FBBP01: Take a Deep Bresse (1/2)

Bienvenue dans l’Ain. Un charmant « petit » département de Rhône-Alpes où les habitants n’ont même pas de nom. Ça commence bien, hein ? En effet, au travers d’une grande diversité géographique et même culturelle, il est d’usage d’utiliser différentes dénominations locales pour désigner les habitants du coin. Les Gexois de la ville de Gex à la frontière Suisse, avec son sublime paysage de montagne. Les Bugistes du Bugey, zone subdivisée en deux parties distinctes : Haut-Bugey et « Bas »-Bugey, où vous trouverez Oyonnax, Nantua, Belley, le Grand Colombier… (6 lignes, on s’y perd déjà, belle performance) Vient ensuite la Dombes « aux milles-et-uns étangs », fief de moult canards, moustiques et autres supporters de l’OL, s’étendant de Lyon jusqu’aux abords de Bourg-en-Bresse. Parce que oui, vous me direz, « tout ce que tu nous racontes là, c’est bien gentil, c’est culturel à tendance pas franchement intéressant, mais si on veut un cours de géographie ; on a le Tour de France chaque été. Tu nous parles du FBBP dans le titre, arrête d’être un escroc et dépêche-toi d’en venir aux faits ».

 

Déjà dans une certaine mesure, je fais ce que je veux. Mais nous aurons l’occasion de digresser allègrement plus tard. Arrive donc la Bresse, capitale française du poulet (mondiale diront les plus téméraires) abritant le chef-lieu du département : Bourg-en-Bresse. Ville la plus peuplée de l’Ain, avec un total époustouflant de 40 000 habitants. 60 000 en comptant la banlieue ! C’est tout de même deux fois moins que Rueil-Malmaison mais toujours cinq fois plus que Guingamp. Ceci pour les amoureux de stats inutiles.

 

 

Alors certes, Bourg ce n’est pas très grand, ce n’est pas une ville extrêmement touristique, en somme ce n’est pas une ville très connue des français. Si l’on excepte les amoureux de sports. Car passée l’autodérision douteuse, s’il y a bien une fierté que personne n’enlèvera aux habitants de l’Ain, c’est bien le sport. Et depuis l’année 2015, les supporters de football des villes de France et de Navarre (FIFA 16 oblige) découvrent petit à petit une équipe venue d’une ville pas très grande, pas très touristique, somme toute pas très connue. Qu’on donnait volontiers incapable de monter en Ligue 2, puis recalée financièrement et enfin vouée à ne gagner aucun match. Une équipe qui a déjoué tous les pronostics. Le Football Bourg-en-Bresse 01, c’est la très bonne surprise de ce début de saison en Ligue 2. Du coup, j’ai décidé de t’en causer un peu. En tant que gamin du coin, et avec l’aide d’amoureux du club. Bienvenue dans l’Ain.

 

I. Un département sportif

 

Bigre, encore une digression ! Si ça t’emmerde, passe directement à la deuxième partie, sinon ne t’inquiète pas, je serai bref. Sans revenir sur les points géographiques évoqués plus haut, il semble pertinent de préciser un peu mes dires sur le caractère sportif de l’Ain. C’est toujours ça de gagné pour ramener votre science dans les dîners mondains. Ainsi, l’Ain est le berceau sportif de Laure et Florent Manaudou, deux monuments de la natation mondiale, qui ont fait leurs classes à l’USC d’Ambérieu-en-Bugey. Autre Bugiste célèbre, Christophe Lemaître, deux fois champion d’Europe sur 100M (entre autres) et accessoirement le premier blanc à passer sous la barre symbolique des 10 secondes. Younes Kaboul, ancien international de football français, passé à Auxerre et Tottenham, a débuté sa carrière dans la ville de Bellegarde. Oyonnax peut également être évoquée avec son club de Rugby, pensionnaire du TOP 14 depuis trois saisons ayant même joué les phases finales l’an dernier.

 

Pour recentrer le propos sur Bourg (prononcez « Bourke », s’il vous plaît), la ville est fondamentalement tournée vers le Basket avec la Jeunesse Laïque, ainsi que le Rugby avec l’USBPA. L’ancien rugbyman Lionel Nallet est d’ailleurs un produit du centre de formation des violets. Autres burgiens notables, le tennisman Julien Benneteau et la légende Alain Mimoun. Pour ce dernier, il s’est surtout fait connaître à Bourg et dans l’Ain, mais c’est déjà pas mal. Plusieurs anciennes gloires de l’Olympique Lyonnais, comme George Prost ou André Guy (également international en son temps) et leur compère Jean-François « fanfan » Chevat sont originaires de la ville. Enfin, autre ancien international français de foot, François Clerc, le latéral droit de l’AS Saint-Etienne préformé au… Football Club Bourg-Péronnas. On y arrive.

 

 

II. Du FCBP au FBBP

 

Comme vous l’avez sans doute remarqué, le club n’a pas toujours porté le nom de « Football Bourg-en-Bresse Péronnas 01 ». Ce patronyme d’obédience moche et beaucoup trop long est le fruit d’une réunion entre les sponsors et les dirigeants du club en prévision de la montée en Ligue 2. L’ancien nom, FC Bourg-Péronnas, n’était alors pas assez évocateur pour le tout-venant. Déjà que Bourg-en-Bresse, on n’est pas sûr, alors va demander au premier larron venu de situer « Bourg-Péronnas »… Pourtant, dans les esprits locaux, dans le patrimoine même, le nom du club restera FCBP, une enseigne sur laquelle on ne peut pas simplement tirer un trait. Le nom du club historique d’un département, qui a longtemps attendu son heure pour enfin briller, mais dont les quelques coups d’éclats demeureront d’une lumière immortelle pour les habitants de Bourg.

 

L’histoire commence en 1942. Ce qui n’est pas forcément l’année la plus festive et conviviale de notre Histoire, nous sommes d’accord. Cette année-là, le FC Bourg fusionne avec l’US-Péronnas Bourg, le club de la ville de « banlieue » : Péronnas. Le FCBP est donc plus vieux que l’Olympique Lyonnais, par exemple, qui est certainement le club le plus supporté de la ville bressanne. Voilà. De cet instant, l’histoire du FC Bourg-Péronnas est une succession de montées puis de descentes à travers toutes les strates du football français.

 

Démarrant en Promotion de Ligue, l’équivalent à l’époque du deuxième échelon régional, le club redescend en District, championnat départemental, avant de remonter immédiatement. S’en suivent des années entre Promotion de Ligue et Promotion d’Honneur avant d’accéder enfin, en 1974, au plus haut niveau régional : la Division d’Honneur. Deux saisons plus tard, le FCBP chute encore. C’est alors le début d’une longue période où le club erre dans les différents niveaux régionaux. Il faut en effet attendre les années 90 pour que tout s’accélère. Le club évolue en Division d’Honneur Régionale, terminant deuxième en 1991 et 1993. Au cours de cette saison 92-93, le FCBP se distingue pour la première fois sur le plan national en 32ème de final de la Coupe de France. Les Bressans affrontent les Nantais de Jean-Claude Suaudeau, futurs 5èmes de D1 et finalistes de cette Coupe de France. Les Canaris éliminent les Bleus du FCBP en prolongations, au terme d’un match où le club de l’élite fut longtemps mené.

 

La saison suivante, Bourg-Péronnas décroche enfin le titre de DHR et accède pour la première fois de son histoire à un championnat national : le National 3, actuellement CFA2. Champions en 1997, ils accèdent donc, l’année du changement de nom, au CFA. Suivent alors les fameuses années des exploits en Coupe de France, en 1998 puis en 2003. Mais ces belles performances sont nuancées par des résultats parfois compliqués en championnat. Et malgré l’accession au National, le club sera relégué au terme de la saison 2003-2004, puis retombera jusqu’en CFA 2.

 

 

De cet instant s’amorce la renaissance du club. Le point de départ d’une incroyable remuntada qui verra à son terme le FCBP devenir le premier club professionnel de l’Ain.

 

En 2006, Gilles Garnier reprend en main Bourg-Péronnas alors coulé en CFA2. L’entrepreneur local fait appel à Pierre Mauron en tant qu’entraîneur, lui qui avait déjà été le coach par deux fois et notamment pendant la belle époque 1996-1999. Pour autant, des difficultés se dressent sur sa route. L’homme qui avait mené le FCBP en CFA doit faire la part belle aux jeunes, et se séparer de certains anciens joueurs qu’il avait lancé lui-même 10 ans auparavant. Mauron quitte alors le club en 2008 et laisse aux rênes de l’équipe première le jeune entraîneur de la réserve : Hervé Della Maggiore. Ce dernier deviendra par la suite l’un des principaux acteurs de l’ascension du club. Avec une philosophie de jeu plutôt portée vers l’avant, il mène le FC Bourg-Péronnas en CFA dès 2009, puis en National en 2012, s’offrant au passage plusieurs exploits en Coupe. Au terme d’une saison de National 2014-2015 haletante, le FCBP se mêle à la surprise générale aux deux clubs franciliens que sont le Red Star et le Paris FC pour la montée en Ligue 2. Cette promotion se joue à la dernière journée, au détriment d’un RC Strasbourg que nombreux se languissaient de voir revenir dans l’élite.

 

Le club bressan change alors son nom pour Football Bourg-en-Bresse Péronnas 01. Joie. C’est également la fin d’une ère au Stade Municipal, tout du moins pour la période Ligue 2 du club, délocalisé jusqu’à fin Octobre à Gueugnon en attendant la mise aux normes du stade de rugby de Bourg : Le Stade Marcel Verchère.

 

En termes de rivalités, le club de Bourg survole assez largement le département. On peut évoquer quelques rencontres particulières avec Ain Sud ou le PVFC, club d’Oyonnax. Les matches face à Lyon-la-Duchère en CFA pouvaient, eux, avoir valeur de modeste derby. Concernant les relations avec les « gros » clubs professionnels, le FBBP 01 entretient un partenariat avec l’AS Saint-Etienne. La proximité géographique avec Lyon et l’OL pousse souvent les jeunes du club à se surpasser pour espérer intégrer le prestigieux centre de formation du club rhodanien. Au fil des années, le club a vu passer bon nombre de joueurs qui ont fait son histoire : Boris Berraud évidemment, le capitaine emblématique du club, entre la fin des années 90 et 2011 (courtisé suite à l’épopée de 98 par divers clubs pros, Lens et Monaco notamment). David « Titou » Arredi est également à citer au même titre que le gardien Sébastien Callamand (encore en activité, joueur le plus capé de Bourg-Péronnas), des joueurs qui ont dédié tout une part de leur vie au club pendant plusieurs années, cumulant le football à leur activité professionnelle. Sont aussi passés en Bresse : Denis Promonet, François Clerc, Jimmy Mainfroi, le journaliste Vincent Duluc ou encore Julio Tavares, l’actuel attaquant du DFCO parti en Bourgogne après avoir largement contribué au retour du FCBP en National. Tavares demeure à ce jour le meilleur buteur du club avec 40 réalisations.

 

Une pensée va également à Farouk Nouï, l’ancien défenseur du club décédé il y a bientôt 14 ans dans un accident de voiture.

 

 

III. Effectif et philosophie actuelle

 

Alors, Ligue 2 d’accord, cependant personne ne te connait vraiment, FBBP 01. Tu te pointes avec la délicatesse mais également l’outrecuidance du cheveu sur la soupe, qu’as-tu à proposer ? Pour répondre à cette question, qui de mieux que celui qui suit le club pour la presse et la radio depuis 17 ans ? J’ai ainsi interrogé Jean-Jacques Zarb, commentateur des matchs chez FC Radio depuis 10 ans. Jean-Jacques a commencé à suivre assidument l’actuel FBBP en 1998, l’année du quart de finale contre Lyon en coupe, alors pour la presse écrite. Depuis passé commentateur, l’ami d’enfance de Laurent Paganelli est aujourd’hui une figure du club à part entière. Cumulant son métier de commentateur et d’employé à la Poste, il fait les déplacements dans toute la France pour couvrir chaque match du club bressan dans la mesure du possible. Et mettre du cœur pour un match de ventre mou en CFA, vous serez bien honnêtes d’admettre que ce n’est pas l’apanage du premier venu.

 

Au téléphone, il m’explique ainsi que c’est en grande partie grâce à une philosophie de jeu résolument portée vers l’avant – avec une certaine maturité dans les moments où le pragmatisme s’imposait – que le club a su créer la surprise et se hisser jusqu’en Ligue 2. Pour ce qui est de l’équipe type, en dégager une semble tâche ardue. Les bons résultats de l’équipe passent en effet par un turn-over convainquant, où les remplaçants ont su se sentir concernés et saisir leur chance. Au moment de l’entrevue fin Octobre, quand Bourg était 4ème, Jean-Jacques m’énonçait alors cette composition :

 

Fabri

Alphonse-Goyon-Ogier-Dimitriou

Traoré-Dembélé-Nirlo

Berthomier

Sané-Boujedra

(4-4-2 avec Berthomier en pointe haute)

 

 

Pape Sané s’impose comme un incontournable de cette équipe. Artisan important de la montée en Ligue 2 avec une saison à 21 buts (co-meilleur buteur), le Sénégalais qui fêtera ses 25 ans en fin d’année a d’abord été prêté par Niort au cours de cette saison avant d’arriver au terme de ses obligations chez les Chamois. Il signe alors un contrat d’un an en Bresse, prolongeable en cas de maintien. 9 buts déjà inscrits en Ligue 2. Solide le garçon. Aux cages, ce nom vous dit sans doute quelque chose (ou peut-être pas, après tout j’en sais rien). Julien Fabri est prêté par l’Olympique de Marseille. Le gardien de 21 ans, sujet à une concurrence farouche dans la cité phocéenne avec l’international français Steve Mandanda a su prendre sa chance en Ligue 2. Après deux matchs convaincants en Coupe Mousta.. Coupe de la Ligue, il prend la place de Sébastien Callamand comme titulaire. Le gardien bressan quant à lui, grande figure du club, avait été reconduit comme titulaire en Août suite à sa bonne saison précédente, mais a payé ses quelques buts « un peu cons » encaissés. Son match en CDL face à Nantes rassure néanmoins.

 

Au milieu, Aliou Dembélé en provenance de l’US Boulogne s’impose comme une recrue pas piquée des hannetons. Plaque tournante de l’entrejeu, ses talents à la récupération ont notamment été mis en exergue contre le FC Nantes, pour le premier match au Stade Verchère, remporté par les bressans.

 

Loin d’être anodine, cette capacité des joueurs du FBBP à jouer des adversaires sans doute mieux armés a été plusieurs fois saluée. Alex Dupont, coach brestois, confiait notamment ses impressions à Jean-Jacques et son agréable surprise quant au jeu des Bleus suite à leurs deux victoires contre les bretons, d’abord en coupe (2-2, 3-5 aux TaB) puis en championnat (3-1). Une équipe qui charme, capable de poser et d’imposer son jeu comme le soulignait Olivier Echouafni, entraîneur de Sochaux aujourd’hui limogé (victoire 2-1 du FBBP). Loin des individualités, un collectif solide avant tout. Cette année, Sochaux, Brest, Nancy, Dijon, Auxerre, Nantes… tous ont été battus ou tenus en échec face à la modeste équipe de Bourg-en-Bresse. Des matchs joués, pour la majorité, loin de Bourg : au Stade Jean Laville de Gueugnon ou à l’extérieur. Une capacité à « moissonner » les grosses écuries qui n’est pas nouvelle…

 

La suite est à venir le vendredi 18 décembre !

 

Corentin Sirot

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