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Prochaine coupe du monde football : format XXL ou révolution tactique ?

Soixante-quatre. Pas quarante-huit. Soixante-quatre équipes, cent vingt-huit matchs, six pays, trois continents.

Prochaine coupe du monde football : format XXL ou révolution tactique ?

Prochaine coupe du monde football: le projet XXL à 64

Ce n’est pas un exercice de tableur, c’est l’ambition chiffrée – et encore à l’étude – de la FIFA pour la Coupe du monde 2030, l’édition du centenaire. L’organisme a officiellement ouvert le dossier: le 31 juillet 2026, un appel d’offres a été lancé pour désigner une agence indépendante chargée d’évaluer l’impact d’un passage à ce format XXL. Le rapport devra tomber le 11 septembre. Le calendrier est serré, les enjeux colossaux, et l’opération sent déjà la sueur froide des budgets et des agendas.

Le centenaire aux dimensions continentales: une organisation inédite

Oubliez la Coupe du monde traditionnelle, confinée dans les frontières d’un ou deux pays hôtes. Pour ses cent ans, la compétition rêvée en 1930 en Uruguay se veut un tour du monde. Le modèle retenu, même au format 48 équipes, est déjà inédit: trois matchs de célébration en Uruguay, en Argentine et au Paraguay – un clin d’œil historique – avant que la fête ne déménage sur le Vieux Continent et l’Afrique.

Le Maroc, l’Espagne et le Portugal sont les organisateurs principaux. C’est leur candidature commune, plébiscitée par le Conseil de la FIFA en 2023, qui a gagné le droit d’accueil. Sauf qu’ils avaient postulé pour un tournoi à 48 équipes, soit 104 matchs. Or, c’est la CONMEBOL – la confédération sud-américaine – qui a remis sur la table, avec une insistance toute politique, l’idée d’un format à 64 équipes. Son argument? Faire du centenaire une grande bouffe à laquelle tout le monde est convié. L’émotion a bien failli étouffer la logistique.

Un format à 64 équipes transforme un événement sportif en exercice de diplomatie et de génie civil planétaire.

Le projet de passage à 64 équipes: genèse et calendrier de la FIFA

La balle est donc dans le camp des consultants. La procédure lancée par la FIFA est un classique de la gouvernance sportive mondiale: on mandate une étude d’impact. L’agence choisie le 14 août aura moins d’un mois pour pondre un rapport qui devra éclairer une décision aux ramifications financières et politiques vertigineuses.

Le format sur la table est arithmétiquement simple: 64 équipes réparties en 16 groupes de quatre. Les deux premiers de chaque poule seraient qualifiés pour les seizièmes de finale. Simple en apparence. En réalité, c’est une machine à complications. Chaque match supplémentaire, chaque équipe de plus, engendre une cascade de coûts, de contraintes et de négociations que l’étude devra disséquer. Le timing est lui-même un aveu d’urgence: si la décision n’est pas prise rapidement, il sera trop tard pour reconfigurer l’organisation déjà en cours pour un tournoi à 48.

Logistique et infrastructures: le défi des 128 matchs

Passer de 104 à 128 matchs ne semble être qu’une hausse de 23%. C’est ignorer la réalité des opérations. Twenty stades seront nécessaires, au minimum, contre 16 pour un format 48. Twenty arènes de niveau international, avec leurs zones d’entraînement, leur sécurité, leur accueil des délégations et des médias. Sur trois continents.

La géographie imposée par les six pays hôtes est un cauchemar logistique. Imaginez le calendrier: les phases de groupe devront s’étendre sur plusieurs semaines pour absorber les déplacements entre Maroc, Espagne, Portugal et les trois capitales sud-américaines. Les équipes et les supporters seront sur les routes ou dans les airs en permanence. La facture pour les fédérations nationales et les supporters s’envole, la fatigue des joueurs aussi. La mise en place des « fan zones » et des infrastructures transfrontalières devient un casse-tée politique et budgétaire sans précédent.

Soixante-quatre équipes, c’est le rêve de la CONMEBOL; c’est le cauchemar opérationnel des pays hôtes.

Le tableau suivant résume l’écart entre l’officiel et le projet:

CaractéristiqueFormat 48 (Officiel actuel)Projet 64 (À l'étude)
Équipes qualifiées4864
Matchs totaux104128
Structure des groupes12 groupes de 416 groupes de 4
Qualifiés pour la phase à élimination directe32 (2 premiers + 8 meilleurs 3èmes)32 (2 premiers de chaque groupe)
Nombre de stades nécessaires (estimation)~16~20
Durée estimée du tournoi~35 joursJusqu'à 45 jours

Mutations tactiques et charge physique: les craintes des instances

Sur le terrain, la dernière Coupe du monde à 48 équipes (2026, remportée par l’Espagne) avait déjà initié des mutations. L’élargissement avait offert une visibilité historique à des confédérations comme la CAF, avec 10 nations africaines qualifiées. Le résultat? Un jeu plus compact, plus pressant, des équipes moins disposées à s’ouvrir. Des indicateurs comme le PPDA (Passes Per Defensive Action) et les expected Goals (xG) ont montré cette tendance à la solidité défensive et aux transitions rapides.

Avec 64 équipes, le risque est une accélération de cette tendance vers le jeu de contre, la peur de perdre avant de vouloir gagner. Plus grave, c’est la charge physique des joueurs qui est mise sous tension. Un club libère ses internationaux pour un mois et demi, potentiellement plus si le tournoi s’étire. La surcharge physique augmente, le risque de blessures aussi. Les syndicats de joueurs, comme FIFPRO, sonnent déjà l’alarme sur le calendrier surchargé. L’élargissement ne ferait qu’ajouter une couche de fatigue à une machine déjà à bout de souffle.

Les zones d’ombre: entre opposition politique et incertitudes sportives

Ce projet XXL ne fait pas l’unanimité. Bien au contraire. Les pays hôtes principaux – Maroc, Espagne, Portugal – s’y sont initialement opposés. Ils avaient signé pour un format 48, avec les budgets, les calendriers de construction et les accords commerciaux correspondants. Passer à 64, c’est devoir rouvrir tous les volets, avec un risque de dépassement de coûts considérable.

À la FIFA même, le vent ne souffle pas forcément dans cette direction. Aleksander Čeferin, le président de l’UEFA, a exprimé son scepticisme, craignant une « dilution de la qualité ». Du côté de l’AFC (Confédération asiatique), Salman Al Khalifa a également émis des réserves. L’opposition n’est donc pas qu’opérationnelle; elle est politique et sportive. La CONMEBOL pousse, mais elle pousse seule, ou presque.

Les zones d’ombre sont immenses. Comment répartir les 128 matchs entre les six pays? Quel sera le calendrier exact des qualifications dans chaque confédération? Et surtout, quel sera l’impact réel et durable sur le spectacle et la santé des athlètes? L’étude d’impact mandatée devra répondre à ces questions, mais son délai – moins d’un mois – laisse à penser que l’analyse ne pourra pas être aussi profonde que nécessaire.

La question financière, elle, est limpide. Plus de matchs signifie plus de droits télévisés, plus de billetterie, plus de sponsoring. C’est la logique de croissance infinie qui pousse l’instance dirigeante. Mais cette logique se heurte à une réalité physique: celle de corps d’athlètes, celle de stades en dur, celle de continents séparés par des océans. Le 11 septembre 2026, le rapport sera rendu. Il ne dira probablement pas « non ». Il détaillera probablement le prix astronomique, en euros et en sueur, d’un « oui ». Pour la trésorerie de la FIFA et des pays hôtes, ce centenaire pourrait bien tourner au cauchemar budgétaire avant même que le premier coup de sifflet ne retentisse.

Questions fréquentes

Quel est le format envisagé pour une Coupe du monde à 64 équipes ?
Le projet prévoit une répartition en 16 groupes de quatre équipes, où les deux premiers de chaque poule seraient qualifiés pour les seizièmes de finale.
Combien de stades seraient nécessaires pour un tournoi à 64 équipes ?
Le passage à 64 équipes nécessiterait au minimum 20 stades, contre 16 pour le format actuel à 48 équipes.
Quelle est la date limite pour la décision concernant ce nouveau format ?
La FIFA a lancé une étude d'impact dont le rapport final doit être rendu le 11 septembre 2026.
Pourquoi les pays hôtes sont-ils réticents à ce changement ?
Le Maroc, l'Espagne et le Portugal s'opposent à ce format car ils avaient initialement planifié et budgétisé l'organisation pour 48 équipes, rendant une extension coûteuse et complexe à gérer.
Quels sont les risques pour les joueurs avec un format à 64 équipes ?
L'allongement de la durée du tournoi, qui pourrait atteindre 45 jours, augmente la surcharge physique des athlètes et les risques de blessures.