FBBP01: Take a Deep Bresse (2/2)

IV. Epopées en Coupe de France

 

Comme évoqué plusieurs fois précédemment, l’histoire du FC Bourg-Péronnas a été largement marquée par la Coupe de France. C’est cette dernière qui a fait connaître le club dans les quatre coins de l’hexagone (enfin les six, commence pas à jouer au plus con). Plusieurs épopées façonnées autour de matches historiques – toutes proportions gardées – qui forgent les histoires qu’on se passe d’une génération à l’autre, ici dans l’Ain. De vrais moments de football comme on aime en voir, comme on a aimé voir Quevilly. Sauf peut-être lorsqu’on supporte le Stade Rennais. Force à vous les gars. Ces souvenirs du club, cet engouement, c’est Kévin qui m’en parle le mieux. A 27 ans, il est le président du groupe de supporters, les « Bourg-Péronnas Fans ». Chez Annie, au bar des supporters justement, il se souvient de cette fameuse épopée en 1998.

 

Après avoir éliminé au stade de Louhans une première écurie de D1, le MHSC (3-2), les hommes de Pierre Mauron reçoivent le FC Metz à Gerland. 1er du Championnat au moment du match, avec Robert Pires et Rigobert Song sur le terrain, la légende camerounaise parachèvera à son grand malheur la victoire des Bleus d’un but contre son camp. Deux à zéro score final avec une réalisation de Collet également, le petit poucet de CFA s’offre une affiche mythique : Recevoir l’Olympique Lyonnais dans son propre stade de Gerland (Bourg se trouvant à environ 70km de Lyon). Kevin se remémore « J’étais gamin à l’époque. Ce qui m’a le plus impressionné, c’était le nombre de cars. On partait tous d’ici (il montre par la fenêtre donnant sur la rue, la nationale en direction de Lyon), je me rappellerai toujours à la télé, ils montraient qu’au moment où le premier car arrivait au stade, le dernier n’était pas encore parti de Bourg ».

 

L’antre lyonnais habillé de bleu a longtemps vibré ce soir-là pour un FCBP coriace, qui ne ploie qu’en deuxième mi-temps suite à un but de Carteron. On notera pour la petite histoire, parce que j’aime bien les anecdotes, que l’OL a dû composer à dix contre onze dès la 20ème minute après l’expulsion d’un certain… Hubert Fournier. Dans tous les bons coups, Hubert. Passés les fastes de la Coupe et l’ivresse des sommets, la redescente aux affaires du championnat fut compliquée pour les Bleus (cf : partie un peu monotone sur l’histoire du club).

 

 

Pas rassasié pour autant, le club revient encore une fois sur le devant de la scène en Coupe de France, en 2003. Le RC Strasbourg (D1) et le Dijon FCO (National) tombent tour à tour face au FCBP qui s’en va alors défier l’AJ Auxerre de Guy Roux en 1/8. La fleur au fusil, les bressans retrouvent un Gerland acquis à leur cause et s’octroient même le luxe de mener au score. Une gueulante incompréhensible de Guy Roux plus tard, les futurs vainqueurs de l’épreuve s’énervent et tapent finalement Bourg 3-1 grâce à l’inénarrable Djibril Cissé notamment.

 

Après une longue période à vide, l’année de la remontée en National (2012) coïncide avec un nouveau beau parcours dans la compétition. En 16ème, Bourg Péronnas reçoit l’AC Ajaccio sur le terrain de rugby de la ville. Kamoulox. Au terme d’un match incroyablement peu cohérent, Bourg s’en tire avec une victoire 3-2 après-prolongations et s’offre alors le droit d’accueillir l’Olympique de Marseille. A la suite d’un imbroglio scénaristique digne des plus grands téléfilms allemands du Dimanche après-midi sur France 3, cette même chaîne diffusera finalement le match disputé dans la cité phocéenne. Avec un temps infernal en Rhône-Alpes, le match censé se jouer à Saint-Etienne est repoussé deux fois avant d’être délocalisé chez l’adversaire. Le peuple bressan fait tout de même le déplacement, mais l’impact n’a rien de comparable aux virées du côté de Gerland et le score final est de 3 à 1 pour l’OM de Didier Deschamps. Et de Brandao. Qui a marqué. Dur.

 

Qu’à cela ne tienne, un an plus tard, le FCBP revient une nouvelle fois à la charge. D’abord face à un AJ Auxerre en perdition, puis en 16ème sur la pelouse du Monaco de Ranieri, un match qui a marqué Kevin « C’était un grand moment. On avait fait le déplacement, avec deux cars, on était 150 bressans. C’était quelque chose pour nous. On gagne aux TàB, mais on devait gagner avant de toute façon ». Bourg-Péronnas se hisse à nouveau jusqu’en 8ème de finale face au MHSC champion de France du bon René Girard. L’occasion pour les supporters de sortir le fameux tifo « moissonneuse » du plus bel effet.

 

Dans un Stade Verchère remplissant aisément ses 10 000 places, les Bleus ne déjouent pas mais sont sujets aux étranges expériences d’un gardien remplaçant fantasque, presque cartoonèsque. Pas en confiance, très peu aidé par un public sévère, il commet deux erreurs qui coûtent sans doute la qualification à son équipe dès la première mi-temps. Bourg s’incline 2-1. Et Yanga-M’biwa trouve le moyen de s’embrouiller avec le public. Quelqu’un sait ce qu’il est devenu d’ailleurs ? Début 2014, en 32ème, c’est face à l’En Avant Guingamp, une nouvelle fois le futur vainqueur de la compétition, que le FCBP sort, sur des buts de Pharell Beauvue et Yatabaré.

 

 

Un quart historique contre l’OL, plusieurs huitièmes, le FCBP fait partie de ces équipes modestes qui ont écrit l’histoire de la Coupe de France et l’ont rendue si magique, au même titre que les Quevilly, Carquefou, Montceau… Aujourd’hui, le club n’est plus un petit poucet, et doit assumer son statut d’équipe pro, soit d’équipe à abattre. Pour autant, il reste un petit au sein de la Ligue Professionnelle, et sa victoire en 3ème tour de Coupe de la Ligue contre Nantes (3-2) demeure un nouvel exploit à ajouter au palmarès. Un nouvel exploit, à valeur de revanche, contre une équipe nantaise qui les avait éliminés 22 ans auparavant. Une équipe nantaise contre qui tout avait commencé.

 

V. Entretien avec Kevin, président des « BP Fans »

 

Les britanniques ont leurs « Pubs », nous avons nos bistrots. Chez Annie, c’est l’un de ces bistrots à la française qu’on aime. Bien installés au fond de la salle, entre des écharpes et des photos du club venues de toutes les époques, le tavernier nous apporte un Coca. C’est un peu nul, mais bon, y a de la route derrière. Kevin a fini le taf et doit aller voir le match de Marboz en Coupe de France le soir même. Ce voyageur amoureux de football a notamment fait « parler de lui » en trouvant un moyen original de visiter le Maracaña pendant le France-Allemagne 2014…

(http://www.voixdelain.fr/blog/2014/07/16/mondial-de-foot-un-supporter-du-fcbp-moleste-pendant-france-allemagne/) Mais c’est une autre histoire. Kevin est surtout président du club de supporters du FBBP 01, dont il s’est passionné dès l’enfance.

 

Tu peux te présenter rapidement ?

 

J’ai 27 ans, j’habite à Bourg depuis toujours. Je suis le FCBP depuis tout gamin. Mon premier match, je devais avoir 9 ou 10 ans, et les premiers matches qui m’ont marqués, c’était la fameuse épopée en CDF. Après, j’ai toujours suivi un minimum, mais je suis « activement supporter » depuis au moins 15 ans.

 

Pour un club comme Bourg, combien d’adhérents au Club de Supporters ?

 

Il y a deux groupes, le club de supporters, avec des personnes « un peu plus âgées » *sourire*, nous, on est les Bourg-Péronnas Fans (BP Fans). On est une trentaine d’adhérents à peu près. Après, tout le monde ne suit pas à fond, vu qu’on joue à Gueugnon, avec le rugby c’est compliqué. A Verchère, ça va attirer un nouveau public, je pense qu’on va « grandir » avec ce stade.

 

Quel prix pour l’abonnement ?

 

Alors normalement, 180€. Comme on est une association, qu’on bouge beaucoup et qu’on fait les déplacements, le club nous fait un prix à 100€. Fin des matches à Jean Laville (le dernier face à Auxerre, le 31 Octobre 2015), comment ça s’organisait jusque-là ?

 

Au début, il y avait les bus affrétés par le club, le problème c’est qu’ils partaient à 17h30, moi par exemple avec le travail, c’était speed. Du coup, j’y allais en voiture.

 

 

Du coup, est-ce que vous avez attiré le public de Gueugnon ? Une idée de l’affluence moyenne ?

 

Bah, finalement, le public de Gueugnon m’a fait plus plaisir que le public de Péronnas l’année dernière au stade municipal. Je les sens plus derrière nous, depuis le premier match, ils nous encouragent alors qu’à Péronnas il n’y avait rien. Je trouve qu’ils ont bien assuré. On tournait entre 1000 et 1500 spectateurs, on va dire 1300 de moyenne *sourire*. On a fait une pointe à 2000, mais guère plus. A Verchère, je pense qu’on peut tourner à minimum 3000, après j’ai pas envie de m’avancer trop, je pense qu’on peut viser plus haut, surtout avec les résultats qui sont assez positifs… Et puis on voit du spectacle quoi, même si des fois on perd, il y a du jeu. On ferme pas le jeu même à 1-0.

 

(Entre temps, le match contre Nantes en Coupe de France a été joué en « inauguration » du nouveau stade Marcel Verchère avec sa belle pelouse semi-synthétique. La rencontre a rassemblé environ 5000 spectateurs, moins de la moitié de la capacité maximale du stade (horaire peu avenant, le Mercredi à 21h). Le prochain match de Coupe de la Ligue contre l’OM, le 16 Décembre à 18h45, devrait cette fois remplir pleinement le stade.)

 

Dejà des idées pour Verchère, des tifos, des chants ?

 

Ouais on va en profiter pour en faire quelques-uns (tifos, ndlr), pour le premier match de championnat contre le Paris FC, pas en CDL. Ce sera un match sympa et à enjeu, contre un « concurrent direct » on va dire. Ce sera à notre échelle hein, pas un gros truc, on a prévu de faire des animations aussi.

 

Comment est-ce que tu vis la popularité soudaine du FBBP (ville, réseaux sociaux etc…) ? Bon pour le club d’après toi ?

 

C’est vrai que quand je regarde la page Facebook, les sites sur la ligue 2 et tout, je vois des commentaires « FCBP » [temps d’arrêt] FBBP – même si j’aime pas le terme – en force ! Après au stade, je ressens pas la montée en puissance de cette popularité. Limite, je préfère qu’on soit inexistants sur Internet mais que l’engouement soit dans la ville et dans le stade.

 

 

En tant que supporter de la première heure, ça t’emmerde que les gens s’intéressent au club parce qu’il est en Ligue 2 ? Ou au contraire, tu penses que ça peut permettre de fédérer du monde ?

 

Quelque part ça m’emmerde parce que j’aime pas trop les opportunistes. Après, si ces personnes restent, c’est pas plus mal j’ai envie de dire. Mais ouais, si on doit redescendre un jour et que ces gens-là retournent leur veste… Comme tous les clubs champions, il y a de nouveaux supporters qui arrivent, peut-être que ça aidera à faire aimer le club aux jeunes. Ils en seront plus facilement supporters que ceux de ma génération, au lieu de se tourner vers l’OL, Paris…

 

Avec cette tendance des jeunes à se tourner vers les gros clubs plutôt que la modeste équipe locale, le football n’a jamais eu une place prépondérante à Bourg. Il est beaucoup pratiqué dans la ville et aux alentours, jouit d’une très forte popularité, mais concernant les institutions sportives de la ville ; le Basket et le Rugby l’emportent haut la main. En prenant le problème dans l’autre sens, l’engouement local pour ces deux sports a longtemps phagocyté la naissance d’une passion pour le FCBP. Néanmoins, la Jeunesse Laïque et surtout l’USB ont eu leur chance pour justifier les dépenses et aides de la ville (un éclairage installé pour près d’un million d’euros en marge de la saison 2013/2014 de PRO D2 pour les violets, finalement relégués), avec un succès des plus relatifs donc. Aujourd’hui, au travers des résultats et de la couverture médiatique, le FBBP 01 fait plus parler de Bourg-en-Bresse que jamais. Notre gobelet à présent désespérément vide, nous abordons la question avec Kevin :

 

Le FBBP est-il en passe de devenir la nouvelle figure de proue de la ville ?

 

Le foot, c’est beaucoup plus médiatisé, forcément ça va plus vite. Sans manquer de respect au rugby ou au Basket, la Ligue 2 c’est autre chose que la Pro D2 ou la Pro B, même la Pro-A pour la JL. Que ce soit au niveau financier, médiatisation, intérêt du grand nombre… Et pour nous c’est une première, même pour l’Ain en général. Il y a des trucs tout cons hein, mais on est montés en L2, je me suis acheté FIFA 16 juste pour jouer avec Bourg-en-Bresse. Jamais j’aurais imaginé ça un jour tu vois ? *Rire*. C’est beau ce qu’ils ont fait. Même en tant que supporter, j’me disais « peut-être » qu’on y arrivera un jour, mais c’était un rêve quoi. Et ça s’est réalisé. J’arrive toujours pas à imaginer, surtout en voyant les résultats. Maintenant faut que ça dure. Et si c’est le cas, on arrivera encore plus à amener du monde. J’ai toujours un petit côté pessimiste par rapport à certains clubs comme Arles-Avignon, Grenoble, ils sont montés rapidement et après… Faut se méfier financièrement, il n’y a pas que le sportif. En plus, quand le problème est financier, ça nous tombe dessus au dernier moment (aux supporters).

 

 

On a parlé de l’amour entre Bourg Péronnas et la Coupe, aujourd’hui vous en jouez tous les week-ends, des matchs de coupe…

 

Tu vois, la dernière fois qu’on est allé à Nancy, c’était contre la réserve en CFA 2. Maintenant on y va en tant que 4ème de Ligue 2 contre le 2ème. Tous les we, on regarde le calendrier, on se dit qu’on joue un gros. C’est impressionnant. Mais maintenant on s’y est fait, c’est la routine.

 

Concernant la fameuse « Coupe Moustache », là encore que des grosses rencontres. Ça vaut la peine de laisser des forces dedans pour un club comme le FBBP ?

 

Je vais t’avouer : cette coupe je l’aime pas. Après, y a 0-0 à la MT, tu joues le coup à fond, mais si tu perds 2-0, je me mets à la place des joueurs, tu vas pas te faire chier à remonter le score. C’est sûr y a des belles affiches, mais laisser des forces ou des blessés là-dedans… Le truc, c’est que financièrement, elle rapporte beaucoup cette coupe. Autant qu’un 1/8ème de CDF pour deux tours. On a le plus petit budget des clubs pros, pour nous 70 000€ c’est énorme. Pour Lyon, ça paye même pas un salaire…

 

Et la Coupe de France du coup ?

 

Perpétuer la tradition, ou objectif maintient avant tout ? Je prends exemple sur l’an dernier, élimination au 1er tour contre Ain Sud, montée en L2. Les autres années, on jouait bien la coupe mais en Janvier, Février, on s’écroulait. Là il faudra battre les clubs inferieurs je pense. Psychologiquement ce ne sera pas grave de les perdre ces matchs, mais autant jouer notre rôle. Après, si on tombe contre un gros…On fera du Péronnas.

 

Ton plus beau souvenir avec le FCBP ?

 

J’ai envie de dire la montée en Ligue 2. C’est récent, mais tout était fait pour que ce soit une bonne soirée. Obligé de l’emporter, Strasbourg qui gagne alors qu’on fait 0-0 à la mi-temps… On a flippé ! La montée, on aurait pu l’avoir avant, mais y aurait pas eu cette saveur particulière. Tout s’est joué au dernier moment. C’est vraiment beau ce qu’ils ont fait.

 

C’est vraiment beau ce qu’ils ont fait. Une belle phrase pour conclure ? Certainement pas, car il reste encore bien des lignes à écrire dans l’histoire de Bourg-Péronnas. D’une plume tenue par toutes les personnes qui font vivre ce club, dirigeants comme bénévoles, du terrain à la buvette. Du coup, si un jour tu passes en Bresse, que tu aimes le sport et éventuellement vider un godet dans une bonne ambiance, n’oublie pas de t’arrêter à Bourg. Tu y trouveras forcément ton bonheur.

 

Corentin Sirot

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