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Italie et Coupe du monde : les raisons de ses échecs récents
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Italie et Coupe du monde : les raisons de ses échecs récents

Le silence qui suit un tir au but manqué n'a pas la même densité partout. À Zenica, dans la nuit du 31 mars 2026, ce silence-là avait le poids d'un siècle.

Italie et Coupe du monde: les raisons de ses échecs récents

La cinquième tentative

L'Italie venait de laisser passer sa troisième Coupe du monde d'affilée, éliminée aux penalties (4-1 t.a.b.) par une Bosnie-Herzégovine qui n'avait rien d'un cador continental. Le 1-1 au terme de la prolongation n'avait déjà plus d'importance: la Squadra Azzurra sortait par la porte des barrages, comme en 2017 face à la Suède et en 2022 face à la Macédoine du Nord. Trois rendez-vous manqués, trois mêmes couloirs de sortie.

Gennaro Gattuso venait d'être nommé pour briser ce cycle. L'ancien milieu de terrain, champion du monde 2006 comme joueur, avait hérité d'une mission que plus personne, dans le football italien, ne pouvait prétendre simple: redonner à la sélection une place sur la carte du Mondial. Sa nomination, prise dans l'urgence, portait une question plus vaste que le choix tactique du prochain rassemblement. Qui, dans le pays de Berlin 2006, pouvait encore rêver de rejouer pareil été?

Trois absences consécutives. La dernière participation italienne à une phase finale de Coupe du monde remonte à 2014, au Brésil, et s'était soldée par une élimination dès le premier tour.

Cette répétition des échecs n'est pas le fruit d'une seule campagne mal négociée. Elle raconte une usure lente, structurelle, qui touche à la fois la formation, le championnat domestique et l'idée même que l'Italie se fait de son football.

De la gloire de 2006 au traumatisme de 2017

Pour comprendre le présent, il faut d'abord mesurer le poids de l'héritage. Quatre titres mondiaux — 1934, 1938, 1982, 2006 — ont façonné une culture du résultat et du devoir collectif. La sélection italienne s'est longtemps construite sur cette mémoire: un mélange de catenaccio, de rigueur défensive et d'intelligence tactique, transmis de génération en génération, de Bearzot à Lippi en passant par Sacchi.

Le 13 novembre 2017, ce logiciel commence à dérailler. La défaite 1-0 concédée à Solna face à la Suède, lors du barrage aller, casse une dynamique que beaucoup croyaient immuable. Le 0-0 du match retour à San Siro n'y change rien: l'Italie est absente du Mondial 2018, une première depuis l'édition 1958. Le traumatisme est d'autant plus brutal qu'il intervient sans qu'aucun signe annonciateur véritable, dans le jeu produit, ne prépare vraiment à cette chute.

Quatre ans plus tard, en mars 2022, le scénario se répète — mais l'Italie est alors championne d'Europe en titre. À Palerme, devant un Stadio Barbera plein à craquer, la Squadra Azzurra s'incline 1-0 dès les demi-finales des barrages face à la Macédoine du Nord. Les sourires de Wembley ont à peine eu le temps de sécher dans les albums que la photographie suivante est celle d'un vestiaire vide.

Puis vient Zenica. Troisième rendez-vous manqué, troisième absence de rang. La continuité des éliminations dessine désormais une tendance que personne ne peut plus balayer d'un revers de manche.

L'asphyxie de la Serie A

Le championnat italien reste l'un des plus prestigieux d'Europe, mais il a lentement cessé d'être un espace de formation pour ses propres nationaux. En 2017, la proportion de joueurs étrangers en Serie A atteignait déjà 55,2 %. Dix ans plus tard, elle dépasse les 60 %.

Indicateur20172026
Part de joueurs étrangers en Serie A55,2 %> 60 %
Issue de la sélection italienneÉliminée en barragesÉliminée en barrages
Dernière phase finale de Mondial2014 (1er tour)2014 (1er tour)

Cette présence étrangère n'est pas un problème en soi. Elle témoigne du prestige du championnat et de sa capacité à attirer des talents du monde entier. Mais elle a un effet de bord redoutable: elle réduit mécaniquement le temps de jeu accordé aux jeunes joueurs italiens, et donc les occasions de révéler des profils capables de tenir leur place en sélection. Les clubs, soumis à des contraintes économiques et à la pression des résultats immédiats, privilégient souvent des recrues opérationnelles plutôt que des pousses à polir.

La trajectoire d'un jeune Italien talentueux mais encore vert devient un parcours d'obstacles, fait de prêts, de bancs, de retours en Serie B et d'adaptations tardives. Beaucoup n'arrivent jamais à maturité. Ceux qui percent le font souvent après un détour à l'étranger, dans des championnats qui ne reproduisent pas la culture tactique italienne — ce qui n'est pas un drame en soi, mais qui dilue l'idée d'une identité nationale homogène sur le terrain.

Le paradoxe de la formation italienne

Le modèle italien de formation a longtemps reposé sur la discipline tactique, le placement défensif et la lecture du jeu. Ces qualités restent précieuses. Elles peinent toutefois à produire les profils offensifs dont le football moderne a besoin.

Les centres de formation italiens sont régulièrement critiqués pour un excès de rigueur. On y apprend à fermer les espaces avant d'apprendre à les ouvrir. Les jeunes milieux relayeurs et défenseurs y sont bien préparés; les attaquants de rupture, les numéros dix modernes, les ailiers capables de déséquilibrer y sont plus rares. La créativité individuelle, lorsqu'elle existe, est souvent canalisée au point d'en devenir invisible.

Cette rigidité se retrouve dans les choix de jeu de la sélection. Sous Gattuso, comme sous ses prédécesseurs immédiats, l'Italie a souvent semblé mieux armée pour défendre un avantage que pour le construire. À Zenica, ce décalage a coûté cher: face à une Bosnie qui n'avait rien d'un épouvantail continental, la Squadra Azzurra a peiné à imposer son tempo offensif et s'est exposée à une fin de match irrespirable, jusqu'au moment où les penalties sont devenus une loterie.

Le problème n'est pas nouveau. Il est systémique: les failles de la formation à quinze ans reparaissentment en sélection A, dix ans plus tard, lorsque le temps manque pour les corriger.

Infrastructures et coûts, les barrières invisibles

Le problème ne se limite pas aux terrains de Serie A. En Italie, l'accès au football de formation reste marqué par des coûts d'inscription élevés et par un déficit d'infrastructures modernes. Beaucoup de familles hésitent à inscrire leur enfant dans un club structuré, par peur du budget annuel.

Les terrains synthétiques, les outils d'analyse vidéo, les staffs pluridisciplinaires — préparateurs physiques, psychologues, nutritionnistes — restent l'apanage de quelques clubs professionnels. Ailleurs, la formation repose encore largement sur le bénévolat et l'improvisation. Résultat: un vivier qui se rétrécit, et des talents potentiels qui passent à côté du football organisé faute de moyens. Cette dimension sociale du déclin est rarement mise en avant dans les analyses sportives.

Elle mérite pourtant d'être placée au même niveau que les choix tactiques ou les recrutements étrangers en Serie A. Une nation qui se prive d'une partie de sa jeunesse sur ses terrains perd bien plus qu'un championnat: elle perd une identité. Et l'Italie, nation aux quatre étoiles, mesure aujourd'hui ce que signifie voir ses racines footballistiques s'appauvrir en silence.

L'ère Gattuso et l'après

Le choix de Gattuso n'était pas neutre. L'ancien milieu de l'AC Milan, champion du monde 2006, portait en lui une part de cette histoire que la sélection tente de prolonger. Sa nomination visait à renouer avec une certaine idée du caractère italien — combativité, solidarité, refus de la défaite — dans un vestiaire qui en semblait dépourvu.

Le bilan de son mandat, interrompu par l'élimination de Zenica, reste à écrire. Ce qui est certain, c'est que la fédération italienne se trouve désormais à un carrefour. Faut-il poursuivre dans la voie d'un pragmatisme défensif qui a montré ses limites? Faut-il au contraire réformer en profondeur la formation, repenser les contraintes économiques qui pèsent sur les jeunes, et accepter une certaine forme de renouvellement culturel?

Les réponses ne viendront pas d'un seul homme ni d'une seule campagne. Elles se construiront dans la durée, à travers des décisions qui touchent aussi bien les catégories de jeunes que les règlements de la Serie A ou les aides aux clubs amateurs. Le chantier est immense, et le temps presse.

Le prochain défi

L'Italie ne participera pas au Mondial 2026. Pour la troisième fois consécutive, la Squadra Azzurra regardera la compétition depuis son canapé. Ce constat n'a rien d'anecdotique: il interroge la capacité d'une nation historique à transmettre un héritage footballistique qu'elle a longtemps considéré comme acquis. L'absence prolongée d'une Coupe du monde finit par modifier la perception qu'une nation a d'elle-même.

Le prochain défi n'est pas seulement de battre la Macédoine du Nord ou de reprendre en main un destin en barrage. Il est de retrouver le chemin d'une compétition où, depuis 2014, les jeunes Italiens n'ont plus vu leurs aînés évoluer. À Zenica, dans le silence des vestiaires, c'est peut-être cette absence-là qui a pesé le plus lourd.

Questions fréquentes

Pourquoi l'Italie n'est-elle pas qualifiée pour la Coupe du monde 2026 ?
L'Italie a été éliminée lors des barrages par la Bosnie-Herzégovine, après un match nul 1-1 suivi d'une défaite aux tirs au but.
Quelle est la dernière participation de l'Italie à une phase finale de Coupe du monde ?
La dernière participation de l'Italie remonte à l'édition 2014 au Brésil, où l'équipe avait été éliminée dès le premier tour.
Quel est l'impact des joueurs étrangers sur la sélection italienne ?
La forte proportion de joueurs étrangers en Serie A, qui dépasse les 60 %, réduit mécaniquement le temps de jeu accordé aux jeunes joueurs italiens et freine leur progression vers le haut niveau.
Quels sont les défauts du système de formation italien ?
Le modèle italien est jugé trop rigide, privilégiant la discipline tactique et défensive au détriment de la créativité individuelle et de la formation de joueurs offensifs.
Quels obstacles financiers freinent la formation des jeunes footballeurs en Italie ?
Les coûts d'inscription élevés dans les clubs structurés et le manque d'infrastructures modernes, comme les terrains synthétiques ou les staffs spécialisés, limitent l'accès au football organisé pour de nombreux jeunes.