Quel avenir pour les Girondins de Bordeaux ?

On ne va pas passer par quatre chemins, la première partie de saison des Girondins n’est pas fabuleux. Avec des joueurs possédant trop de lacunes techniques, tactiques, les prestations proposées sur le terrain le démontrent et en conséquence, le jeu pratiqué et le classement n’est pas à la hauteur d’un club qui a une place très forte dans le football français. Mais ne soyons pas pessimiste à ce point, des éléments positifs sont à mettre en perspective. Comment le club peut envisager la deuxième partie de saison ?

 

En ce mois de janvier, Bordeaux pointe actuellement à la 10ème place du championnat. Les Girondins ont été aux portes de la zone rouge notamment au moins de novembre, ce qui a entraîné une crise au sein du club et plus particulièrement chez les Ultrasmarines qui ont entamé un enchaînement de colères totalement légitimes. L’accueil hostile à l’aéroport Bordeaux Mérignac après la piteuse défaite contre le GFCO Ajaccio 2-0, ou le stade qui se vide d’un coup à 5 minutes de la fin contre le Stade Malherbe de Caen (défaite 1-4), il y en a eu des péripéties. Les Ultras n’avaient pas l’intention de laisser respirer une direction à l’agonie et incompétente sur le plan sportif, en demandant la mise en place de certaines mesures comme celle d’avoir un directeur sportif au sein du club, ce que ce dernier ne veut pas faire. Cette première partie de saison a été plus mouvementée en interne que sur le terrain. Il fallait au sein de ce club, une prise de conscience de la part des joueurs et de la direction (De Tavernost, l’actionnaire et le président Jean-Louis Triaud).

 

 

Le mois de décembre voit les Girondins se réveiller, même si la qualité de jeu est loin d’être au rendez-vous. Depuis le 2 décembre et une défaite 1-0 à Bastia, les Girondins n’ont plus perdu toutes compétitions confondues. Mieux, le mois de janvier est paradisiaque avec 5 victoires en 5 matchs. En championnat, Bordeaux renoue avec le succès en s’imposant difficilement contre Guingamp, et ne laisse pas passer la défaite contre l’OM, pour conserver son invincibilité à domicile contre eux. Surtout, le 9 janvier 2016, a vu le club dirigé par Willy Sagnol enfin accrocher sa première victoire à l’extérieur de la saison. Déjà tout proche contre Angers où l’égalisation des locaux a eu lieu à 10 minutes de la fin, Bordeaux n’a pas laissé filer sa chance à la Mosson depuis ce but à la 16ème minute de Cheick Diabaté à la suite d’une confusion sur un corner. De plus, les Girondins confirment à domicile avec une victoire contre le LOSC, avant-goût de la demi-finale de la Coupe de la Ligue, 1 à 0 par une tête de Diabaté. Il y a quand même des éléments positifs à en tirer, puisque Bordeaux n’est pas vraiment largué pour les places européennes. Surtout, le club de la Gironde est encore en lice dans les deux coupes nationales, grâce à ce mois de décembre et début janvier favorable aux résultats. Deux belles victoires en Coupe de la Ligue contre Monaco (3-0) et Lorient (2-0) à domicile, permettent aux Girondins d’être à un match du Stade de France pour enfin donner de la folie à ses supporters. Pour cela, il faudra passer l’obstacle lillois dans le Nord, mais il faut rappeler que les Girondins n’ont jamais perdu une demi-finale de Coupe de la Ligue. Enfin, les Girondins ont eu la réussite du champion en 1/32ème contre Fréjus (3ème division), puisqu’ils s’en sortent grâce à un ciseau de Rolan à la 91ème minute. Le match suivant à Angers pour le compte des 1/16ème voit les Girondins enchaîner avec une équipe bis, et il y a eu du mieux dans le jeu produit grâce au but de Jussie et Crivelli, même si les imperfections sont toujours là.

 

Au final, si on se met dans cette mentalité avec l’obsession du résultat et seulement du résultat, du chiffre, la première partie de saison n’est pas trop mauvaise, et les Girondins enchaînent. Mieux, elle entretient de l’espoir avec seulement 4 points de retard sur le 4ème Nice et à 5 points du podium. Les girondins sont à deux matchs d’acquérir une Coupe de la Ligue, donc un titre, et peut toujours rêver également en Coupe de France, et pourquoi pas aller au bout comme en 2013 sous les ordres de Francis Gillot. Mais dans le fond, que ce soit sur l’attitude des dirigeants, ou la prestation des joueurs, il faut avoir du recul et affirmer que cela n’est pas suffisant, surtout pour un club qui a une place aussi forte dans le football français, même si il faut l’admettre, c’est en bonne voie. Carrasso a bien affirmé son ambition de jouer les places européennes, ce que doit faire chaque année Bordeaux. Mais lorsqu’il faut aligner ne serait-ce trois passes, cela est quasiment impossible, ou la tactique se limite à ne pas avoir de l’audace, les choses deviennent compliquées d’un coup. Les lacunes techniques de joueurs comme Poko (pourtant très généreux sur le terrain), Chantôme ou Abdou Traoré ne peuvent pas permettre aux Girondins d’avancer convenablement et de servir une attaque, elle aussi très limitée. Les blessures récurrentes de Diabaté, un Crivelli pas assez tueur (même si il est dans une bonne phase de progression) et Kiese Thelin qui n’a pas du tout le niveau n’arrangent pas les choses. Résultat des courses, le jeu est monotone, faible, sans âme et les supporters s’endorment, comme-ci regarder un match de football était une berceuse. Toutefois, le dernier match contre Angers avec une équipe bis était bien moins soporifique que d’habitude, grâce notamment au vent frais apporté par Vada et Ounas.

 

 

De plus, il faut traiter la question de la mentalité des joueurs. Willy Sagnol est visé, notamment pour ses choix de recrutements qui sont loin d’être bénéfique (exemple flagrant avec Contento, qui est un échec cuisant). De plus, ses tactiques ne sont pas toujours cohérentes et on ne sait pas vers où il se dirige sur le plan du jeu, avec sa troupe. Mais tout mettre sur le dos de l’entraîneur est trop facile, et il faut reconnaître qu’il n’est pas aidé déjà par la qualité de certains joueurs (heureusement qu’il y a quelques joueurs de qualité, qui seront cités tout à l’heure), et de leur mentalité. Sagnol ne devait pas s’attendre à ce que des joueurs sortent en boîte de nuit 2 jours avant un match, ou ne se donnent pas à fond à l’entraînement, cas typique et classique dans le football français. Avec des joueurs qui ne s’impliquent pas à 100% dans ce métier (oui footballeur professionnel reste un travail comme un autre), cela signifie concrètement un manque de volonté, et cela peut se voir sur le terrain. Mais dans cette première partie de saison, des bordelais apportent de l’air frais, pour le bien des Girondins de Bordeaux, voire du football français en général. Incontestablement, Wahbi Khazri, par son activité sur le terrain, ses qualités techniques, est le meilleur girondin et a suscité la convoitise d’un club comme le Celta Vigo (ce qui n’est pas rien, surtout pour anticiper éventuellement un départ d’un top joueur comme Nolito). Il est le meilleur buteur et le meilleur passeur du club avec 6 buts et 7 passes, et il a joué 28 matchs (soit autant que Carrasso et juste 1 de moins que Poko). Par ailleurs, Triaud a déclaré récemment que le joueur est intransférable, ce qui signifie l’importance fondamentale qu’il a acquis au sein du club.

 

Autre joueur à mentionner, Nicolas Pallois. Même si son geste contre Rennes n’est pas un exemple et lui a valu une longue suspension (certes sévère), il reste le patron de la défense, et rassure ses collègues, en premier Carrasso. Tellement important en défense que le très probable départ de Lamine Sané en direction d’Aston Villa ne sera pas une énorme perte sportive. Mieux, ça permettra au club de se renforcer grâce à l’argent du transfert récolté et une grosse masse salariale libérée. Du coup, il faut en profiter pour parler de Saivet, parti à Newcastle pour 6 millions d’euros, une aubaine pour le club, et qui n’aura donc aucune excuse pour recruter. Il faut dire que ces performances au poste de relayeur l’a mis en valeur et ses 4 buts marqués ne sont pas passés inaperçus. Sinon, pour en revenir à l’emploi de « air frais », cela n’a pas été choisi par mes soins au hasard, puisqu’il faut faire référence aux jeunes. Sagnol a lancé Crivelli, Guilbert, Maulun, Ounas ou encore Valentin Vada. Et ces jeunes apportent un peu de folie, et d’espoir. Ounas et Vada par exemple ont démontré beaucoup de qualité balle au pied, de l’envie, une bonne mentalité, celle d’aller vers l’avant, de prendre des risques. Ne serait-ce qu’au minimum d’avoir cette envie offensive est déjà un bon pas. Crivelli apporte des possibilités dans le jeu, ce qui lui permit de jouer 24 matchs, soit le plus grand nombre de matchs joués chez les attaquants, à égalité avec Rolan. Mais avec seulement 5 buts inscrits, comme je le dis plus haut, il n’est pas un tueur devant le but et ce manque d’instinct du 9 lui fait défaut. Surtout, le jeune qui a le plus apporté est bien Ounas, qui a inscrit 3 buts en 12 matchs, et a obtenu son contrat professionnel. De plus, il est en passe de jouer pour la sélection algérienne.

 

 

A l’issue de cette première partie de saison, mettons en place un XI avec les joueurs les plus utilisés par Willy Sagnol, toujours au club (Saivet ne sera pas comptabilisé puisqu’il a été transféré) : Carrasso ; Guilbert – Yambéré – Pallois – Contento ; Plasil – Poko – Maurice-Belay – Khazri ; Crivelli – Rolan.

 

Même si il faut prendre en compte les joueurs touchés par les blessures, comme Sané, Diabaté, on constate quand même que ce XI des joueurs les plus utilisés a des éléments pertinents sur lesquels il faut s’appuyer. De plus, grâce à la vente de Saivet et de Sané bientôt, le recrutement d’un attaquant, d’un défenseur aux côtés de Pallois et surtout d’un 6 pour pouvoir relancer correctement est indispensable pour Bordeaux. Mettre dans le XI cette colonne vertébrale : Carrasso – Pallois – le 6 recruté – Khazri – Maurice-Belay – attaquant peut être intéressant (ou au mieux, Diabaté). Avec un gardien de qualité qui a le respect du vestiaire, un patron de la défense qui aura un défenseur régulier et sachant relancer au sol à ses côtés + 2 arrières droits jeunes (Guilbert et Gajic) qui ne demandent qu’à progresser et sauver les meubles en arrière gauche : la ligne défensive peut alors avoir un potentiel intéressant. Au milieu, seul Khazri se démarque des autres et a la possibilité de jouer au milieu à gauche ou en 10. Maurice-Belay avec sa qualité technique peut faire la différence à tout moment et sa présence dans un XI titulaire paraît évidente. Avec l’achat d’un 6 de qualité, on peut alors se poser la question du 4ème individu au milieu. Sagnol doit-il mettre un joueur d’intensité comme Poko ou un joueur habile avec le ballon comme Vada ? Dans ce cas, un 4-4-2 losange serait mis en place, avec le 6 recruté (ou le limité Chantôme), puis à gauche Maurice-Belay, à droite Vada ou Poko, Khazri en chef d’orchestre et les deux attaquants, sûrement Diabaté avec à ses côtés Crivelli, Rolan ou un attaquant recruté.

 

Mais le 4ème milieu peut être Plasil, qui offre de la garanti concernant la maîtrise technique du ballon. Ainsi, avec encore l’hypothèse d’un 6 acheté, on serait dans l’optique de mettre en place un système 4-4-2 avec un double pivot devant la défense (Plasil + Chantôme ou le 6 recruté), puis un milieu gauche et droit positionné plus haut, où l’on retrouverait les joueurs les plus habiles techniquement, Maurice-Belay et Khazri, ou pourquoi pas Adam Ounas qui apporterait beaucoup dans le couloir droit. L’attaque serait toujours de 2 pointes, même si l’achat d’un joueur qui a comme caractéristique principale d’être un renard des surfaces serait bénéfique pour les Girondins de Bordeaux qui ne possèdent pas ce profil. Sagnol pourrait insister davantage sur les jeunes joueurs qui ont apporté beaucoup de satisfactions. La titularisation d’Ounas et Vada serait osée selon les observateurs mais leurs performances ont prouvé qu’ils pouvaient s’imposer au haut niveau. Avec une Ligue 1 qui régresse de plus en plus, ces jeunes pourraient bien en profiter justement pour percer et réussir au plus haut niveau. Alors, pourquoi ne pas tenter un 4-3-3 avec dans le milieu à 3, le 6 recruté ou Chantôme puis Plasil et Vada, et le trio en attaque serait composé de Khazri en ailier gauche, en ailier droit Maurice-Belay ou Ounas. Et en pointe, un vrai renard des surfaces recruté ou au mieux Diabaté, voire Crivelli. En tout cas, il sera intéressant de voir le recrutement que fera les Girondins, et les supporters attendent cela avec impatience.

 

 

Enfin, il est surtout important de mettre en place une identité de jeu. On ne sait pas où Willy Sagnol veut se diriger. Va-t-il établir un jeu de possession, de conservation du ballon ? Ou alors, un jeu direct style Klopp, très rapide ? Ou pourquoi pas, un jeu de contre, c’est-à-dire qu’on laisse l’adversaire prendre l’initiative et on le prend en contre avec des joueurs très rapide, remontant très bien la balle. Il faut que les Girondins de Bordeaux déterminent cette identité de jeu qui leur manque beaucoup.

 

La deuxième partie du mois de janvier va être déterminant pour l’avenir de ce club durant la saison. Premièrement d’un point de vue sportif puisqu’il y aura 2 matchs de championnats, contre Nantes et Rennes. Surtout, le mardi 26 janvier, il y a la ½ finale de la Coupe de la Ligue, avec à la clé cette fameuse finale au Stade de France dont les Girondins ne veulent pas louper cette occasion en or. Deuxièmement, ce mois de janvier dans le monde du football est bien sûr caractérisé par le mercato hivernal, et Bordeaux doit se renforcer comme ça était dit ci-dessus, en défense, au poste de 6 juste devant la défense et un attaquant efficace. Si le mois de janvier se termine avec 4 points sur 6 pris, une qualification en finale de la Coupe de la Ligue, de la qualité de jeu produite, et un 6 + un attaquant recrutés, ça sera une réussite et Bordeaux pourra alors envisager l’avenir plus sereinement. Et qui sait, avec une belle 4ème place et un titre remporté en coup ? L’espoir fait vivre.

 

Raphael Benbouhou

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