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Football amateur : les dérives financières qui gangrènent les clubs

Le chiffre donne le vertige: selon Foot Amateur, dix clubs ont été exclus des compétitions nationales cet été par la commission fédérale de contrôle.

Lise Tissot, Enquêtrice du football populaire et des territoires · mis à jour 17 août 2026

Football amateur : les dérives financières qui gangrènent les clubs

Mais derrière ce constat, ce sont surtout des petites combines, des arrangements entre amis, qui gangrènent le football amateur au quotidien. L'enquête met en lumière un système rodé où les indemnités kilométriques deviennent une variable d'ajustement, où l'apprentissage se transforme en machine à rémunérer en silence.

Indemnités kilométriques: le péché mignon des trésoriers

C'est le filon le plus ancien, le plus simple aussi. Pendant le Covid, quand les championnats se sont arrêtés et que les dirigeants se sont gratté la tête pour continuer à payer joueurs et éducateurs, les IK ont explosé. Cinq joueurs défrayés pour quatre entraînements hebdomadaires dans un club de National 3, alors qu'un minibus récupérait tout le monde: quelques centaines d'euros par mois pour des jeunes qui ne dépensaient rien, raconte l'enquête.

Christophe, ex-entraîneur de National 2, a poussé le système jusqu'à l'absurde. Après s'être fait retirer l'équipe première en fin de saison, il a vu le club lui inventer des missions de supervision d'adversaires — équipe fanion et U17 nationaux — simplement pour continuer à lui verser ses indemnités liées à ses 80 kilomètres de trajet. Il ne s'est jamais rendu à un seul de ces matchs.

Plus fort encore: trois joueurs d'un autre club de National 3 envoyés « superviser » le même match à Orléans, chacun avec sa propre voiture, soit 822 km aller-retour remboursés à chacun. Tous trois étaient pourtant pointés présents à l'entraînement, le même jour. Jean-Jacques, trésorier qui a repris le poste après les faits, résume: on marche sur la tête.

Apprentissage bidon, adresses fictives

L'imagination ne s'arrête pas aux kilomètres. Un ancien club de National 2 payait des joueurs l'équivalent d'un SMIC en IK alors qu'ils étaient logés gratuitement à quelques encablures du stade. Pour l'URSSAF comme pour le Trésor public, le système est devenu un sport national dans les divisions amateurs: ces joueurs déclaraient leur ancienne adresse, située à des centaines de kilomètres.

Plus structurel, les contrats d'apprentissage détournés. Un trésorier de National 2 alerte: des sociétés spécialisées démarchent les clubs pour monter des contrats où le joueur fait semblant de se former. Pas de cours, pas d'examens, une nouvelle formation l'année suivante avec les mêmes avantages. L'apprentissage, normalement financé par la collectivité, devient une machine à rémunérer en silence.

Ce qui se joue vraiment au bord de la touche

Au-delà des anecdotes, c'est tout l'équilibre des clubs qui est en jeu. Un contrôle URSSAF, une exclusion de compétition nationale, et voilà des années de bénévolat compromises, des cotisations qui ne rentrent plus, des projets d'éducation sportive qui passent à la trappe. Pendant ce temps, les éducateurs honnêtes remplissent leurs voitures pour emmener les gamins aux matchs du dimanche avec leurs propres deniers.

La commission fédérale de contrôle des clubs fait son travail, mais le maillage des Ligues et des districts laisse passer l'essentiel. Pour les présidents de petits clubs, la tentation est réelle: comment garder un bon élément face à un voisin qui propose « autre chose »? La réponse passe par un cadrage clair des IK, une traçabilité des contrats d'apprentissage, et surtout une parole libérée entre dirigeants — plutôt que le silence complice qui nourrit ces petites magouilles.