
Derrière ce constat, il n’y a pas une opposition entre le stade éclairé et le terrain municipal, mais une réalité de déplacements, de voitures partagées tant bien que mal et de week-ends où des centaines de milliers de personnes font vivre le jeu.
Le poids des trajets, avant celui des tribunes
Fondatrice du cabinet Utopies, Elisabeth Laville travaille avec la Fédération française de football sur un outil de calcul de l’empreinte carbone match par match. Elle rappelle que, dans les grandes compétitions, les transports sont de très loin le principal poste d’émissions: pour le football professionnel, les déplacements des spectateurs représenteraient environ 63 % de l’empreinte, ceux des équipes et des salariés 13 %.
La Coupe du monde 2026, étendue à trois pays, 16 villes hôtes et 104 matches, donne une image spectaculaire de cette mécanique. « Le problème n’est pas le foot en lui-même, mais l’explosion des mobilités », explique-t-elle, en pointant les distances considérables et la fréquence accrue des trajets en avion.
Mais le football de proximité connaît la même équation, à son échelle: un éducateur qui prend son véhicule pour rejoindre le district voisin, des parents qui organisent le covoiturage, une équipe qui cherche un minibus faute de solution collective. Une logistique discrète, répétée chaque samedi et dimanche.
Un million de matches à faire tourner
Laville chiffre l’empreinte du football professionnel français à environ 275 000 tonnes équivalent CO2, contre 1,152 milliard pour le football amateur. Elle relie cet écart à l’ampleur du tissu amateur: 2,4 millions de licenciés, un million de matches par an et 400 000 bénévoles mobilisés chaque week-end.
« C’est mathématique », dit-elle. Ce n’est pas un procès fait aux petits clubs: c’est au contraire la mesure de leur implantation. Le foot amateur ne se résume pas à onze joueurs et un arbitre; il met en mouvement des familles, des éducateurs, des dirigeants, parfois plusieurs équipes sur une même journée. À l’échelle d’un village ou d’un quartier, chaque déplacement paraît modeste. Additionnés sur une saison, ils dessinent un autre bilan.
Ne pas réduire le club à son empreinte
Le risque serait de transformer cette donnée en accusation contre les associations déjà prises entre les cotisations, les créneaux de terrain et les budgets de transport. Elisabeth Laville insiste sur ce point: « Si on réduit le foot à son empreinte, on passe à côté de son utilité sociale. C’est le troisième lieu d’éducation après la famille et l’école. »
C’est probablement là que le débat doit se tenir, au bord de la main courante. Non pas demander aux bénévoles de faire davantage avec moins, mais regarder ce qui rend les déplacements inévitables et ce qui peut, localement, les organiser autrement. L’outil élaboré pour la FFF, centré sur l’impact de chaque match selon les modalités de trajet et le pays, pose au moins une question concrète: dans la vie ordinaire d’un club, qui vient comment, et à quel prix — pour les finances comme pour l’environnement?