Jérémy Ménez : le clown triste. – Artn’sport

 

Dimanche soir pour le compte de la 12ème journée de Ligue 1, les parisiens sont allés chercher le point du match nul sur la pelouse de l’ancien Champion : Montpellier. Dans ce match très disputé, qui fût un brin biaisé par l’exclusion rapide du capitaine francilien  Mamadou Sakho pour un tirage de maillot dès la 11ème minute de jeu, on a vu notamment briller le côté gauche de la formation menée par Ancelotti. En effet, Maxwell et surtout Ménez ont activement participé à ce bon résultat obtenu dans la difficulté, ce duo étant à la construction et à la finition de l’unique but du PSG. L’attaquant parisien a d’ailleurs offert à ses supporters, une fois n’est pas coutume, un match complet plein d’allant et d’envie, autant de qualités qui lui font souvent défaut et attirent à son encontre les critiques les plus virulentes.

Car ce joueur a l’art de faire enrager le public, de cristalliser sur sa personne toutes les critiques qu’on peut émettre sur son équipe ou même sur l’archétype du footballeur moderne. Nonchalance, manque d’implication, coupe de cheveux presque immorale, caractère antipathique… les griefs contre le numéro 7, devenu papa il y a quelques jours, sont nombreux et parfois à la limite du débat sportif. Si on le juge sur ses prestations au sein du Paris Saint-Germain on constate un important dilettantisme, celui-là même qui l’a suivi de Montbéliard jusqu’à la ville aux sept collines et qui s’étale au grand jour au sein de la formation francilienne. Et pourtant les qualités techniques et la vitesse de cet attaquant, au sens moderne du terme, ne sont pas à prouvées, elles s’étalent aux yeux de tous lors de ses longs rushs solitaires ou encore lors de ses audacieuses combinaisons avec le géant Zlatan.

Oui mais voilà, ces éclairs dans le jeu se finissent souvent en occasions ratés ou en balles perdues, et l’artiste prodige, le jeune poète au sourire rare,  devient rapidement un  génie incompris au talent gâché. Daniel Riolo, célèbre journaliste de la radio RMC, résume très bien cette propension qu’a Jérémy Ménez, à enchanter puis à décevoir, par la formule « épatant/exaspérant ». Il se propose même de noter à chaque match les actions épatantes et les autres exaspérantes afin de se rendre enfin compte de l’apport de ce garçon, lui qui déroute autant les défenseurs que les observateurs avisés. 

Afin de se faire une idée plus précise de son réel niveau, on se tourne naturellement vers ses statistiques. Mais là encore, on se retrouve confronté à d’autres contrastes flouant un peu plus l’image que l’on peut se faire de lui. Ainsi ce joueur de percussion, individualiste qui brille par ses crochets, ces accélérations et horripile par ses pertes de balles répétées, son manque d’implication défensive, a terminé meilleur passeur décisif de son équipe la saison dernière avec 12 passes, à 3 unités seulement de la perle de belge Eden Hazard. Par ailleurs, il a également marqué 11 buts, toutes compétitions confondues, pour 53 matchs disputés, auxquels on peut rajouter ses 16 passes décisives, pour arriver à cette statistique : Jérémy Ménez aura était décisif en moyenne un match sur deux. Cette saison commence plus doucement pour lui avec seulement 4 buts et 3 passes décisives en 20 rencontres.

Les chiffres confirment ainsi cette dualité, cette faculté à être moyen, voire médiocre, alors que surgissent souvent des aptitudes et des gestes rappelant ceux des meilleurs joueurs Européens. Là où d’autres se verront attribués la note de 5 par la presse à cause d’un niveau moyen et d’une prestation passée inaperçue, Jérèmy obtiendra la même note qui découlera cette fois-ci de la moyenne faite entre les actions de classe et les actions de cours d’école.

Dès lors que doit-on alors attendre de sa part pour cette saison et pour les années à venir ? N’oublions pas qu’il n’a encore que vingt-cinq ans et que Didier Deschamps compte vraisemblablement sur lui pour la Coupe du Monde 2014 au Brésil, au point de l’aligner très souvent sur le flanc droit de l’équipe de France et d’en faire l’un de ses titulaires. Au vu, toujours, de ses statistiques on constate un net progrès au fil du temps : il a par exemple marqué, dans sa première saison parisienne, autant de buts que durant ses trois années à la Roma. Au vu de ses prestations, le doute est encore de rigueur, mais le match de dimanche nous a laissés entrevoir un Ménez plein de ressources écumant le front de l’attaque, apportant un coup de main à la récupération et à la relance.

Par son activité, il a compensé presque à lui tout seul l’infériorité numérique de son équipe, pendant cinquante minutes. Mais saura t-il conserver ce niveau de jeu pendant toute la saison ? Saura t-il, ce clown au visage triste, enchanter le public du Parc des Princes ? Saura t-il redonner la foi à tous les amoureux des bleus et conduire sa sélection jusqu’à Rio en 2014 ? Une chose est sûre : il restera, par son talent footballistique et par sa personnalité controversée, un homme de spectacle attirant vers lui tous les regards et tous les commentaires, sans pour toutefois donner l’impression de se réjouir d’occuper le devant de la scène.

Cyril Daufresne

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