Football, Politique, Société : trois domaines totalement liés

Le football étant le sport le plus populaire, beaucoup de politiques s’intéressent à ce sport, comme notre Premier Ministre Manuel Valls, supporter du FC Barcelone ; Stéphane le Foll, porte-parole du gouvernement, qui a été joueur en DH ou encore, le président de la République François Hollande, très passionné par ce sport. Chaque affaire sportive comme Knysa en 2010 a toujours suscité des réactions de la part de la politique. Le football a toujours été accaparé par la politique, mais aussi par la société, pour diverses raisons.

 

A l’échelle locale : revendications identitaires, société, religions.

 

Allons d’abord voir à une échelle plutôt locale, surtout en Espagne où la régionalisation est bien plus importante qu’en France. On peut dire que le football permet à certaines idéologies de s’exprimer à travers des revendications identitaires, régionalistes plus exactement. Ivan Velez Cipriano, spécialiste du football espagnol a affirmé par exemple : « Les écussons, couleurs ou drapeaux qui représentent les équipes renvoient aux régions, royaumes et même aux aspirations politiques ».

 

Ainsi, on peut citer l’Athletic Bilbao : si on discerne son écusson, on constate les barres rouges et blanches qui représentent les couleurs du Pays Basque, puis au-dessus de ces barres, on peut apercevoir l’arbre de Guernica (c’est un chêne de la ville basque de Guernica), qui incarne symboliquement les libertés des Basques. Autre détail dans cet écusson, deux croix (une à gauche, une à droite). On pourrait l’interpréter par la représentation de la croix de Saint-André (qui est la croix verte dans le drapeau basque « l’ikurrina ») : elle est censée représenter le chêne de Guernica, c’est-à-dire la liberté multiséculaire des Basques. Ainsi, par ces interprétations, l’écusson par ces couleurs et symboles représentent l’identité régionale du club, le Pays Basque. En dehors du logo, le fonctionnement du club fonctionne avec ce particularisme basque, où le club est formé seulement de joueurs basques ou originaire du Pays Basque.

 

 

Autre exemple en Espagne : le FC Barcelone. Comme Bilbao, les Blaugranas ont une revendication identitaire, celle de la Catalogne. Rien que dans l’écusson, on peut constater en haut à droite les barres jaunes et rouge, représentant la senyera, le drapeau de la Catalogne (elle existe depuis le IXème siècle, elle arbore les anciennes couleurs du blason de la maison de Barcelone, puis du blason de Catalogne et de la Couronne d’Aragon, elle est l’emblème officiel de la Catalogne depuis 1979). En haut à gauche, c’est la croix de Saint-Georges, militaire romain chrétien. La Sant Jordi est une fête catalane le 23 avril, patron de la Catalogne. Le club catalan se veut représentant du catalanisme (cette notion existe à partir de la fin du XIXème siècle, où Prat de la Riba résumait ce mouvement « autour de l’idée d’une nation catalane » à l’intérieur d’un Etat espagnol plurinational). Exemple de la représentation et de cette assimilation du catalanisme avec une déclaration de l’assemblée des socios, le 27 juin 1920 : « Nous sommes du FC Barcelone, parce que nous sommes catalans. Nous faisons du sport car nous faisons patrie ».

 

Par la suite, avec la volonté de se séparer de l’Espagne et de se constituer son propre Etat, le FC Barcelone est la caisse de résonnance du soutien à l’indépendance de la Catalogne, par le biais de son stade, le Camp Nou. Par exemple, « In – de – pendencia ! » est crié à chaque match à domicile (depuis le sept octobre 2012 contre le Real Madrid), avec des Estelades sorties et agitées dans toute l’enceinte du stade (ce sont les drapeaux indépendantistes, où il y a un triangle bleu et une étoile blanche superposée sur la senyera), après dix-sept minutes et quatorze secondes de jeu. Evidemment, ce temps n’est pas choisi au hasard, puisqu’il rappelle, le 11 septembre 1714 et la défaite face aux armées franco-espagnoles : Barcelone capitule devant les troupes du roi d’Espagne, Philippe V et entraîne la disparition des institutions politiques catalanes et l’imposition du castillan comme langue unique. D’ailleurs, le 11 septembre est également la fête nationale catalane, la Diada. Tout ça représente concrètement l’identité régionaliste du Barça.

 

 

Ces deux exemples ne représentent pas leurs revendications régionalistes uniquement par les symboles, mais aussi par la langue. L’hymne de l’Athletic Bilbao, « Athleticen ereserkia » est composé en Basque en 1982 par Carmelo Bernaolo. L’hymne est joué pour la première fois au San Mamès le 30 mars 1983, et dans cet hymne, on peut constater des paroles en faveur du Pays Basque, nouvelle preuve du rapprochement identitaire et politique. Pour le FC Barcelone, le catalan a une place capitale pour la culture que veut représenter le club. Le catalan est la langue officielle du club depuis le 1er juillet 1916 sous l’impulsion de Gaspar Rosés, président du club à ce moment-là et ancien conseiller municipal à la mairie de Barcelone. La devise du club « Mès que un club » est encore un vecteur de cette assimilation au catalanisme, à la représentation de la culture catalane. L’hymne du club « El Cant del Barça » est rédigé entièrement en catalan. Le club de football n’est pas seulement une représentation idéologique mais aussi une représentation d’une classe sociale. Par exemple, à Séville, le FC Séville représentait la bourgeoisie alors que son rival, le Betis, incarnait le monde ouvrier et passait alors pour un club populaire. On est toujours dans cette bataille de classe contre classe, les bourgeois, les dominateurs, contre les ouvriers, les plus petits.

 

On peut également parler d’une représentation religieuse. Partons d’Espagne, et allons par exemple en Irlande du Nord, à Belfast. Linfield FC représente le protestantisme alors que son rival Cliftonville représente plutôt le catholicisme, le club étant situé dans un quartier catholique. Un duel bien plus connu du grand public, celui entre les Glasgow Rangers et le Celtic Glasgow. Le Celtic représente la religion catholique alors que Glasgow Rangers représente le protestantisme. Ainsi, le football est un sport pouvant représenter les différentes religions, classes sociales et des idéologies politiques avec par exemple une idéologie plutôt identitaire même si d’autres clubs peuvent incarner l’antifascisme, le communisme, l’anarchisme voire l’anarchisme, par le biais de ces supporters.

 

 

A l’échelle internationale : nationalisme, diplomatie, valeurs universelles

 

Allons voir maintenant à l’échelle internationale. Les pouvoirs politiques, notamment les régimes totalitaires ont instrumentalisé le sport, « il va permettre d’unifier la nation autour d’un objet symbolique qui va être la sélection » d’après Michel Raspaud, sociologue du sport. C’est aussi le cas avec l’Italie sous le régime fasciste de Mussolini où il affirme que les joueurs de la sélection italienne sont « soldats de la cause nationale ». Cette instrumentalisation permet à ces régimes de mettre en valeur l’équipe nationale comme une armée prête à aller faire la guerre et battre tous ses adversaires. On est bien dans un nationalisme pur et dur. En ex-Yougoslavie, le football sert de vecteur aux revendications nationalistes, par l’intermédiaire de leurs supporters, composés en groupe paramilitaires pendant la guerre civile des années 90. C’est le cas des Ultras du club de l’Etoile Rouge de Belgrade. Autre exemple, le football est lié aussi aux revendications révolutionnaires. En Egypte, lorsque Mohamed Morsi, président islamiste arrive au pouvoir en Egypte, les Ultras du célèbre club d’Al Ahly mènent la révolution, véritable incarnation du contre-pouvoir.

 

Le football est également concerné par les diplomaties entre pays. Ce sport peut permettre d’améliorer l’image entre deux pays qui ont connu le conflit guerrier ou le colonialisme. Un exemple d’un rendez-vous important, Turquie-Arménie (en rapport avec le Génocide Arménien qui débuta à partir de 1915, perpétré par les Turcs). Par la suite, en octobre 2009, quatre jours avant le match retour, un accord historique est signé entre les deux pays. En Coupe du Monde 1998, le match Etats-Unis contre l’Iran était un évènement pouvant permettre une certaine réconciliation. L’organisation de la Coupe du Monde 2002 est aussi un autre exemple, avec le Japon et la Corée du Sud. Il n’y avait pas une certaine entente entre les deux pays, notamment par le passé du gouvernement impérial japonais qui a contrôlé et exploité la Corée du Sud grâce au traité de d’annexion de la Corée, signé en 1910. Le fait de faire organiser ce mondial avec les deux pays pouvaient favoriser une réconciliation diplomatique, démontrant encore une fois, le rôle de médiateur diplomatique du football. Autre exemple, un match amical entre les New-York Cosmos et la sélection cubaine, évènement historique entre deux pays en conflit depuis plus d’un demi-siècle.

 

 

Le sport en général doit montrer l’exemple et incarner les valeurs universelles, la liberté individuelle et naturelle de l’individu. Le football par son influence dans le monde a pu envoyer beaucoup de messages, notamment l’opposition contre le racisme, des minutes de silence effectuées en hommage aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris, la parité homme-femme. Le stade est un lieu de liberté d’expression, et les supporters par le biais de banderoles peuvent transmettre des messages importants, des revendications politiques. Le stade est par exemple un lieu de contre-pouvoir pour exprimer son opposition contre les dictatures, ce qui est le cas en URSS. Les Ultras peuvent également apporter leur soutien pour diverses causes comme l’accueil de réfugiés syriens, ce qui était le cas en Allemagne.

 

Raphael Benbouhou

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