La Roja ne voit plus rouge

Sur le toit du monde pendant 6 ans, la sélection espagnole est sortie par la toute petite porte du mondial 2014 en échouant au premier tour. Un an après, et à neuf mois de l’Euro, la « Furia Roja » a repris les commandes du groupe C en s’imposant face à la Slovaquie (2-0). A la veille d’un déplacement en Macédoine (mardi, 20h45), la Seleccion semble être en train de se réveiller. Explications.

 

Après « le huit », le beau temps

 

La reprise en main ibérique a mis quelques mois avant de véritablement se lancer. Habituée à réaliser et battre des records, l’Espagne a vu plusieurs des siens tomber sous « le signe du huit » après le coup de tonnerre brésilien. Une série de succès s’est d’abord stoppée début septembre au stade de France. Après cinq matchs sans perdre contre son voisin français, la sélection ibérique s’est inclinée contre la troupe de Didier Deschamps face à laquelle elle était invaincue depuis huit ans (dernière défaite 3 buts à 1 le 27 juin 2006). Dès octobre et un match de qualification pour l’Euro 2016, la Slovaquie s’est imposée contre la Roja (2-1) et lui a infligé sa première défaite en éliminatoires depuis… 8 ans. Les hommes d’Aragonès s’étaient alors inclinés en Suède (2-0) le 7 octobre 2006. Deux mois plus tard, un soir de novembre, l’Espagne reçoit le champion du monde en titre pour un match de prestige à Vigo. L’Allemagne finit par mater la Roja chez elle (0-1), chose qui n’était plus arrivée depuis 8 ans également et une défaite contre la Roumanie à Cadix sur le même score.

 

Désormais 11e d’un classement Fifa qu’elle dominait depuis 2008, l’Espagne a récemment effacé son revers en Slovaquie pour reprendre le trône du groupe C, neuf mois avant le coup d’envoi de l’Euro en France. Mis à part cet accroc à Zilina, synonyme de sensation, les hommes de Del Bosque assurent dans une poule tout de même disputée puisque leur qualification, à l’inverse de l’Angleterre, de la République Tchèque ou de l’Islande, n’est, pour l’heure, pas encore validée. Avec cinq succès consécutifs dont le choc pour la tête du groupe contre la Slovaquie, la participation des ibériques à l’Euro 2016 est sur le point d’être officielle. Elle pourrait quasiment l’être dès ce soir en cas d’un succès en Macédoine conjugué à une victoire de la Slovaquie contre l’Ukraine. D’autant qu’il faut remonter aux éliminatoires de la coupe du monde 2006 et une seconde position pour voir la Roja laisser le fauteuil de leader à l’issue de la phase qualificative…

 

 

Entre transition et conservatisme

 

Si l’Espagne avait aussi surpris par la stabilité d’un groupe qui a conservé son épine dorsale durant six ans (Casillas, Ramos, Alonso, Xavi, Iniesta, Villa, Fabregas…), elle a vu le passage de témoin entre la génération dorée et des jeunes pépites qui ont faim de succès. D’autres joueurs barrés jusqu’alors par le niveau étincelant du milieu de terrain (entre autres) bénéficient d’un temps de jeu beaucoup plus important à l’image de Fabregas, Pedro, Cazorla, Isco, Morata ou encore Koke. En capitaine, Casillas a conservé sa place de titulaire dans les buts et peut compter sur une place de numéro 1 au F.C Porto. L’écueil de Vicente Del Bosque semble incontestablement se trouver à la pointe de l’attaque espagnole. Récemment, le sélectionneur a demandé à Diego Costa d’élever son niveau et de se montrer plus décisif : avec un seul but en huit matchs, le bilan de l’ancien colchonero est loin de faire oublier les goleadors espagnols de ces dernières années comme David Villa ou Fernando Torres.

 

Dans le jeu, l’Espagne se montre fidèle à elle-même. Face à une Slovaquie qui n’avait plus perdu depuis octobre 2013 et qui réalisait un sans-faute dans ces éliminatoires, la Roja s’est sublimée et n’a laissé aucune miette. En témoignent une possession de 75% et un nombre de passes tentées tout aussi monstrueux (918, pour 863 réussies), soit les plus grands totaux réalisés par la Roja dans ce groupe C. Ces statistiques sont confirmées lorsque l’on élargit la donnée chiffrée à l’intégralité de cette phase qualificative puisque l’Espagne a une moyenne de possession avoisinant les 67%, ce qui souligne le conservatisme ibérique. Un conservatisme appuyé par un toque toujours présent, « un toque de campeon » comme le titre Marca, quotidien qui ne manque pas de résumer le problème d’efficacité que connaît la Roja : « trop peu de tirs pour autant de jeu ». Derrière, le maintien de la charnière Ramos-Piqué porte ses fruits avec une défense imperméable depuis cinq matchs (amicaux exclus), performance que la Roja n’était pas parvenu à réaliser durant les 4 derniers éliminatoires (2008, 2010, 2012, 2014).

 

 

Et derrière, ça suit toujours…

 

Ce n’est un secret pour personne, la formation espagnole est l’une des meilleures en Europe. Un chiffre suffit à lui seul pour confirmer cette affirmation : la sélection ibérique des moins de 19 ans a raflé cette année son septième championnat d’Europe sur… quatorze éditions, soit une campagne victorieuse sur deux. Toutes catégories confondues, l’Espagne totalise pas moins de 23 sacres européens… Si « La Rojita » (Espagne Espoirs) a quant à elle été éliminée en barrage de l’Euro tchèque en juin dernier, elle avait été sacrée lors des deux éditions précédentes (2011 et 2013). En son sein, des pépites comme Isco, De Gea, Morata, Koke ou encore Alcantara ont éclaté et montré que la relève de la Roja était d’ores et déjà assurée. Et autant dire que le goût de la victoire n’est pas ce qu’il manque à ces joueurs ayant déjà un sacré palmarès en équipes de jeunes.

 

Et leur intégration en équipe première est plutôt réussie à l’instar de Paco Alcacer qui, après avoir été grandement impliqué dans le succès des moins de 19 ans en 2011 et 2012, a fêté sa première cape en A en septembre 2014 contre la France. Sept sélections plus tard, il totalise déjà quatre réalisations et semble être en mesure de figurer dans la liste de Del Bosque dans neuf mois. De son côté, Alvaro Morata, artisan majeur de la victoire des espoirs à l’Euro 2013, compte cinq capes et a marqué le but décisif contre l’Ukraine (1-0) en mars dernier permettant à l’Espagne de rester au contact de la Slovaquie. Et comment parler de futurs talents sans évoquer Isco et Thiago Alcantara, incontournables lors du sacre des espoirs en 2013, avec notamment un triplé du second en finale contre l’Italie…

 

Au moment de se déplacer en Macédoine pour la 8e journée des éliminatoires de l’Euro 2016, l’Espagne a retrouvé sa place de leader et est en passe de valider son billet pour une dixième participation au championnat d’Europe des nations. Malgré la conservation de son identité, la Roja est en pleine transition depuis le mondial et lance progressivement plusieurs de ses talents qui ont pu s’illustrer en espoirs ou plus jeunes encore. En chef d’orchestre, Del Bosque donne vie à une mélodie remodelée mais à jamais attachée à la plus glorieuse de ses symphonies.

 

Quentin Marais

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