IncOMpréhensible

L’Olympique de Marseille est un club atypique. Cette saison en est l’illustration parfaite à tous les plans, qu’il s’agisse du sportif ou de l’administratif. Après avoir de nouveau laissé des points au Vélodrome contre Ajaccio (1-1), à l’inverse de performances abouties à l’extérieur, les hommes de Michel nous laissent dans l’incompréhension. Retour sur un été de « fadda » et une première partie de saison pour le moins… paradoxale.

 

Là où tout a commencé…

 

On se rappelle de « PhénOMénal », le jeu de mot qui avait servi de résumé suite au renversant succès à Dortmund en décembre 2011 (2-3). Si l’inspiration est toujours de mise, le sourire, lui, est loin de se lire sur les visages olympiens. Vincent Labrune, aujourd’hui devant le juge pour répondre à une enquête au sujet de transferts douteux, a tout eu sauf le temps de profiter de l’été marseillais. Après la vague de départs (Gignac, Ayew, Payet, Imbula, Morel, Fanni, Thauvin) durant laquelle l’OM a perdu son épine dorsale, les supporters marseillais n’étaient pas au bout de leur peine. La défaite initiale face au Stade Malherbe de Caen faisait figure d’euphémisme avant le coup de tonnerre. Quelques minutes après le match, en conférence de presse, Marcelo Bielsa annonce sa démission et quitte le navire. Le Vélodrome perd son idole et les joueurs leur pilote. Si la direction et le technicien argentin se sont renvoyés la balle, en s’accusant de multiples tords de part et d’autres, une chose est sûre : l’OM se retrouve à ce moment-là sans coach. 10 jours plus tard, Michel est officialisé au poste d’entraîneur et l’équipe commence peu à peu à se recomposer. Déjà installé, Rekik est rejoint par Manquillo, Rolando et De Ceglie en défense. Lassana Diarra, Isla, Lucas Silva, Nkoudou et Sarr viennent compléter le milieu tandis qu’aucun numéro 9 n’arrive sur la Cannebière malgré une nécessité évidente de redoubler un poste uniquement occupé par Batshuayi. Le nombre de prêts (cinq au total) souligne l’incertitude et le danger de la stratégie olympienne puisqu’à l’issue de la saison, une nouvelle vague de départs pourrait avoir lieu… Après un nouveau revers à Reims (1-0), l’ancien entraîneur de l’Olympiakos prend donc les rennes de l’Olympique de Marseille courant août. Et en quelques mois, qu’il s’agisse de discours, de pratique ou de résultats, « l’effet Michel » a accouché de bon nombre de particularités.

 

 

La charge espagnole

 

L’arrivée et les déclarations d’un nouveau coach étranger sur la Canebière ont soulevé plusieurs questions. Si le passage de Bielsa a permis de voir une équipe de Ligue 1 produire du jeu et ses joueurs être capables de se surpasser, Michel n’a pas tardé avant de faire renaître un problème récurrent dans l’Hexagone. Un peu plus d’un mois après avoir posé ses valises sur le Vieux Port, au moment d’aborder la réception du Slovan Liberec et quatre jours avant le clasico, le milieu de la Quinta del Buitre s’est montré surpris « par les joueurs qui ne veulent pas trop jouer, qui veulent se préserver. Avant de poursuivre : Je dois l’accepter, m’adapter. Moi, je voulais jouer tous les matchs, visiblement ici ce n’est pas le cas. Je dois m’habituer à la mentalité ». Souvent fustigée, la formation française en prend alors pour son grade, alors que dans le même temps, elle est ostensiblement visée en Angleterre où un certain Florian Thauvin en est son bouc émissaire. Un peu plus de deux mois après son intervention remarquée, Michel a de nouveau pointé du doigt les failles de son équipe. Et à l’écouter, elles ne sont pas uniquement techniques : « On a utilisé beaucoup de tactiques, de joueurs et d’idées, y compris sur le plan émotionnel. Si je ne leur dis pas avant le match contre Ajaccio qu’on peut être cinquièmes pour ne pas leur mettre de pression, alors je ne sais pas quoi faire d’autre… Les joueurs devraient le savoir. Mais attention, on dirait que certains ne le savent pas et, au final, ils portent préjudice aux autres… ». Alors sur qui doit compter Michel ? La stabilité a tardé avant de se lire sur la feuille de match olympienne. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’aujourd’hui encore, elle est loin d’être réelle. Si à certains postes, la présence de piliers est indiscutable, la multitude de changements effectués à d’autres montre qu’elle peut aussi l’être beaucoup moins…

 

Sur qui compter ?

 

Entre Nkoudou, Ocampos, Barrada, Cabella et Alessandrini, le technicien espagnol a tardé avant de choisir qui allait occuper les ailes, et qui allait se positionner en dix. Depuis quelques semaines, l’ancien milieu montpelliérain a retrouvé son niveau d’antan et a les clés du jeu phocéen. D’abord relégué sur le banc, le jeune Nkoudou a réussi à sortir son épingle du jeu et semble être aujourd’hui un élément sûr à l’aile. Si Diarra a unanimement assuré sa place, celle de son binôme a longtemps été instable, bien qu’Isla paraît être, depuis quelques matchs seulement, le plus à même à répondre aux attentes de Michel. Quant à Dja Djé Djé, son retour en forme l’a ramené sur son flanc droit au détriment de Javier Manquillo. Mais ce n’est pas tant ce secteur de la défense qui inquiète du côté provençal : l’axe reste le problème majeur. Rekik ? L’alignement et l’assurance lui font défaut. Rolando ? Le niveau de jeu qui était le sien pendant ses heures portugaises semble lointain… A côté, si Nkoulou est toujours maintenu, il a lui aussi a perdu de sa superbe. Sparagna, qui incarne la jeunesse marseillaise, n’a disputé que deux matchs durant lesquels l’arrière garde olympienne ne s’était pas tellement montrée à son avantage (défaites 0-1, contre Caen et Nice). L’alternance caractérise le mieux une défense centrale marseillaise qui n’est restée stable que durant six matchs consécutifs (du déplacement à Reims à celui en terre toulousaine inclus). Utilisée constamment depuis la victoire à St-Etienne, la charnière Rekik-Nkoulou a de nouveau subi des ajustements. Dimanche, c’est Rolando qui a été positionné à côté de Nkoulou tandis que Michel n’a pas hésité à se passer des services de Rekik, apte à jouer, mais envoyé pour la deuxième fois de la saison en tribunes. Celles du Vélodrome qui, d’ailleurs, commencent à s’impatienter.

 

 

Le Vélodrame ?

 

« L’ère Michel » a pourtant bien débuté. Victorieux de Troyes après un match éclatant (6-0), les marseillais tombent à Guingamp (2-0) avant d’offrir un nouveau feu d’artifice à ses supporters au Vélodrome (4-1). Mais après plusieurs faux pas à domicile, ce sont encore deux points qui ont été laissés sur la route dimanche contre Ajaccio (1-1). Les marseillais n’ont pas réussi à balayer la disette qui les domine depuis douze semaines au Vélodrome. Quinzièmes du classement à domicile, ils ont disputé un match de plus dans leur antre que les cinq équipes qui les précèdent et peuvent du coup tomber… au dix-neuvième rang. Au même moment, l’an dernier, les marseillais étaient sur une série de huit succès consécutifs au « Vél’ ». Aujourd’hui, et trois mois après la victoire contre Bastia (13 septembre), Marseille cherche encore l’ouverture à la maison. La dernière grande série noire à domicile n’est pas si lointaine puisqu’en 2012, lors de l’ultime saison de Didier Deschamps sur le banc olympien, les travées de l’enceinte encore en reconstruction avaient attendu presque quatre mois, entre mi-janvier et début mai, avant de retrouver goût au succès. Si l’OM possède actuellement la deuxième pire défense à domicile, il peut justifier son mal être au Vélodrome par le classement des adversaires qui sont venus prendre un ou trois points : les Marseillais, neuvièmes, ont affronté, toutes les équipes du top 8 (excepté Paris et Saint-Etienne) à domicile. Mais les défaites contre certaines d’entre elles (Angers et Caen notamment) ont laissé un goût amer sur la Cannebière. Et ce, non pas pour le prétendu niveau des adversaires, mais bel et bien pour les ambitions du club. Loin s’en faut, le plus grand stade de l’hexagone n’a pas trouvé des pensionnaires à la hauteur de l’écrin.

 

Air OM où la soif d’exotisme

 

Si l’OM a basculé du bon côté du tableau depuis son succès à Rennes, il ne le doit donc pas à ses prestations à domicile. Les marseillais, qui peuvent potentiellement basculer dans le top 4 dans le classement à l’extérieur, sont sur une série de quatre succès hors de leurs bases. Plus étonnant encore, ils ont empoché la majeure partie de leurs 24 unités à l’extérieur (13 contre 11 au Vélodrome), chose rarissime pour un club comme l’Olympique de Marseille. Dimanche contre Ajaccio, et une semaine auparavant contre Montpellier (2-2), ils n’étaient pas parvenus à confirmer un déplacement réussi en terre rennaise. Comme ils en avaient manqué l’occasion face à Monaco (3-3) après la victoire à St-Etienne (0-2) ; et face à Nice (0-1) après les victoires à Lille et Nantes (1-2, 0-1). Des destinations qui n’ont pas forcément pour habitude de sourire au club phocéen puisqu’ils ont mis fin à quatre matchs sans victoire à la Beaujoire tandis qu’ils n’avaient plus gagné à St-Etienne depuis 2009. Entre les deux derniers nuls à Marseille, les troupes de Michel sont allés valider leur qualification en seizième de finale de l’Europa League en République Tchèque. Après s’être encore compliqué la vie suite à un nouvel accroc au Vélodrome face à la modeste équipe du Slovan Liberec (0-1), l’OM a montré son visage conquérant étrenné en déplacement pour s’imposer et se qualifier (2-4). En seizièmes de finale, Marseille croisera la route de Bilbao et se déplacera au retour dans un San Mames où seuls le Réal et le Barça sont allés s’imposer. Et contre toute attente, pas sûr que le déplacement en terre basque soit la manche la plus redoutée par les supporters olympiens…

 

 

Dimanche, Michel et son équipe clôtureront la phase aller dans une région qui ne sourit pas au club. Depuis octobre 1977, Marseille n’a plus gagné à Bordeaux. Si l’an passé, l’OM n’était pas parvenu à battre la formation girondine pour son dernier déplacement à Chaban Delmas, Cabella, Mandanda et consorts découvriront le gazon du Matmut Atlantique. Une victoire serait synonyme de petit exploit, surlignerait les deux visages affichés par l’OM et nous plongerait plus que jamais… dans l’incompréhension. Et avant d’éventuellement s’en inquiéter, on se rappellera ces mots d’Hubert Reeves : « Je ne comprends pas. Comment cela est-il possible ? dit l’homme de bon sens. La réponse, c’est qu’il n’y a rien à ‘’comprendre’’. C’est comme ça ».

 

Quentin Marais

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