer et je décide de partir la-bas (PAS Giannina). La saison se passe très bien, je dispute 33 matchs mais sur la fin il y a eu des problèmes de paiements et j’ai du partir en procès avec le club. J’ai quitté le club car avec ses histoires de paiements et un nouveau coach, c’était la première fois que je vivais ça. Les clubs n’hésitent pas à faire du harcèlement moral et quand on est jeune, on n’est pas prêt à ce genre de chose quand on est tout seul et loin de sa famille : on peut vite craquer. J’ai pris des conseils de l’UNFP pour partir libre mais malgré tout, le procès a abouti à ce que le club devait me rendre, la FIFA avait rendu un verdict à mon avantage mais le TAS annule cette décision. Les footballeurs étrangers sont vulnérables et très souvent à la merci des clubs. Juste avant le procès au TAS en Suisse, il m’a proposé un contrat pour signer dans son nouveau club que j’ai refusé. C’était peut-être une façon d’avoir un effet de levier au procès.

Petite aventure espagnol (2007-2009) « Malheureusement il y a eu aussi des problèmes financiers.»

Je crois qu’on n’avait pas le droit de signer dans un club du même pays ou le procès était concerné, j’avais quelques opportunités en grèce mais j’ai eu la chance de trouver un club ambitieux en Espagne. Nouvelle culture mais qui me convient beaucoup, je parle déjà la langue et la mentalité me plait tout comme leur football très basé sur le jeu. Malheureusement il y a eu aussi des problèmes financiers. Je suis passé milieu de terrain la bas, c’était une redécouverte pour moi au niveau professionnel. Je retiens surtout le savoir-vivre des espagnols qui sont toujours ouverts. C’est difficile pour moi maintenant de juger aujourd’hui car j’ai plus d’expérience qu’auparavant. La vie de groupe m’a plus marqué que le côté sportif car il relativise plus que dans d’autres pays au niveau du football. Ils voient les choses d’une manière différente, ils sont plus dans le côté humain que dans les pays ou je suis passé.

À Alcorcon je n’ai pas eu de problème financier mais on voyait bien que c’était la crise financière notamment pour des amis dans d’autres clubs (ex: Rayo Vallecano)

Son aventure en Afrique du Sud, un autre football, la Coupe du Monde « C’était encore ancré dans les mentalités. »

J’étais en Espagne et avant de probablement m’engager avec un autre club, je reçois un appel de mon père qui a rencontré un agent français qui travaille avec l’Afrique du Sud et qui me propose une offre de l’Ajax Cape Town et de partir faire un essai. Au départ, je ne suis pas trop emballé car je ne connais pas du tout le pays ni leur football mis à part la Coupe du Monde. J’ai regardé leur site, les structures du club et je me suis dit pourquoi pas car je ne voyais pas une grosse progression en Espagne. En arrivant sur place, ça doit être le club le plus structuré que j’ai pu connaître : c’était une très belle surprise.

C’est complètement différent. Dans les tribunes c’est une ambiance de fête même si les vuvuzelas en étant en tribunes ça fait un peu mal à la tête (rires), quand on est sur le terrain ce n’est pas génant. Dans la vie de tous les jours, on se rend compte que tout le monde a la joie de vivre et ils profitent de la vie. Dans le groupe, il y avait des joueurs venant de tous les horizons et des townships mais c’était très sympa de cotoyer ce groupe. On perd le titre à la dernière journée mais c’était deux très bonnes saisons.

Ma femme étant enceinte de jumeaux, on voulait avoir les meilleures conditions pour leur naissance et c’est pour cela que je suis rentré en france avec ma femme à la fin de mon contrat. Malheureusement, je n’ai reçu que des propositions en Norvège mais revenant d’Afrique du Sud, ça reste en Europe et pas si loin de la France.

Il reste selon moi par rapport à l’apartheid une part de « gène » entre les blancs et les noirs. Ici, le milieu du foot est un milieu noir que ça soit dans les stades ou les équipes et souvent on a l’impression qu’être blanc c’est peut être moins bien accepté. C’était aussi un challenge pour moi de me faire accepter par le groupe ou les fans, on se rend vite compte que ce sont des gens formidables dès qu’on arrive à se faire connaître. Vécu en tant qu’avoir eu des soucis avec ça non, mais on ressent quelques fois un mal-être. Je prends un exemple ou un jour dans la rue, un vieux monsieur noir fait tomber ses papiers et ma femme sans hésitation lui ramasse et il était choqué qu’une femme blanche se baisse pour lui rendre ses papiers : c’était en 2009. C’est encore ancré dans les mentalités.

Retour en Europe, suite de sa carrière en Norvège « Jérémy m’a très bien aidé dans mon intégration avec le groupe et la vie de tous les jours. »

La Norvège était la seul proposition concrète en Europe. Je suis parti la bas quelques jours pour m’entrainer et ça m’a plu car le club avait de l’ambition mais c’était vraiment la découverte pour moi les pays ‘froids’. Pour moi en tant que footballeur, tant qu’on peut jouer tout se passe bien mais pour ma femme c’était + difficile dans cette petite ville. C’était un football basée sur le jeu long, entre l’Ajax et ça il m’a fallu un temps d’adaption. En 2012, la première partie de saison se déroule très bien, j’ai eu une bonne relation avec les supporteurs et je devais même repartir pour une prolongation de contrat. Malheureusement, mes enfants ont eu des soucis de santé et j’ai du revenir en France avec l’offre d’Angers ou sportivement ça ne se passe pas très bien. C’était un choix personnel. Suite à cette année blanche, j’avais besoin de jouer et je suis parti en prêt pour la fin de saison en Norvège et ça se passe très bien. Il y avait un autre français (Berthod), l’adaptation se passe encore + vite et on arrive à faire maintenir le club. On avait une équipe très cosmopolite avec des Danois, un Nigérian, nous les français, des Islandais, un Jamaicain mais il y avait une très bonne ambiance. Jérémy m’a très bien aidé dans mon intégration avec le groupe et la vie de tous les jours. Le football en Norvège est populaire mais pas autant que le hockey. Tout dépend des clubs et des villes. À Sarpsborg, le stade n’était pas très grand mais il était toujours complet. C’est difficile de juger malgré tout.

J’ai reçu une proposition de signer deux ans avec eux mais l’offre de Sandness était intéressante, c’était difficile de refuser car le club avait plus d’ambition pour moi et un potentiel plus élevé. Avec le rôle que j’allais avoir au sein de l’équipe, c’était un bon choix pour moi. Malheureusement pour Martin l’autre français qui s’est fait les croisés très vite, il avait un gros mental pour revenir très vite avec nous. C’est un gros plus pour nous surtout l’année dernière ou il nous a manqué. Notre objectif est la remontée immédiate.

Avec l’expérience on voit les choses d’une manière différente. En Grèce, je pense avec plus de vécu j’aurai fait d’autres choix après on ne doit pas vivre dans les regrets et je suis très content de ma carrière. Je n’ai pas de regret et j’espère avoir encore quelques années de carrière devant moi et d’apporter mon expérience.

Le cas Martin Odegaard

Clairement ce qu’il a fait ici en Norvège à 15 ans c’était exceptionnel, il avait une maturité et une vision du jeu au-dessus de beaucoup de joueurs expérimentés du championnat. Ils en ont fait peut être une superstar très jeune pour mettre en avant le football en Norvège, mais il a le niveau pour moi pour évoluer dans de grands clubs. Le Real Madrid n’a pas misé une telle somme et un salaire aussi élevé sans avoir un projet futur avec lui.

Pour moi, le football reste toujours mon métier mais pour ce qui concerne ma reconversion je peux devenir agent de joueurs avec la société de mon père et profiter de mes expériences et de mon réseau. Devenir entraineur ça peut être intéressant mais la vie de famille est ma priorité, j’ai beaucoup voyagé et je cherche de la stabiliter.

Top 3 des + talentueux

Gael Clichy à l’AS Cannes en centre de formation, Thulani Serero en Afrique du sud aujourd’hui à l’Ajax qui était très talentueux et bien entendu Franseco Totti.

Les + fous

Les supporteurs Grecs tout simplement, lors d’un ¼ de finale retour je me souviens de l’ambiance incroyable au stade de l’Olympiakos .

La + belle ambiance

La Coupe du Monde en Afrique du Sud c’était vraiment une belle ambiance, et pour avoir jouer je pense qu’on peut pas faire mieux qu’en Grèce et plusieurs matchs en Afrique du Sud.

Un dernier mot ?

Merci pour cette interview, ça m’a fait très plaisir car ça me rappel beaucoup de souvenirs et avec le temps on oublie des choses (rires).

Propos recueillis par Benyahia Ali

Be the first to comment on "Interview Derek Decamps (AC Milan, Ajax Cape Town, Sandnes Ulf)"

Leave a comment

Your email address will not be published.


*