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Terrains de football amateurs : la sécheresse menace la reprise des clubs

Selon une enquête d'ICI publiée jeudi, la sécheresse historique qui frappe la France en 2026 met à genoux les terrains en herbe de centaines de petits clubs, privés d'arrosage par les arrêtés préfectoraux.

Lise Tissot, Enquêtrice du football populaire et des territoires · mis à jour 08 août 2026

Terrains de football amateurs : la sécheresse menace la reprise des clubs

C'est une image que beaucoup de présidents de club amateur ne voulaient pas voir cet été: des pelouses jaunies, des crevasses qui fendent la terre, et des mômes qui risquent de se tordre la cheville avant même d'avoir touché le ballon. Selon une enquête d'ICI publiée jeudi, la sécheresse historique qui frappe la France en 2026 met à genoux les terrains en herbe de centaines de petits clubs, privés d'arrosage par les arrêtés préfectoraux. À quelques semaines de la reprise officielle, dirigeants et éducateurs décrivent une situation critique, terrain par terrain.

Ce que racontent les présidents et les coachs

En Sarthe, à l'ES Moncé-en-Belin, Philippe Geore, ancien président, peine à reconnaître le terrain qui faisait pourtant la fierté du club. "Ça me donne mal au cœur, ça me ferait pleurer", confie-t-il à ICI Maine, devant la terre aride qui a remplacé le gazon. "C'est catastrophique pour nous, on avait l'un des plus beaux terrains de Sarthe, on a maintenant l'un des plus mauvais." Du côté de la Mayenne, Simon Veillard, éducateur salarié du Stade Mayennais FC, parle de terrains "grillés" à Ernée. À l'Ernéenne Football, les entraînements ont été basculés en urgence sur le synthétique mitoyen. "Les terrains d'entraînement sont trop durs pour jouer dessus. Il y a un risque de blessures pour les joueurs. Je n'ai jamais vu une reprise de saison avec des terrains aussi secs", abonde Alexis Trihan, le coach des seniors.

Plus à l'est, en Meurthe-et-Moselle, les joueurs de Laneuveville-aux-Bois rebouchent eux-mêmes les fissures à la pelle et à la brouette pour être prêts à recevoir le premier tour de la Coupe de France, le 16 août. En Haute-Garonne, à Gratentour, le président de l'Union sportive locale, François Bogillot, résume l'angoisse de tout un maillage associatif: "Il faut respecter les licenciés. Il faut respecter les gens qui vivent dans cette commune. On ne peut pas leur donner au mois de septembre un terrain complètement éclaté, qui est brûlé, craquelé et qui devient dangereux parce que c'est injouable. Un terrain comme ça, on peut se faire mal."

Arrosage clandestin, amendes et rêve de synthétique

Face à l'interdiction, certains ont tenté le système D, avec des conséquences bien réelles. La préfecture organise des contrôles: "Nous avons été contrôlés ce mercredi matin. Ils ont vérifié les arroseurs pour s'assurer qu'ils n'avaient pas fonctionné dans la matinée. Ils ont pris des photos des pelouses, certainement pour comparer l'état entre aujourd'hui et la levée des restrictions", détaille Simon Veillard. Philippe Geore, lui, a payé la note: "Je venais quand même la nuit à quatre heures du matin pour arroser, mais j'ai été dénoncé et j'ai eu une amende."

Reste la solution du synthétique, qui résiste aux aléas météo. Mais elle est hors de portée pour beaucoup de communes: plus d'un million d'euros pour la pose, sans compter l'entretien. À Moncé-en-Belin, le projet a été écarté d'un revers de main: "La commune n'a pas les moyens de financer ce type de projet", souffle Philippe Geore, résigné. La rentrée se jouera donc, pour des centaines de clubs, sur des terrains abîmés, arbitrés au coup d'œil par des éducateurs qui n'ont rien d'autre à proposer que de la prudence et de la débrouille.