En route en Paris

Ca y est ! Treize mois après le début des éliminatoires, la campagne qualificative pour l’Euro 2016 est terminée. Avant les barrages de novembre, vingt billets ont trouvé preneur. L’identité de leurs titulaires va faire planer un vent nouveau en France. Surprises, désillusions, mais aussi confirmations, voici ce qu’il faut retenir de cette phase éliminatoire conclue par un scénario de folie.

 

Ils ont confirmé

 

Malgré quelques accrocs, le champion du monde en titre a confirmé son statut. Avec deux défaites au compteur, le parcours de l’Allemagne a été chahuté. Le niveau du groupe D parle de lui-même : il a été l’un des plus disputés puisque quatre points séparent le leader du barragiste au moment de faire les comptes, soit l’un des écarts les plus restreins. Logiquement, la Mannschaft n’a totalisé « que » 22 points, loin du 100% de 2012 (30 points) et des 27 unités de 2004 ; mais aussi des leaders des autres poules. Qu’importe, l’essentiel est assuré et l’écusson aux quatre étoiles fera bien évidemment figure de favori l’année prochaine. Et cette fois-ci, un certain Marco Reus absent l’an dernier à Rio, sera de la partie pour montrer toute l’étendue de son talent…

 

Eliminés d’entrée au Mondial 2014, les ibériques ont sereinement validé leur ticket. Si leurs parcours n’ont pas démarré en trombe avec des défaites précoces, les « frères jumeaux » se sont vite rattrapés. Après sa défaite contre l’Albanie à laquelle s’est ajouté le départ de Bento, le Portugal a aligné sept succès consécutifs. Fernando Santos a emmené la sélection lusitanienne en tête du groupe I avec un Ronaldo toujours aussi décisif puisque buteur à cinq reprises sur les onze buts inscrits par sa sélection. Toujours sous la houlette de Del Bosque, la Roja, elle, a d’abord perdu son invincibilité longue de huit ans en éliminatoires en Slovaquie (2-1). Ce sera le seul revers. Après huit victoires et autant de clean-sheets, la sélection espagnole a logiquement terminé leader de son groupe. Del Bosque a pu tester toutes les stratégies avec pas moins de 33 joueurs ayant participé aux éliminatoires et treize buteurs différents.

 

Quant aux Belges et aux Italiens, ils ont également confirmé les attentes placées en eux. Les Diables rouges ont surfé sur leur montée en puissance pour terminer en pole position du groupe B. L’accroc aux Pays de Galles sera le seul revers de la sélection de Marc Wilmots. D’autant qu’elle est désormais en tête d’un autre classement, celui de la Fifa. Aussi controversé qu’il puisse paraitre, il n’enlève pas une performance majuscule de la part de la Belgique qui ne s’était plus directement qualifiée à un Euro depuis l’édition 1984 ! Finaliste du dernier championnat d’Europe mais éliminée en poules à Rio, la Squadra Azzura n’a pas été perturbée par les dissensions entre Conte et la fédération italienne. Elle a terminé leader et invaincue d’un groupe relevé à l’image de celui de la Mannschaft. A l’instar de l’Angleterre, l’Italie peut se baser sur un groupe complémentaire où des tauliers comme Buffon ou Chiellini veillent sur un vestiaire composé de jeunes pépites en la personne de Verratti, El Shaarawy ou encore De Sciglio.

 

 

Ils ont frappé fort

 

Ouvrir cette partie sans parler du seul parcours sans faute des éliminatoires reviendrait à « ovaliser » ce papier…. Rien de tout ça ! Mettons notre chauvinisme de côté, puisque le coup de chapeau de cette campagne est, sans contestation, adressé aux Three Lions. Dans le groupe E, l’Angleterre s’est baladée et a remporté les dix matchs qu’elle a eu à jouer. En ayant encaissé trois buts, elle est la meilleure défense (avec l’Espagne) et possède la différence de buts la plus élevée (+28). Il est tout de même difficile de parler de « confirmation », pour une formation éliminée au premier tour des deux derniers Mondiaux et battue en quart de finale du dernier Euro. Il est plus raisonnable d’évoquer un renouveau, une reprise en main réussie pour une Angleterre qui s’est cherchée depuis quelques années, mais désormais sure de sa force avec ce sans faute. Absente de l’Euro 2008, la sélection menée par Roy Hodgson combine l’expérience à l’image d’un Wayne Rooney désormais recordman du nombre de buts en sélections, et la jeunesse, incarnée par Sterling, Kane et Barkley.

 

Jamais distancée dans les éliminatoires, l’Autriche a toujours vu la qualification lui échapper d’un rien. Elle a terminé à la 3e place de la phase de groupe pour l’Euro 2000 et 2004, et 4e pour l’Euro 2012. Faute de quelques unités, le voisin de la Suisse est toujours resté à quai. Cette fois-ci, l’Autriche a validé son ticket pour l’Euro, et de quelle manière. En remportant 9 des 10 matchs de poule, « Das Team » a survolé le challenge et se qualifie pour la première fois de son histoire à un championnat d’Europe. Le vétéran de Bale, « monsieur 50% » (25 buts en 50 capes) Marc Janko et l’inoxydable David Alaba ont été les principaux artisans de la qualification autrichienne. Seulement accrochée par la Suède en ouverture (1-1), l’Autriche a validé sa participation à l’Euro dans le pays d’Ibrahimovic, et en frappant toujours aussi fort (1-4)…

 

Ils ont surpris

 

La grosse surprise de cette phase est de loin la qualification de l’Islande. Première participation en compétition majeure pour ce pays de 329,000 habitants qui avait manqué de s’envoler pour le Brésil en perdant en barrages contre la Croatie. En battant deux fois les Pays-Bas (2-0, 0-1), les islandais ont rapidement fait figure de favori dans ce groupe A et ont composté leur billet pour Paris le soir de la 8e journée. Dans ses rangs, l’Islande a pu compter sur le meilleur buteur et meilleur passeur de la poule : le milieu de terrain de Swansea, Gylfi Sigurðsson, qui a scoré cinq fois pour deux passes décisives. Cette participation à l’Euro 2016 sera aussi la première pour celui qui est passé par Chelsea et le Barça, un certain Gudjohnsen. Si sa défaite en Turquie lui a enlevé la première place qu’elle occupait depuis la 6e journée, elle ne ternira en rien un parcours remarquable.

 

L’Islande est imitée par le Pays de Galles, qui participera à son premier Euro. Et comme le pays de la Couronne islandaise, les Gallois ont fait trébucher un cador puisque la Belgique est venue s’incliner à Cardiff (1-0). On ne présente plus celui qui est le principal responsable de la belle campagne galloise. Impliqué sur six des onze buts gallois et victorieux à lui seul de l’Andorre (doublé, 1-2), de la Belgique (but, 1-0) et de Chypre (but, 0-1), Gareth Bale sera présent en France et pourra disputer une première compétition avec son pays. Et ce ne sera pas le seul à vouloir briller puisque dans cette équipe pour le moins expérimentée (27 ans de moyenne), un certain Aaron Ramsey aura aussi à cœur d’étaler toute sa palette technique, si chère à l’Emirates…

 

 

Autre surprise de taille : la première place et la qualification directe de l’Irlande du Nord. La surprenante sélection participera elle aussi à son premier Euro. Elle a pu compter sur l’efficacité sur l’avant centre qui a brillé pendant quatre ans aux Rangers (2008-2012), Kyle Lafferty, auteur de sept buts et, de loin, meilleur buteur du groupe. Grâce à un démarrage canon et trois succès en autant de rencontres, l’Irlande du Nord s’est rapidement installée en tête du groupe F pour valider sa qualification contre la Grèce lors de l’avant dernière journée et une victoire 3 buts à 1.

 

Pour l’Albanie et la Slovaquie, deuxièmes des groupes I et C, la surprise est également de mise puisque ce sera leur première participation en coupe d’Europe. Surprise aussi car ces deux nations ont fait respectivement tomber le Portugal (0-1) et l’Espagne (2-1) dans des poules au sein desquelles une deuxième place était loin d’être prédite au moment de lancer les éliminatoires. Surprenante Roumanie également, puisque invaincue au même titre que l’Angleterre, l’Autriche et l’Italie ; et qualifiée grâce à sa deuxième place dans le groupe F.

 

Ils ont sombré

 

Ne pas démarrer par les Pays-Bas serait aussi incompréhensible que de mettre de côté les Anglais toute à l’heure. S’ils ont brillé au Mondial en faisant notamment vivre un cauchemar à la Roja, les néerlandais ont coulé durant cette phase éliminatoire avec, comme point culminant, une dernière défaite à Amsterdam contre les Tchèques (2-3, la cinquième en dix matchs). Le miracle tant attendu n’a pas eu lieu et les hommes de Blind n’ont pu faire une remontée devenu inespérée au fil de la soirée. Ils n’ont pris qu’un seul point (1-1 contre la Turquie) sur les dix-huit à prendre contre les trois premiers de leur groupe… Pour retrouver trace d’un cador éliminé avant la phase finale d’un Euro, il faut remonter au fiasco de l’Angleterre, absente de l’édition 2008. Orpheline des rushs de Robben pendant une bonne partie de la compétition, la nation Oranje ne participera donc pas à l’Euro 2016, une première depuis 1984. Cette statistique peut cependant consoler les fans néerlandais puisque la dernière non-participation de la Hollande remontait à l’année d’un Euro en France. Quatre ans plus tard, en 1988, Gullit et Van Basten donneront la victoire finale aux Pays-Bas face à l’URSS en Allemagne. Bis répétita en 2020 ?

 

Le suspense a vite été éteint du côté du pays de l’Acropole. Vainqueur de l’édition 2004, la Grèce n’a pas tardé avant de s’enfoncer dans les dernières places du groupe F. Jamais une tête de série n’avait terminé en dernière position à l’issue des éliminatoires. Huitième de finaliste du Mondial 2014, les grecs n’ont pas surfé sur cette bonne prestation et ont rapidement compris, après seulement deux points à la mi-chemin, qu’ils ne disputeraient pas le prochain Euro. L’instabilité a alors été de mise sur le banc des hellènes. Claudio Ranieri a repris la sélection après le Mondial et le départ de Fernando Santos. Mais il est remplacé en février 2015, par l’uruguayen Markarian dont le passage ne s’éternisera guère puisqu’il démissionne en juillet. L’intérim de Kostas Tsanas, à défaut de réaliser une remontée aussi inédite qu’inespérée, aura au moins permis à la Grèce de s’imposer dans ces éliminatoires, contre la Hongrie (4-3)…

 

 

Ils devront attendre…

 

Quatre billets sont encore tout chauds et prêts à trouver preneur à l’issue des barrages. Si la Turquie a évité la sentence en étant le meilleur troisième (avec un scénario unique, à lire plus bas), les huit autres nations ayant terminé sur la dernière marche du podium devront s’affronter en match aller-retour. Désignées tête de série, la Suède, la Bosnie, l’Ukraine et la Hongrie sauront dimanche qui du Danemark, de l’Eire, de la Slovénie ou de la Norvège il faudra battre pour s’envoler vers Paris. Pour savoir, rendez-vous les 15, 16 et 17 novembre à l’issue des matchs retour.

 

Ils peuvent savourer

 

Difficile de passer à côté du scénario pour le dernier billet qualificatif avant les barrages. A la fin d’un suspense haletant, la Turquie a fini en tête du classement des troisièmes de groupes dans une soirée où elle a dû surveiller plusieurs positions. Dans un duel à distance avec les Pays-Bas pour la place de barragiste du groupe A, les turcs devaient aussi prier pour une victoire Kazakh en Lettonie. Et quand on y croit fort…

 

20h45 : la Turquie est avant dernière dans le classement des troisièmes avec seulement 9 points. A ce moment, c’est la Hongrie qui est qualifiée avec 15 points. Mais les Turcs savent qu’à côté de ce classement, il y a celui de leur poule qui peut encore bouger. Si elle a encore son destin en main avec deux points d’avance sur les Pays-Bas, la Turquie ne doit pas perdre pour s’assurer de terminer troisième.

 

21h21 : Sural vient de faire le break pour la République Tchèque à Amsterdam. La Turquie, toujours tenue en échec par l’Islande, voit la place de troisième lui tendre les bras. Mais elle est toujours mal embarquée dans le classement des troisièmes avec seulement 10 points à son actif. La Hongrie est toujours en tête et qualifiée avec ses 15 unités.

 

 

22h08 : le Kazakhstan de Kuat vient de marquer en Lettonie et laisse la dernière place à leur adversaire. La conséquence est de taille pour les turcs puisque pour rappel, les points inscrits contre le dernier sont enlevés aux troisièmes des poules à six équipes (poule A à H incluse) par souci d’équité avec le troisième de la poule à cinq équipes (poule I). Si le Kazakhstan termine dernier, ce sont six unités qui sont enlevés à la Turquie contre deux si c’est la Lettonie qui occupe la dernière place. La Turquie, à cette heure, possède alors 14 unités dans le classement des troisièmes et n’en est plus qu’à une de la Hongrie. Un but turc rajouterait 2 points à l’équipe de Terim et la propulserait à l’Euro…

 

22h29 : Inan se charge d’un coup franc à 25 mètres et l’envoie dans la lucarne de Kristinsson. La Turquie passe en tête du classement des troisièmes avec 16 points. On en restera là : quatre minutes plus tard, la Torku Arena exulte. La Turquie finit meilleure troisième et est directement qualifiée pour l’Euro 2016.

 

Surprises, confirmations, crashs : il y en a eu pour tout le monde. Les éliminatoires de l’Euro 2016 ont été animés du début à la fin, de la fin de série espagnole au sans faute anglais en passant par le parcours remarquable des autrichiens et l’élimination hollandaise. Pour finir en beauté, le scénario pour le meilleur troisième a été indécis jusqu’au bout et c’est finalement la Turquie qui a validé le dernier ticket qualificatif… avant les barrages.

 

Quentin Marais

Be the first to comment on "En route en Paris"

Leave a comment

Your email address will not be published.


*